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COMMENT UNE RELIGIEUSE DOIT SE COMPORTER DANS SA CELLULE, s'appliquer au travail ET A LA LECTURE.
Sauriez-vous me dire quel est l'air le plus salubre que vous puissiez respirer? Je vous le dirai bien, moi : c'est ralmosphère de votre cclUiic. Oh! que cet air-là est
salutaire pour vous! A cella in (œliini scepe- aseendilnr^ : Bien souvent, dit saint Bernard, l'âme s'envole de la cellule au ciel, pour s'entretenir délicieusement avec Dieu. Mais il n'en serait pas ainsi si vous n'usiez de la cellule que pour y moisir dans une indigne oisiveté. Vous devez imiter les abeilles (jui, retirées dans leurs petites cellules, ne s'appliquent à autre chose qu'à faire le miel ; de même, à peine entrée dans votre cellule, prosternez-vous devant le crucifix et, avant de mettre la main à quoi que ce soit, formez votre intention; protestez que tout le temps que vous y demeurerez, vous voulez l'employer uniquement pour l'amour de Dieu, et ne songez qu'à fabriquer le miel de la dévotion, en vous appliquant soit au travail, soit à des lectures spirituelles. Quant au travail, vous devez savoir que l'obéissance ne vous a pas assigné tel olfice, tel travail manuel ^our que votre âme s'absorbe avec toutes ses puissances dans cette besogne matérielle. Son but principal, c'est que vous travailliez religieusement, et non point par intérOt, ni pour amasser un peu d'argent, ni par vanité, ni pour d'autres tins aussi viles ; à plus forte raison ne veut-elle pas que vous en veniez jusqu'à sacriQer votre sommeil et votre santé pour faire un peu plus d'ouvrage; non, non, tel n'est pas son vœu ; mais bien que vous fassiez toutes vos actions en la présence de Dieu, et que vous mêliez les bonnes et saintes pensée^ aux travaux manuels. Oh» que de précieux actes vous pouvez faire alors! actes d'amour de Dieu, d'offrande, de remercîment, de coa-^ trition ; et ainsi, tandis (jue le corps travaille, l'àmc ne reste pas oisive, mais elle se livre intérieurement à un autre travail bien plus agréable à Dieu, en cherchant en toutes choses son honneur, sa gloire, son bon plaisir.
;1) D. Bern. de Vir. lib. 1. pcst. imit.
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Voilà la diirérence entre une religieuse véritablement spirituelle et fervente, et une autre qui est tiède et relâchée : celle-là, semblable à l'abeille diligente, tire de toutes les Heurs le miel d'une véritable onction intérieure, et ne perd jamais l'esprit de recueillement; celle-ci, au contraire, ne fabrique que des toiles d'araignée, car tels sont en effet certains ouvrages futiles faits pour être distribués en cadeaux, ou pour complaire à ses parents, ou pour d'autres uns également basses et mondaines.
Quant à la lecture des livres spirituels, je vous en ai dit un mot dans la première partie. Il ne me reste ici qu'à vous indiquer à quoi vous devez avoir égard dans le choix de ces livres. Saint Philippe de Néri recommandait de lire de préférence les livres qui commencent par S, c'est-à-dire, les livres composés par des saints, ou qui traitent de la vie des saints. Mais que dire si l'on voyait entre vos mains des livres profanes et d'une littérature légère, comme des anecdotes chevaleresques, des romans, et surtout des comédies, des nouvelles, et autres semblables, qui ne respirent que l'air empesté du monde, et sont indignes, je ne dirai pa'î d'être lus, mais d'être touchés par une vierge qui se respecte? faites, je vous en prie, le tour de votre cellule, et si vous en trouviez un, jetez-le au feu.
Vous devez aussi prendre garde à la manière de lire. 11 y a des religieuses qui dévorent les livres, pour ainsi dire, d'un coup d'œil ; elles lisent avec précipitation, avec fureur, et ne sont préoccupées que d'une chose, c'est d'arriver bientôt au bout, sans peser ce qu'elles lisent, ne lisant que pour savoir et pour satisfaire leur curiosité. De cette façon, elles parcourent en peu de temps beaucoup de livres spirituels, et puis s'imaginent savoir beaucoup de choses; mais il se trouve à la lin M. p. vm. 30
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que leur tête est un véritablo chaos, et ([u'cUesjie sauraient former deux idées de tout ce qu'elles ont lu ; elles en retirent donc fort peu ou point de fruit. Il convient de lire lentement, posément; et lorsqu'en lisant on rencontre quelque vérité qui va au cœur et produit une impression salutaire, on doit fermer le livre et élever son esprit vers Dieu en ruminant cette vérité. Observez l'abeille : quand elle a trouvé une fleur chargée de ce suc qu'elle cherche pour en confectionner son miel, elle ne se contente pas de s'y arrêter une seule fois, mais elle y retourne plusieurs et plusieurs fois, jusqu'à ce qu'elle en ait extrait, autant que possible, tout le suc dont elle a besoin. Ainsi, rencontrez-vous quelque belle vérité? arrêtez-vous-y, pesez-la nnlrement, excitez quelque bon sentiment dans votre cœur, puis, ce moment de recueillement passé, reprenez la lecture, en continuant à l'entremêler d'un peu de méditation. Voilà la bonne méthode pour retirer du fruit de la lecture des livres spirituels. J'ose dire qu'une seule page d'un bon livre, lue de la manière indiquée, produira parfois plus de fruit qu'une heure entière d'oraison au pied des autels.
Si vous employez votre temps en cellule comme on vient de le dire, votre cellule deviendra un véritable sanctuaire. Pour y observer toujours la modestie qui convient à votre état, souvenez-vous que vous n'êtes jamais seule, mais que vous êtes constamment sous les yeux d'un auguste sénat, je veux dire de l'adorable Trinité; Dieu vous considère aussi attentivement que si vous étiez seule au monde et qu'il n'eût autre chose à. faire qu'à converser avec vous. Peuscz-y, et cela me sullU.
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