‹ Œuvres compl`etes (volume 4)Chapitre 136 sur 180 · XVIII · texte numérisé non relu

XVIII

comment doit se comporter une religieuse dans loffice d'organiste ou de chaxtke.

La musique, considérée en elle-même et pratiquée avec la modération voulue, peut être raisonnablement tolérée chez les religieuses. Mais si ou en abuse, comme nous le voyons de nos jours dans plusieurs couvents, on ne saurait assez la réprouver, car elle est une source féconde de désordres. Afin donc que votre cœur ne s'attache pas au chant d'une manière désordonnée, et que môme s'il s'était déjà laissé passionner, vous exerciez désormais votre office avec prudence et précaution, je vous proposerai trois avis à suivre.

N'admettez point des maîtres de musique d'un sexe différent, et ne vous familiarisez point avec les musiciens sous quelque prétexte que ce soit. — Je n'ai garde de croire qu'étant jeune encore vous ayez pour maître de chant un homme, un séculier, de telle sorte que tous les jours vous soyez en relation avec des maîtres de chapelle et des joueurs d'instruments. Oh I à quel danger votre âme serait exposée! Combien il vaudrait mieux pour vous rester dans un coin de votre cellule, avec un livre spirituel en mains, que de passer une bonne partie du jour à solfier au parloir avec des musiciens, soit ecclésiastiques, soit séculiers 1 On vantera votre voix si harmonieuse, mais Dieu condamnera votre conduite; et s'il arrivait que la musique vînt a vous couler, ne fût-ce qu'un seul péché, recourez aussitôt aux supérieures, pour qu'elles vous donnent un autre emploi. Que si l'obéissance vous oblige à continuer, laites en sorte du moins qu'il y ail toujours près de

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vous quelque religieuse ancienne et grave; et que celle-ci ne croie pas perdre son temps en vous accompagnant, mais qu'elle soit persuadée qu'elle l'emploiera très-utilement et qu'elle en aura du mérite devant Dieu.

Ne vous permettez pas de chanter des romances profanes, mais seulement des motets religieux, et encore avec la modération requise. — Oh 1 à quel châtiment vous devriez vous attendre de la part de Dieu, si, pour récréer non-seulement des femmes, des dames, mais même des hommes et des cavaliers, vous vous permettiez de chanter en leur présence des romances dont le démon se réjouirait I Quant a moi, je ne puis me persuader qu'une religieuse, épouse de Jésus-Christ, ose, je ne dirai pas chanter, mais seulement lire certains opéras, certaines pastorales des plus fades. Comment! comment! de pareils livres entre les mains d'une vierge ! Si je pouvais croire qu'il y en eût dans votre chambre, je crierais de toute la force de mes poumons : du feu ! du feu! du feu I que le feu du ciel descende sur cette cellule pour y réduire en cendres tout ce qui s'y trouve de profane. Voulez-vous faire un beau sacrifice à Dieu? Aussitôt que vous aurez lu ces avertissements, montez en chambre et jetez au feu tous les chants et toutes les romances profanes que vous avez conservés jusqu'ici, à moins que vous ne vouliez être précipitée vous-même dans les flammes de l'enfer. Et comme le chant insinue dans le cœur je ne sais quelle joie mondaine, il faut user modérément même fle la musique sacrée ; en passant, comme vous le faites, toute la journée à faire résonner ce piano que vous avez dans votre chambre, vous occasionnez une continuelle distraction à vous-même et aux autres. Modérez-vous donc dans l'usage de la musique, en ne faisant que de la musique religieuse, et ni trop, ni a contre-temps.

En chantant des morceaux sacrés, ayez l'intention de glorifier Dieu et non de plaire aux hommes. — Je veux bien supposer qu'il n'y ait rien de profane dans vos chants, que tout y respire la piété ; cependant je remarque que vous avez une passion immodérée de vous faire entendre dans les concours nombreux et de recueillir les applaudissements du public; vous aimez qu'on dise de vous que vous avez une voix céleste, une grâce inimitable, que personne ne vous égale pour la douceur des roulades et l'harmonie de solos. Ces louanges emphatiques vous enflent, et Dieu en est offensé. Oh ! quelle abondante moisson d'imperfections et de manquements le démon ne recueille-t-il pas dans ces couvents de religieuses et de religieux, où l'on ne cherche dans la musique que les satisfactions de la vanité, comme on n'y est que trop porté ! Hélas 1 ce n'est pas Dieu qui applaudit à ces sortes de chants, ce ne sont pas les anges, ce ne sont pas les saints; c'est le démon, et lui seul. Ecoutez un exemple.

Dans un couvent, un religieux était en train de chanter, avec beaucoup de complaisance, un motet assez léger. Le démon faisant soudain entendre sa voix au milieu de l'église, lui cria : « Bravo, frère, bravo ! Chante, frère, chante !» Et le religieux de répéter sa ritournelle, content et fier de cet applaudissement qu'il entendait, sans soupçonner d'où il venait; et le démon à son tour de répéter: «Bravo, frère, bravo! Chante, chante, frère! » jusqu'à c« qu'enfin il disparut, laissant l'église remplie d'une épaisse fumée et d'une insupportable puanteur. Vous chanterez le jour de votre fête, et vous chanterez avec tout l'entrain de la vaine gloire; vous ne verrez probablement pas le démon ; mais il y sera, quoique invisible, pour applaudir à votre vanité : « Bravo, ma sœur, bravo! chantez, chantez, ma sœur! » Or, je vous le de-

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mande maintenant, est-ce la peine de perdre un temps si précieux, d'employer tant d'années, de faire tant de frais, pour plaire au démon, vu la vanité de votre cœur qui vous fait profaner les choses les plus saintes? — Faudrat-il donc renoncer au chant ? — Je ne dis pas cela ; mais je dis qu'avant de chanter, vous devez élever votre esprit vers Dieu, purifier votre intention, chercher uniquement de plaire à Dieu et non aux hommes. Alors votre chant sera méritoire, et au lieu d'accumuler de la paille pour vous brûler en purgatoire, vous accumulerez des mérites pour le ciel.

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