‹ Œuvres compl`etes (volume 3)Chapitre 114 sur 154 · AU PERE PIERRE UE VICOVARO, RÉCOLLET , A ROME · texte numérisé non relu

AU PERE PIERRE UE VICOVARO, RÉCOLLET , A ROME

Désir du ciel , et conformité héroïque du Bienheureux ii la volonté de Dieu. — Succès prodigieux de 1j mission de Ruveune.

Argenta, le iijanvier [17.46].

Mon très -cher père en Jésus-Christ.

Que la paix de notre bon Jéais soit avec vous.

Je reçois voire chère missive ici, à Argenta, dans le

H) 2e de ledit, ital.

LliO.NAIlD DE IMJKT-.M.UT.M f\ *J77

diocèse de Ravenne ; je vous remercie des nouvelles que vous me donnez du scrutin. Ce matin, jour de la fête de votre patronne sainte Agnès , je dirai la messe pour vous, mon Révérend Père ; mos compagnons vous accorderont un memento particulier, et frère Diego fera la communion à votre intention ; souvenez-vous aussi de moi le jour de mon saint Vincent Ferrier ; d'ailleurs, mon cher Père, nous approchons de plus en plus du port; j'ai accompli mes soixante-dix ans, et vous avez quelque chose de plus que moi; je ne croyais jamais de vivre aussi longtemps, et maintenant, je soupire après la patrie pour jouir pleinement de Dieu. Je vous avouerai , mon Révérend Père, que c'est à vous que je suis redevable de la belle vertu de conformité a la volonté de Dieu : lorsque nous étions encore simples clercs , je vous dis un jour , dans une de nos conférences spirituelles , que j'avais jeté les yeux sur la vertu d espérance, et vous me répondîtes que vous faisiez vos délices de la conformité à la très-sainte volonté de Dieu; votre choix me plut, et, en effet, j'y trouve mon paradis sur la terre; aussi suis-je disposé , avec l'aide de Dieu, à accepter même l'enfer, moins la perte de la grâce, si je savais que telle fût la volonté de Dieu ; car il me semble que même en enfer je jouirais du paradis, en mettant ma complaisance à voir s'accomplir sur moi l'adorable volonté de Dieu. Embrassons-la donc de bon cœur, de quelque manière , sous quelque forme , dans quelque circonstance qu'il plaise à Dieu de la manifester, en répétant souvent : Fiat in me, de me , circa me , et circa mea omnia, sanctissima, amabilissima etperfectissima voluntas Dei, nunc et in perpetuimi.

Quant a mon retour ii Rome , j'ai écrit au Reverendissime Père qu'un signe de sa part suffit pour que je quitte tout , et que je me mette en route, à moins que je ne sois

retenu par un ordre contraire de notre Saint -Père . comme celui qui m'a été donné touchant les missions de Ravenne et d'Argenta ; mais aussi la volonté de Dieu se manifeste clairement en cette circonstance ; vous ne pouvez vous imaginer les énormes péchés qu'on empêche et le grand bien qui se fait. A Ravenne, il y avait quarantequatre ans qu'il n'y avait eu de mission; nous y trouvâmes une grande ignorance des choses nécessaires au salut, car peu assistaient aux instructions sur la doctrine chrétienne ; je criai , je tempêtai : maintenant tout le monde y va, non -seulement la populace, mais les personnes les plus notables. Ce bon archevêque en éprouve une extrême satisfaction. La mission dura trente-cinq jours; tous firent leur confession générale et mirent leur conscience en règle. Chaque soir, dans toutes les maisons, on réci!e le rosaire. Une grande partie des notables e! bon nombre de personnes du peuple , après le ( oucher du soleil, vont faire le Chemin de la Croix a l'église des frères mineur; Observantes; le jour , ce sont les femmes qui s'y réunissent en nombre prodigieux . et cela tous les jours , ce qui n'est jamais arrivé ailleurs. On y voit aussi d'autres religieux. car les plus grands fruits ont été opérés parmi les nobles , les ecclésiastiques et les réguliers ; on y a vu des conversions merveilleuses. Le Viatique est escorte par des centaines de flambeaux, tandis qu'auparavant il était porté mesquinement. Tous ont mis le Nom de Jésus sur leurs portes; beaucoup l'ont tracé en lettres d'or ; c'est d'un effet ravissant. Nous sommes à trente-quatre milles de Ravenne , et cependant il en est venu une compagnie nombreuse pour assister à la bénédiction qui s'est donnée à Argenta ; nous n'avons pu nous empêcher de pleurer en vovant la ferveur de ces braves gens.

Il y aurait bien d'autres choses à dire, mais je n'en ai pas le temps. Je vous assure que depuis trente-huit ans que je m'emploie dans les missions , je ne crois pas en avoir fait d'aussi fructueuses. Aidez-moi donc à en rendre grâce a Dieu.

Nous demeurerons encore ici trois jours, pour achever la récolte , puis nous irons à Massa , dans le diocèse d'Imola, et après une mission de dix-huit jours, nous passerons à Ferrare pour contenter l'Eminentissime Crescenzo qui nous attend avec impatience. Je le saluerai de votre pari.

Pendant tout le carême, je m emploierai à procurer des secours spirituels à ces bonnes religieuses, et je ferai connaissance avec votre livre sur la sainte Vierge . car pour le moment je n'en «i pas le temps ; je dois faire chaque chose a la hâte : je prêche trois fois le jour, je confesse , je règle une foule de difficultés qui se présentent à chaque instant : avec tout cela vous pensez bien que mon temps s'envole. J'en dérobe un peu à la nuit : mais nous sommes dans des pays si froids, que ce n'est pas la une légère pénitence. Nous nous donnons la discipline chaque nuit, mais l'incommodité la plus grande est celle du froid , quoique l'amour-propre s'aide le plus quii peut. Les demandes pour après Pâques sont nombreuses; mais je suis dans une indifférence complète , et sauf un ordre du Pape , j'espère que nous nous reverrons à Rome.

Saluez pour moi le nouveau Directeur, à qui j'écrirai en son temps. Je vous embrasse dans le Seigneur, mon Révérend Père , et je suis

Votre très-affectionné en Jésus-Christ .

Fr. Léonard.

AU CARDINAL CRF.SCF.NZl , ARCHEVÊQUE DE FERRARE.

Observations touchant les exercices spirituels à donner au peuple.

Du couvent des Observant ins de Bologne , le 29 septembre 1746.

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