‹ Œuvres compl{grave}etesChapitre 113 sur 152 · Avec Tabbé Bignon. Voyez plus haut, p · texte numérisé non relu

Avec Tabbé Bignon. Voyez plus haut, p

7. Les deux récipiendaires étaient placés l'un à côté de l'autre à Tune des extrémités de la table de l'Académie .

8. La Bruyère a fait imprimer en capitales ces mots, qui s'appliquent à Pierre Cureau de la Chambre, curé de Saint-Barthélemy,qui avait succédé à Racan dans l'Académie en 1670, et dont il reste quelques sermons et trois

Quelquefois, messieurs, il arrive que ceux qui vous doivent les louanges des illustres morts dont ils remplissent la place, hésitent, partagés entre plusieurs choses qui méritent également qu'on les relève. Vous aviez choisi en M. l'abbé de la Chambre un homme si pieux, si tendre, si charitable, si louable par le cœur, qui avoit des mœurs si sages et si chrétiennes, qui éloit si touché de religion, si attaché à ses devoirs, qu'une de ses moindres qualités étoit de bien écrire. De solides vertus, qu'on voudroit célébrer, font passer légèrement sur son érudition ou sur son éloquence; on estime encore plus sa vie et sa conduite que ses ouvrages. Je préférerois en effet de prononcer le discours funèbre de celui à qui je succède, plutôt que de me borner à un simple éloge de son esprit. Le mérite en lui n'étoit pas une chose acquise, mais un patrimoine, un bien héréditaire, si du moins il en faut juger par le choix de celui qui avoit livré son cœur, sa confiance, toute sa personne, à cette famille, qui l'avoit rendue comme votre alliée, puisqu'on peut dire qu'il Tavoit adoptée, et qu'il l'avoit mise avec l'Académie françoise sous sa protection. 4 Je parle du chancelier Seguier*. On s'en souvient comme de l'un des plus grands magistrats que la France ait nourris depuis ses commencements. H a laissé à douter en quoi il excelloit davantage, ou dans les belles-lettres, ou dans lesaffahres; il est vrai du moins, et on en convient, qu'il surpassoit en l'un et en l'autre tous ceux de son temps. Homme grave et familier, profond dans les délibérations, quoique doux et facile dans le commerce, il a eu

discours académiques. Il était fils d'un autre académicien, qui avait été médecin du chancelier Séguier et qui avait publié les Caractères des passions. 1. Le chancelier Seguier avait le titre de protecteur de TÂcadémie française.

naturellement ce que tant d'autres veulent avoir et ne se donnent pas, ce qu'on n'a point par l'étude et par l'affectation, par les mots graves ou sentencieux, ce qui est plus rare que la science, et peut-être que la probité, je veux dire de la dignité. Il ne la devoit point à l'éminence de son poste ; au contraire, il Ta anobli ; il a été grand et accrédité sans ministère, et on ne voit pas que ceux qui ont su tout réunir en leurs personnes l'aient effacé.

Vous le perdîtes il y a quelques années*, ce grand protecteur. Vous jetâtes la vue autour de vous, vous promenâtes vos yeux sur tous ceux qui s'offroient et qui se trouvoient honorés de vous recevoir; mais le sentiment de votre perte fut tel, que dans les efforts que vous fîtes pour la réparer, vous osâtes penser à celui qui seul pouvoit vous la faire oublier et la tourner à votre gloire. Avec quelle bonté, avec quelle humanité ce magnanime prince vous a-t-il reçus! N'en soyons pas surpris, c'est son caractère : le même, messieurs, que l'on voit éclater dans toutes les actions de sa belle vie, mais que les surprenantes révolutions arrivées dans un royaume voisin et allié de la France ont mis dans le plus beau jour qu'il pouvoit jamais recevoir*.

Quelle facilité est la nôtre pour perdre tout d'un coup le sentiment et la mémoire des choses dont nous nous sommes vus le plus fortement imprimés ! Souvenons-nous de ces jours tristes que nous avons passés dans l'agitation et dans le trouble, curieux, incertains quelle fortune auroient courue un grand roi, une grande reine, le prince leur fils, famille auguste, mais malheureuse, que la piété et la religion avoient poussée jusqu'aux dernières épreuves

1. Cest à la mort de Soguier (1672) que Loais XIV accepta le titre de protecteur de l'Académie française. \

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