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AU PIEUX LECTEUR

Un trésor, si grand et si précieux qu'il soit, n'est apprécié que pour autant qu'il est connu. Voilà pourquoi, mon cher lecteur, on n'a plus depuis longtemps l'estime qu'on devrait avoir du saint Sacrifice de la Messe. Quoique ce soit le plus grand de tous les Trésors qui ornent et qui enrichissent l'Eglise de Dieu, c'est cependant un Trésor caché, un Trésor connu de peu de personnes. Ah ! si tout le monde connaissait cette perle céleste, chacun voudrait en jouir, fût-ce même au prix de toute sa fortune; et au lieu d'entendre certains chrétiens vous dire avec insouciance : une Messe de plus ou de inoins, peu importe, on les verrait, semblables au trafiquant de l'Evangile, sacrifier tous leurs biens, s'il le fallait, pour se mettre en possession d'un pareil trésor : Ahiit, et vendidit omnia quœ habuit, et émit eam^. C'est donc pour éclairer celui qui vit dans les ténèbres et n'a pas une juste idée de cet adorable Mystère, que nous publions cet opuscule.

Il peut se faire qu'à la première vue, on juge bon de le critiquer comme une entreprise inutile ou téméraire. Inutile; car, comme on a déjà publié tant de petits livres qui exposent fort bien la manière d'entendre la

fl) Matlh. 13. 46.

Messe avec fruit, il semble qu'il n'y ait pas lieu d'en désirer davantage. Téméraire : attendu qu'il faudrait un talent supérieur pour mettre en évidence toutes les excellences d'un Mystère si auguste et qui 'surpasse la capacité des Séraphins eux-mêmes.

Je vous répondrai ingénument que tout cd que vous dites-là est vrai : j'avoue que je n'ai rien à y opposer. Bien plus, ce sont ces réflexions qui m'ont empêché pendant longtemps de prendre mon parti. Je n'éprouvais pas peu de répugnance à mettre la main à un ouvrage qui ne devait rencontrer d'autre accueil, me semblait-il, que d'être publiquement taxé de peine superflue et d'entreprise supérieure à mes forces.

Mais deux motifs m'ont fait vaincre toutes ces résistances intérieures. Le premier est un conseil que je vénère à l'égal d'un commandement, attendu qu'il mo vient d'un personnage auquel je dois la déférence à plusieurs titres. Le second est l'espoir d'être de quelque utilité aux populations que j'ai cultivées par les missions. En efi'et, un des plus grands avantages que l'on remporte des missions, c'est un accroissement d'amour et de vénération envers le très-saint Sacrement, pour lequel on s'efforce d'exciter dans le cœur de tous les fidèles une fervente dévotion ; ce qui les engage à se nourrir plus souvent du Pain des Anges, et à former cortège au saint Viatique toutes les fois qu'on le porte aux infirmes, de telle sorte qu'on le voit toujours accompagné d'une multitude de fidèles et d'un grand nombre de flambeaux, entouré, en un mot, de la pompe et du décorum qui conviennent. Mais on a surtout à cœur de porter tout le monde à entendre chaque jour la sainte Messe ; or, vous ne pourriez vous imaginer combien il est utile, pour arriver à ce but, de répandre parmi les personnes peu instruites de petits livres écrits en style simple et coulant, et par là adaptés à

LE TKÉSOK CACHÉ. '-^93

leurs capacités. Ces livres dissipent toutes les difficultés qui refroidiraient leur dévotion ; tout en répandant la lumière dans leur esprit, ils entretiennent la ferveur dans leur cœur. Il arrive parfois que les fidèles en retirent plus de fruit que des prédications mêmes, parce que la parole s'envole, tandis que la vérité mise par écrit reste constamment sous leurs yeux.

Quand même ce petit ouvrage ne devrait servir qu'à une seule âme, on ne pourrait pas lui reprocher d'être tout à fait inutile. Mais afin de ie rendre plus populaire et de le mettre à la portée de tous les fidèles, on le réduira à trois chapitres seulement. Le premier contiendra une courte instruction sur l'Excellence , la Nécessité et les Avantages de la sainte Messe ; dans le second nous rapporterons quelques exemples propres à stimuler le zèle des personnes de toute condition à y assister tous les jours ; enfin dans le troisième, on tracera une méthode pratique pour l'entendre saintement et avec fruit.

Tels sont les motifs qui doivent m'attirer votre compassion, si je vous semble trop présomptueux, et qui me donnent, à moi, l'espoir de vous être utile, pour peu que vous agréiez mon dessein ; car, après tout, je vous découvre un trésor caché qui, si vous savez en profiter, vous enrichira de tous les biens en cette vie et à la mort, dans lo temps et dans l'éternité.

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