‹ Œuvres compl`etes (volume 4)Chapitre 139 sur 180 · XXI · texte numérisé non relu

XXI

Je suis saisi d'épouvante en pensant aux rigueurs de la justice divine, et les paroles sont impuissantes à rendre l'exactitude extrême avec laquelle sont examinés au tribunal de Dieu, les moindres manquements, spécialement ceux qui sont commis par les personnes religieuses dans l'exercice de leurs charges. Leurs fautes, en effet, emportant une plus grande ingratitude à Tégard de Dieu, pèsent aussi d'autant plus dans les balances de sa justice. Et qui donc ne frémirait en lisant ce que raconte l'histoire d'un grand nombre de saintes âmes condamnées au purgatoire pour les péchés véniels les plus légers, tels qu'un saint Séverin, thaumaturge, pour avoir récité hors du temps voulu ses heures canoniales ; une sœur de saint Pierre Damien, pour avoir pris trop de plaisir au chant; un Paschase, homme d'une sainte vie, pour s'être opposé, plutôt par ignorance que par malice, à l'élection du pontife Symmaque ; un Durand, évêque, pour avoir lâché quelque plaisanterie; un religieux de notre ordre, pour n'avoir pas sufïîsamment incliné la tête au Gloria Patri en psalmodiant? Mais saint Antonin augmentera bien autrement vos frayeurs, en vous faisant voir une multitude d'âmes brûlant en purgatoire pour expier des fautes extrêmement légères ; celui-ci pour s'être trop récréé d'un beau petit

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chien, criui-làpoiir avoir nppoité un yvu Iropdc rorlx^rclie dans ?a mise, l'un ponr n'avoir pas conru un assoz vif désir du paradis, l'autre pour avoir proféré quelque parole à l'église, d'autres enfin pour avoir négligé de prier pour les défunts. 0 justice de Dieu, que vous êtes rigoureuse dans le châtiment des péchés véniels, si légers qu'ils soient! Qui ne se sent frémir à cette pensée?

Mais prenons courage ; si la justice de Dieu est rigoureuse, ses miséricordes, en revanche, sont infinies. Non content d'avoir institué dans son Eglise tant de sacrements pour purifier nos âmes des souillures du péché, il nous a ouvert en outre un trésor inépuisable pour nous racheter même des peines temporelles, afin que, sans qu'aucun lien nous arrête, nous puissions, au moment de la mort, prendre notre vol direct vers le ciel. Les mérites surabondants du sung précieux de Jésus et les mérites de ses saints forment l'immense trésor dont le Souverain Pontife tient les clefs, pour le dispenser en faveur des fidèles par l'application des indulgences. Vous ne trouverez donc pas mauvais que je vous engage à profiter de ce trésor, afin de vous soustraire aux rigueurs de la justice divine en purgatoire. A cet effet, je m'attacherai à vous faire comprendre ce que sont les indulgences, quels sont les avantages qu'elles procurent, comment on les gagne, quelles sont les dispositions requises pour les gagner, quelles sont enfin les indulgences les plus importantes que peuvent gagner les religieuses. Je vous donnerai quelques notions succinctes sur chacun de ces points, afin que vous ayez des indulgences l'estime voulue et que vous vous appliquiez sérieusement à en profiter. Vous me proposerez les doutes que vous nourrissez peut-être depuis longtemps dans votre esprit touchant cette matière, et je lâcherai de les éclaircir avec toute la précision possible.

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Qu entend-on d'abord par le mol indulgence? en quoi consiste formellement l'indulgence? — Par indulgence on entend la rémission ou le pardon, non de la coulpe, mais de la peine. La coulpe ou l'offense de Dieu se remet par le sacrement de pénitence ou la contrition parfaite; mais l'offense, si elle est mortelle, entraîne une peine éternelle, et si elle est vénielle, une peine temporelle. Or, cette peine n'est pas toujours remise tout entière avec l'offense ; voilà pourquoi la bonté de Dieu a ouvert dans son Eglise cet immense trésor des indulgences. L'offense étant effacée au moyen des sacrements, les indulgences remettent cette peine temporelle que nous aurions à expier en purgatoire après avoir obtenu le pardon des péchés commis. Ainsi l'indulgence, selon les canonistes, est une rémission ou une relaxation de la peine temporelle due au péché actuel déjà effacé par la contrition ou par la Pénitence, et cette rémission est appliquée en dehors du sacrement de Pénitence, par la main du Souverain Pontife qui a pouvoir de dispenser le trésor de l'Eglise.

Qu'entend-on par le trésor de l'Eglise? — Par le trésor de l'Eglise, on n'entend pas autre chose que les mérites infinis de la passion et de la mort do notre divin Rédempteur, auxquels se joignent les mérites surabondants des saints, et spécialement de la très-sainte Vierge. Tous ces mérites, continuellement présents devant Dieu, forment l'immense trésor de l'Eglise ; le Souverain Pontife en tient les clefs en main, et il le dispense en temps et lieu par l'application des indulgences.

Quels bienfaits procurent les indulgences, et quelles sont les conditions requises pour les gagner? — On a déjà expliqué que l'effet formel des indulgences est la rémission de la peine temporelle due à l'offense déjà remise ; ainsi cette dette que vous avez contractée envers

liFS INDULGENCUS. 463

Dieu par tant de péchés commis, et pour laquelle vous devriez satisfaire, soit par des pénitences volontaires en ce monde, soit par les peines du purgatoire en l'autre, vous l'acquittez complètement au moyen des indulgences : vous satisfaites donc à la justice de Dieu aux dépens de Jésus-Christ, et vous payez avec son sang les dettes que vous devriez acquitter au prix des peines de cette vie ou des soufl'rances du purgatoire.

Quant aux conditions requises pour gagner les indulgences, laissant de côté les subtilités scolastiques, nous pouvons, pour procéder avec clarté, les ramener à trois : la première est l'autorité de la part de celui qui la confère, autorité qui réside dans le Souverain Pontife; la seconde est l'aptitude de la part du sujet ; ce doit être un fidèle catholique en état de grâce ; la troisième consiste à remplir les œuvres enjointes expressément par la bulle qui accorde l'indulgence. La première condition ne présente aucune difficulté. Par rapport à la seconde, savoir, qu'il faut être en grâce avec Dieu pour gagner les indulgences, on peut demander s'il faut faire toutes les œuvres prescrites en état de grâce, ou bien s'il suffit de se trouver en grâce lorsqu'on accomplit la dernière de ces œuvres. Les opinions sont partagées : la plus sûre est de tâcher d'être en grâce pendant tout le temps qu'on met à s'acquitter des œuvres prescrites ; faites au moins un acte de contrition parfaite pour ôter toute espèce de doute et vous assurer le bénéfice d'un si précieux trésor.

Qu'est-ce qui peut empêcher de gagner les indulgences? — L'effet de l'indulgence est certainement empêché par le péclié mortel, attendu que la peine ne peut être remise avant que la coulpo ne l'ait été : en outre, selon l'opmion de quelques-uns, il peut être empêché même [)ar le péché véniel, quand toutefois ce péché véniel s'oppose à la fin

de l'indulgence; en pareil ras, disent ces auteurs, comme Bellarmin' cl autres, on ne gagne pas l'indulgence. Que si le péché véniel n'est pas tel qu'il s'oppose à la fin de l'indulgence, il ne l'empêche pas, selon eux, de produire son effet; c'est ce qui aurait lieu, par exemple, si, tout en accomplissant les œuvres prescrites, on laissait échapper une parole oiseuse, ou autre chose semblable. De ces opinions nous devons conclure que, pour agir sûrement, il faut s'acquitter de ces œuvres avec une intention droite, beaucoup de diligence et de dévotion, et notamment prier selon les intentions du Souverain Pontife, qui sont d'ordinaire l'exaltation de notre Mère la sainte Eglise, l'extirpation des hérésies et la concorde entre les princes chrétiens.

Combien de sortes d' indulgences y a-i-il? — Les unes se nomment plénières, d'autres partielles ou non-plénièros; les unes peuvent se gagner dans le cours de la vie, d'autres sont réservées pour l'article de la mort; il en est enfin de personnelles, de locales et de réelles.

Les indulgences plénières sont celles qui remettent toute la peine, de telle sorte que si un grand pécheur, après avoir confessé ses péchés et reçu l'absolution, venait à gagner une seule indulgence plénière et qu'il mourût immédiatement après, il irait directement en paradis, sans toucher au purgatoire. Voyez donc quelle sollicitude doit avoir toute âme religieuse de gagner des indulgences.

Les indulgences parlielles de jours, d'années, de quarantaines, sont celles qui no remettent pas toute la peine, mais seulement la partie de la peine correspondant à la l)énitence qui était enjointe anciennement par les canons de l'Eglise. Lorsque la huile dit, par exemple, que qui-

' BcLLARM. /. y de Indulg. cap. 13.

conqiio visilcra telle église ou récitera telle prière, gagnera un au d'indulgence, cela signifie qu il obtiendra la rémission de toute la peine qui lui aurait été remise moyennant une année de pénitence, conformément aux usages anciens ; ce qui peut être beaucoup plus que la remise d'une année de purgatoire, attendu qu'à une année de pénitence correspond peut-être la rémission de beaucoup d'années de purgatoire ; c'est là un point toutefois qui ne saurait être connu que de Dieu seul.

Les inda\gences personnelles sont celles qui sont accordées aux personnes sans désignation de temps ni de lieu ; les locales sont celles qui sont accordées aux personnes, mais en considération de quelque lieu, par exemple, moyennant la visite de telle église, de tel oratoire, ou de tel autel ; les réelles sont celles qui sont attachées à des objets qu'on peut porter sur soi, tels que médailles, crucifix, chapelets et autres choses semblables.

Les indulgences sont-elles toutes applicables aux âmes du purgatoire? — De quelle manière doivent-elles leur être appliquées, et — quel avantage en retirent-elles ? — Toutes les indulgences ne sont pas applicables aux âmes du purgatoire, mais seulement celles que le Souverain Pontife accorde comme pouvant leur être appliquées. Pour ce qui est du mode d'application, il faut avoir l'intention de faire contourner les indulgences que vous gagnez, au profit soit de tous les défunts en général soit de quelque défunt en particulier. Il est bon de renouveler celte intention chaque matin, vous proposant de gagner toutes les indulgences attachées aux bonnes œuvres que vous ferez dans le cours de la journée avec l'intention de céder aux âmes du purgatoire toutes celles qui leur sont applicables. Il est certain que cette intention suffit pour les gagner toutes, même celles dont vous ignoreriez l'existence ; et je

prie ici toutes les religieuses de ne pas négliger cette intention, qui leur coûte si peu et qui peut être d'un si grand secours pour ces pauvres âmes.

Dieu accepte-t-il les indulgences pour toutes les âmes auxquelles elles sont appliquées? Il y a à cet égard diverses opinions; ce qui est certain, c'est que l'indulgence produit toujours son effet : si Dieu ne l'accepte pas pour une âme, il l'accepte pour l'autre; mais tout dépend de son acceptation, vu que l'indulgence s'applique aux défunts par manière de suffrage, c'est-à-dire que l'on offre à Dieu la valeur des indulgences en forme de supplique deprecative, en espérant qu'il daignera l'agréer et délivrer ces pauvres âmes, ainsi que l'expliquent le père Gobât* et autres. Nous ne pouvons donc savoir avec certitude s'il acceptera cette satisfaction pour toutes celles auxquelles on applique l'indulgence ; c'est pourquoi on vous recommande de vous efforcer de gagner beaucoup d'indulgences pour les morts, afin que s'ils ne sont pas soulagés par l'une ils le soient par l'autre, d'autant plus que bien des auteurs affirment qu'ordinairement Dieu les accepte pour les âmes qui -s'en sont rendues dignes pendant leur vie, et ont eu a cœur leur salut éternel, et surtout pour celles qui ont eu plus de dévotion envers les âmes du purgatoire et une plus grande confiance dans les indulgences. Afin donc de nous assurer le bénéfice des indulgences qui nous seront appliquées après notre mort, tâchons de vivre saintement et de satisfaire à la justice de Dieu pendant celte vie par des pénitences et d'autres œuvres satisfactoires ; excitonsnous surtout à uue grande dévotion envers ces saintes âmes qui souffrent dans les flammes expiatrices, et animés d'une vive confiance dans le précieux trésor des in-

' GoBAT. tract. 4 de Indulg. part. 2, cap 22, n. 486.

ULS INDULGENCES. 467

dulgences que Dieu a confiées à son Eglise, tâchons de gagner pour les défunts toutes celles que nous pouvons leur appliquer. L'indulgence d'un seul jour, quel soulagement ne procure-t-elle pas déj'a à ces pauvres âmes ! Je supplie donc et conjure de nouveau les religieuses, de la manière la plus pressante, de ne pas négliger un secours si efficace pour ces âmes souffrantes, et de réfléchir que Dieu permettra qu'elles soient traitées un jour en purgatoire comme elles auront traité les âmes de leurs morts.

Indulgences les plus importantes que peuvent gagner les religieuses.

Le pape Paul V, après avoir révoqué les indulgences accordées antérieurement aux divers ordres religieux, tant mendiants que non-mendiants, leur accorda de nouveau les indulgences suivantes à perpétuité, selon le catalogue tracé par le père Viva de la Compagnie de Jésus, dans son appendice sur les indulgences, § III*.

1 . Intiulgence plénière à tous les fidèles qui recevront l'habit religieux dans le but de faire profession, le jour même de leur entrée en religion, pourvu que, véritablement contrits et confessés, ils reçoivent la sainte comnion.

2. Indulgence plénière aux novices le jour de leur profession après un an d'épreuve, moyennant la confession et la communion.

3. Indulgence plénière le jour de la fête principale de l'Ordre, à la condition ordinaire de se confesser, de communier et de prier pour les fins de l'Eglise.

' Cf. Dulia Pduli V ap. FKnRAn V" Induig. art. 'i, n 7.

468 l)l.S INDULGI.NtES.

4. Indulgence plénière à tous les nouveaux prêlres le jour où ils célébreront leur prennière messe, ainsi qu'à toutes les personnes, tant religieuses que séculières, qui y assisteront, nioyennant les conditions ordinaires.

5. Indulgence plénière à toutes les personnes religieuses qui vaqueront pendant dix jours aux exercices spirituels, aux conditions ordinaires.

6. Indulgence plénière, à l'article de la mort, à toutes les personnes religieuses qui, confessées et communiées, ou au moins sincèrement contrites, invoqueront le saint nom de Jésus de cœur si elles ne peuvent le faire de bouche.

7. Indulgence plénière aux Frères Mineurs, et par communication k toutes les autres personnes religieuses, qui réciteront le chapelet de la sainte Vierge de sept dizaines, ou de 7 Pater et 72 Ave Maria, plus un Pater et un Ave pour notre saint Père le pape, en mémoire des sept Allégresses que la très-sainte Vierge éprouva, 1° lors de l'Annonciation, 2° lors de sa visite à sainte Elisabeth, 3° lorsqu'elle mit au monde son bien-aimé Fils, 4° lorsqu'elle le vit adoré par les Mages, 5" lorsqu'elle le retrouva dans le temple au milieu des docteurs, 6" lorsqu'elle le vit ressuscité, 7° lorsqu'elle fut élevée au ciel. — Celte dernière indulgence, dit le père Viva, fut confirmée par Paul V lui-même, après la révocation générale, et plus lard par Innocent XI, dans son Bref Exponi nobis, du 15 mai Ì688, ainsi qu'on peut le voir dans les rubriques particulières de notre Bréviaire franciscain, num. 90*.

8. Toutes les personnes religieuses qui visiteront leur propre église, et y prieront dans la forme accoutumée, gagneront les indulgences plénières et partielles, qui sont accordées à ceux qui visitent les églises de Rome et hors

' Ay. l'ERiiAR. \'" Indulij. art. 5, ii. 10.

do Rome aux jours de Stations. — Ces indulgences sont très-nombreuses; mais il est k remarquer que, suivant le décret d'Innocent XI du 7 mars 1 678' , on ne peut gagner pour soi-même qu'une seule indulgence pionière par jour; il est donc bon d'appliquer les autres par manière de suffrage aux âmes du purgatoire.

9. L'indulgence de la station du très-saint Sacrement, ainsi nommée parce qu'on ne peut la gagner qu'en présence de l'autel du Saint-Sacrement, en récitant cinq Pater, Ace et Gloria à l'intention du Souverain Pontife, plus un Pater, Ave et Gloria pour le Pape lui-même, est à elle seule un trésor, puisqu'on gagne par la toutes les indulgences des stations de Rome, celles de Jérusalem, de Siiint-Jacques de Compostelle, et de la Portioncule. Cette indulgence, accordée par Léon X, n'ayant pas été révoquée par Paul V, comme l'assure l'auteur cité plus haut (le P. Viva), est tout à fait hors de doute, et se trouve clairement énoncée dans les rubriques particulières du Bréviaire Franciscain, confirmées par Innocent XII ; on lit au n. 89 : Et quia indulgentiœ stationis Sanctissiml Sacramenti revocatœ non sunt, ipsius recitatio quotidiana omnibus iam fratribus, quam monialihus enire commendatur^. Conformément à cette recommandation si pressante, il ne devrait se passer aucun jour .«^ans que toutes les personnes religieuses ne se missent en devoir de gagner un pareil trésor.

10. xMais ce qu'il y a de plus profitable pour les peisonnes religieuses, c'est l'indulgence, ou pour mieux dire, la multitude d'indulgences que l'on gagne en faisant avec dévotion le saint exercice du Chemin de la Croix, k cause que cet exercice nous oblige de méditer la passion de

' Ap. Ferrar. Y" hidulg.arl. i, n. 111. '■i IIjkI. art. .'i, n. 1-4.

p. M. VMI. 40

DliS INDULGENCES.

notre divin Sauveur, qui est le principe et la source de tout bien. Les indulgences attachées à ce saint exercice par plusieurs Souverains Pontifes, ont été pendant longtemps soumises à différents doutes : ces doutes ont été ériaircis et dissipés par notre Saint-Père le pape Clément XII. heureusement régnant; dans son bref : Expuni nohis, publié le 4 6 janvier 1731, il déclare que tous les Chemins de la Croix érigés ou qui seront érigés à l'avenir par les Frères Mineurs dépendants du Ministre- Général de l'Observance, dans les églises, oratoires, couvents et autres lieux pies, même indépendants de notre Ordre, jouissent des mêmes indulgences que le Chemin de la Croix de Jérusalem. Il faudrait un discours exprès pour vous développer et vous faire comprendre tous les avantages d'une si salutaire dévotion. Presque tous les monastères de Rome l'ont embrassée, et il n'en résulte aucun inconvénient, puisque chaque religieuse reste libre de la pratiquer. Toutefois, il faut dire que cet exercice réveille ordinairement une si grande ferveur parmi les religieuses, qu'il y en a peu qui ne le fassent tous les jours et même plusieurs fois par jour. Oh I je vous en supplie, procurez-vous devant Dieu le mérite d'introduire dans votre couvent une si belle et si sainte pratique. Les contradictions ne manqueront pas, mais le profit sera bien plus grand; car vous aplanirez par là le chemin du ciel à vos consœurs encore en vie, et vous procurerez le plus grand soulagement aux défuntes*.

Il est beaucoup d'autres indulgences que peuvent gagner les religieuses et qui sont indiquées par l'auteur déjà cité. En voici quelques-unes choisies parmi les principales, et qui sont communes à tous les fidèles.

' Voyez La Vote savree ou théorie et pratique du Chemin de la Croix, pur le B. LÉONAnn.

Celui (|ui entend la sainte messe gagne chaque fois trente mille ans d'indulgence, en vertu d'une concession d'Innocent IV, et 800 ans en vertu des concessions faites par Urbain IV. Martin V, Eugène IV et Sixte IV, qui en accordèrent chacun deux cents*.

On gngne 30 jours d'indulgences , accordés par Jean XXII, pour la récitation de ÏAve Maria, et 40 jours pour la récitation du Salve Regina ; — 25 jours en prononçant avec respect les saints noms de Jésus et de Marie (Sixte V) ; — 30 jours en s'inclinant au Gloria Patri; — 200 jours en faisant une génuflexion devant le Saint- Sacrement ; — 40 jours en baisant la croix avec respect, en vertu de la concession de Jean XXII, et un an, en vertu de celle de Clément IV; — 5 ans et 5 quarantaines accordés par Jean XXII, en baisant par dévotion l'habit religieux"-^.

Benoît XIII, par bref du 14 septembre 1724, accorde à tous ceux qui réciteront, a genoux, au son de la cloche, le matin, à midi ou au soir, les prières accoutumées : Angelus Doî» ini, etc. 100 jours d'indulgence chaque fois, et à ceux qui auront observé cette pratique pendant un mois entier, une indulgence plénière et la rémission de tous leurs péchés, un jour du mois a volonté^.

Sixte V et Benoit XIII accordent 100 jours d'indulgence à ceux qui se salueront en disant : Loué soit Jésus- Christ, et en répondant : A jamais, ou Amen. Et à ceux qui auront eu la pieuse habitude de se saluer de la sorte pendant leur vie, ou d'invoquer avec respect les saints noms de Jésus et de Marie, une indulgence plénière à l'article de la mort, pourvu qu'ils invoquent encore alors, au moins de cœur, le nom de Jésus*.

' Ap. Ferbar. V" Indulg. art. G, ii. (i.

2 Ihid. n. 10 et 2. '• Ibid. n. 19. * Ibitl. n. 1.

472 DES INDCLGE.NCES.

Permettez que je m'arrête ici pour m'écrier : 0 bonté iaeffable de Dieu de nous avoir facilité par tant de moyens le sentier qui mène à la patrie ! Mais qu'avez-vous fait pour gagner les indulgences ? Ah ! que vous devriez rougir d'une négligence si préjudiciable à votre âme, et si fatale aux i^ainles âmes du purgatoire, que vous avez privées du plus puissant secours I Sortez enfin de cette apathie, et désormais apportez toute la diligence possible à profiter des indulgences qui vous sont ofTertes. Sainte Terese rapporte qu'une de ses religieuses, qui avait mené d'ailleurs la vie fervente qui convenait à sa profession, s'envola, en mourant, tout droit en paradis, sans toucher au purgatoire, à cause de la grande confiance qu'elle avait eue dans les indulgences, ainsi que de son zèle pieux k en profiler. Faites de même, si vous voulez partager son sort, et monter au ciel sans passer par le purgatoire.

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