XXIII
A MADAME LA DUCHESSE STROZZI
Il lui recommande une jeune vierge qui désire se consacrer à Dieu. Subiaco, le 21 seplem!>re 1137.
Madame ,
Que la grâce de l'Esprit-Saint soit avec vous.
Les converties rencontrent plus de sympathies dans le monde que les vierges qui se consacrent à Dieu. Votre Excellence a fait un grand acte de charité en
(t) 66ede l'édit. ital.
LÉONARD DE TORT -MU'Rll F. 459
faisant appliquer cette aumône à notre convertie : mais comme d'autres bienfaiteurs ont concouru a la bonne œuvre , il resterait cent écus : cette somme . comme vous le représentera frère Etienne , pourrait être appliquée à une jeune vierge qui entre dans un couvent, et qui en a besoin pour compléter sa dot. Croyez-moi, vous feriez par là une œuvre aussi glorieuse à Dieu . et peut-élre plus glorieuse que ce que vous avez fait on faveur de la convertie. Vous entendrez frère Etienne. et je vous prie de condescendre a sa proposition : vous en aurez beaucoup de mérite.
Je ne manque pas de vous recommander a Dieu. A mon retour à Rome, nous parlerons de beaucoup de choses dans l'intérêt de votre âme. Que le Seigneur vous bénisse et vous rende sainte.
De votre Excellence ,
Le très-humble et très-dévoué serviteur,
Fr. Léonard , pécheur.
-ì 60 CORRESl'O.NDA.NCE Ut BIENHEUREUX
A L\ MÊME
Il l'exhorte à une confiance pleine d'amour et de générosité envers Dieu. — Il est retenu à Florence.
Du couvent de Saint-François -du-Monl à Florence , le 18 janvier I 7 JS.
Madame ,
Que la grâce de l'Esprit-Saint soit avec vous.
Vous m'écrivez avec une confiance de fille et je vous réponds avec une confiance de père, ainsi que je le faisais avec notre bonne Reine. D'abord vous aurez compassion de moi si je n'ai pu vous répondre plus tôt ; c'est que les occupations de la dernière mission , dans laquelle Dieu a été bien glorifié, ont été extraordinaires; dimanche prochain on en commencera une autre dans l'église de Saint-Laurent , dont on espère encore plus de fruits. Accompagnez -moi donc par vos prières, comme le faisait la bonne Reine , et vous aurez part au mérite.
Quant à la jeune fille de Pérouse , j'ai déjà écrit à mon frère de suggérer à votre Excellence qu'il serait très-raisonnable de seconder le désir qu'elle a d'entrer au couvent des Scalette; pour nous, nous ne devons avoir en vue que de l'empêcher de retomber dans les griffes de cet épervier d'enfer. Vous aurez acquis beau-
M) 67e de l'édit. ital.
LtONAR!» 1>K l'ORT-MAURICE. 461
coup de mérites par la charité dont vous avez usé jusqu'ici envers elle.1
Puis, je désire, non. pas seulement que vous soyez sainte , mais très-sainte ; pour atteindre ce but il faudrait changer ce petit cœur que vous portez dans la poitrine , et vous en donner un plus grand , qui fût plein de confiance en Dieu et qui brûlât d'un ardent amour, moyennant quoi vous voilà sainte en quelques jours.
Et pour avoir cette amoureuse confiance dans notre Dieu si bon , il ne faut pas grand'chose ; il suffit de prendre garde a bien faire les petites choses que l'on fait déjà ; ces petites choses faites avec pureté d'intention engendrent un cœur généreux qui se porte avec amour vers son Dieu. A bas donc toutes les défiances, et qu'on commence une bonne fois. Plus nous avançons, plus aussi nous approchons de notre bienheureuse fin ; c'est pourquoi il est nécessaire de renouveler constamment la ferveur par l'oraison et la mortification.
Vous aurez la complaisance de présenter mes respects à Madame la princesse de Piombino; je voudrais vous voir unies dans le Seigneur , afin que vous deveniez un jour saintes l'une et l'autre. Un moyen fort efficace pour cela , ce sera d'entendre la sainte Messe de la manière que j'indique dans notre petit livre 2.
La serenissime Electrice 3 a écrit à notre Saint-Père pour pouvoir me retenir dans ses Etats , et sa demande a été accueillie , à la condition toutefois que je satisfasse à quelques engagements; ce sont les missions de Pesaro, d'Assises et de Cornéto. Ainsi je ne sais quand nous
(i) Voyez ci-dessus Vie , part. I , eh. il. page i 14. (2) Le Trésor caché . Tom. II delà présente édil- des OEuvres complètes.
(3J Voyez l'appendice VI.
Ì62 CORKESPO.N DANCE WD BIENHEUREUX
nous re verrons. Que la très-sainte volonté de Dieu soit faite en toutes choses 1 Je me suis jeté entre les bras de la divine Providence , afin qu'elle me conduise a son gré où bon lui semble.
On vient de mettre au jour la Vie de saint Vincent- Ferrier , pour qui je professe une dévotion particulière , et de qui j'ai beaucoup a apprendre pour faire du fruit dans les missions. Si Votre Excellence avait la bonté de m'en procurer un exemplaire , je lui en serais bien reconnaissant ; il suffirait de donner la commission au père Antoine, mon frère , qui le trouvera.
Je termine en vous laissant dans les plaies sacrées de Jésus, et je suis avec respect,
De Votre Excellence ,
Le très-humble et très-dévoué serviteur ,
Fr. Léonard , pécheur.