‹ Œuvres compl`etes (volume 3)Chapitre 111 sur 154 · LXI · texte numérisé non relu

LXI

AU PÈRE JEAN-BAPTISTE DE VARALLO , LECTEUR DE THÉOLOGIE ET VICAIRE DES RÉCOLLETS, A ROME.

Quatre fondements de la paix du cœur.

Seslri , 17 mai 4 745.

Mon cher père en Jésus-Christ ,

Que la paix de notre bon Jésus soit avec vous.

J'écris au quêteur de saluer de ma part les religieuses de Sainte- Catherine et de leur dire que je prierai de bon cœur pour sœur Dominique qui nous est si affectionnée. Si vous voyez encore le reverendissime Père Assistant, présentez-lui mes saluts affectueux et remerciez-le de l'intérêt qu'il me porte. Sanctifiez toutes ces religieuses de

(*) 2tedel'édit.ital

la Fara et qu'elles prient pour moi, comme je prie pour elles.

Quant au carême a prêcher a Varallo , pour maintenant je dirai : ne le faites pas , mais tâchez de bien posséder d'abord votre Carême et vos instructions, et vous ferez ensuite le double de bien ; un autre motif qui me fait pencher pour la négative , ce sont les guerres ; mon cher Père , n'y allez que lorsque tous ces troubles auront cessé.

Quant a la conférence spirituelle que nous avons eue en voyageant ensemble , je ne puis me rappeler sur quoi elle a roulé ; mais d'après l'indication que vous me donnez , je crois qu'il s'agit des fondements que je me suis proposés pour conserver la paix du cœur , sans laquelle on ne peut rien faire de bon ni pour soi . ni pour les autres. Il y en a quatre. Le premier , c'est d'être mort au monde , aux créatures , à soi-même et a tout ce qui n'est pas Dieu ; il faut tenir son cœur tellement dégagé des choses terrestres qu'on ne fasse pas plus de cas de tout ce qui n'est pas Dieu ou ne se rapporte pas a Dieu , que d'un grain de sable. Le second , c'est de vivre dans un abandon parfait entre les bras de la divine Providence , et de regarder tous les événements de chaque jour , grands ou petits , fâcheux ou agréables comme autant de dispositions de cette Providence paternelle qui le veut ou le permet ainsi, en tenant pour certain que c'est ce qu'il y a de mieux et de plus convenable , tant pour la gloire de Dieu que pour notre salut. Le troisième , c'est d'aimer les peines , soit intérieures , soit extérieures , de chérir l'abjection , les mépris et l'abandon des créatures ; le Paradis du ciel consiste dans les jouissances , le paradis terrestre dans les souffrances ; s'il vient un dégoût pour les infirmités , les mépris , les peines , aussitôt un regard vers Jésus ,

qui eut pour compagnons intimes le mépris , la douleur , la pauvreté au plus haut degré. Le quatrième, c'est de ne pas entreprendre beaucoup de choses à la fois , quelque bonnes qu'elles soient, mais seulement celles que comporte notre ministère, conformément à l'ordre de l'obéissance ; surtout de pas agir avec précipitation , avec impétuosité , mais posément et modestement ; cette modestie doit briller dans les paroles , dans les gestes et dans toutes les démarches...

Je vous envoie ces règles telles que je me les suis tracées dans mes Résolutions ; j'en fais chaque jour le sujet de mon examen , et je trouve toujours y avoir manqué en quelque chose. J'espère que vous les mettrez a profit mieux que moi. Priez pour moi.

A vous de cœur ,

Fr. Léonard.

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