‹ Œuvres compl{grave}etesChapitre 144 sur 152 · De, après un verbe passif, au lieu de par. Malherbe · texte numérisé non relu

De, après un verbe passif, au lieu de par. Malherbe

Je suis vaincu du temps, je cède à ses outrages.

Racine, Phèdre, I, 3 :

Ariane, ma sœur, de quel amour blessée?...

La Bruyère, des Femmes, n« 40 : a Ces hommes qui ont été autrefois blessés des femmes. »

3. De, dans le sens de par, par suite de, au moyen de, comme de en latin {de induslria). Des Biens de fortune : « Du même fonds d'orgueil dont Ton s'élève fièrement au-dessus de ses inférieurs, l'on rampe vilement devant ceux qui éont au-dessus de soi. » ]bid. : « Il n'y a personne au monde si bien lié avec nous de société et de bienveillance. » De l'Homme : a II rachèterait volontiers sa mort de l'extinction du genre humain. » De quelques usages : « Il marie l'aînée de ses filles de ce qu'il a pu sauver des mains d'un fripon. »

Racine, Mithridate :

De quelle noble ardeur pensez-vous quMls se rangent Sous les drapeaux d*un roi toujours victorieux.

Molière, le Misanthrope, I, 4 :

Ils traitent du même air Thonnête homme et le fat.

La Fontaine, Fables :

Deux pigeons s'aimaient d*amour tendre.

fiossuet, Oraison funèbre de Henriette de France : a Quelques-uns se précipitèrent dans les ondes de désespoir. » Déoréditement, action qui discrédite. — Des Jugements : « Ce n'est pas tant leur éloge que le décréditement du genre humain. »

Déduire, énumérer. Disc, sur Tliéophr. : t Voilà ce qui reste de ses écrits, entre lesquels ce dernier seul peut répondre de la beauté de ceux que l'on vient de déduire. » — Vaugelas, Quinte-Curce, VIÏ, \ : d On lui ordonne de déduire ses défenses. » Id., ibid. : « Si je voulais entreprendre de déduire ce qui s'est passé en Grèce. » Mairet, 5o/tman^ II, 7 :

Les puissantes raisons qu*0Q vient de me déduire.

Défaut, manque. — Disc, sur Théophr, : a Les vices extrêmes par le défaut ou par l'excès entre lesquels chaque vertu se trouve placée. »

Dégoutter, employé transi livoment (hellénisme). De la cour : « Pressez-les, tordez-les, ils dégouttent l'orgueil, l'arrogance, la présomption. • Dégoutter s'emploie en général intransitivement. Ex. : Corneille, Cinna :

Le fils tout dégouttant du meurtre de sou père.

Délié, a menu, fin, subtil. » (Richelet, Dictionn, fr., 1680. — Et il cite les exemples suivants : v Cheveux fins et déliés. Voiture avait l'esprit très-délié. Trait de plume délié. » La Bruyère, de la Mode : « Il porte des chemises très-déliées. >

Démarohe, au figuré, fréquent chez La Bruyère et les auteurs du XVII* siècle. Des Grands : « Sentir le mérite et le bien traiter, deux grandes démarches à faire tout de suite, et dont la plupart des grands sont fort incapables. » Du Souverain : a Quelles grandes démarches ne fait-on pas au despotique par cette indulgence! » Pascal, Pensées : « Qui suivra ces étonnantes démarches... »

C'est par imitation de ses maîtres, les moralistes du xvii* siècle, que Yauvenargues a dit : a Les hommes frivoles ont besoin de temps pour suivre ces grandes démarches de la réflexion. »

Demoîtelle, a fille noble, fille de qualité. » (Richelet, Dictiotm. fr.) C'est en ce sens que La Bruyère dit, de la Cour ; c Dire de celle-là qu'elle n'est pas demoiselle. » Et Molière : « Ah! qu'une femme demoiselle est une étrange afl'aire! » — Mais déjà ce mol commençait à prendre le sens qu'il a aujourd'hui. Ce sens, qui n'est pas dans le Dictionnaire de Richelet (4680), est dans celui de Furetièrt» (1694) : a Demoiselle se dit aujourd'hui do toutes les filles qui ne sont point mariées, pourvu qu'elles ne soient pas nées d^artisans. Les femmes d'avocats tenaient autrefois à grand honneur d'être appelées demoiselles ; maintenant elles se font appeler madame. »

Dérèglement, conduite déréglée. Disc, sur Théophr. : « Il faut remonter Jusques à la source du dérèglement de Phomme. »

Désoooupé, non occupé. De la Ville : « Il y a dans la ville, comme ailleurs, de fort sottes gens, des gens fades, oisifs, désoccupés. »

On ne trouve dans le Dictionnaire français de Richelet [1680 que les mots désoccupation et se desoccuper. Pour le premier. Richelet dit : « Ce mot se trouve dans les ouvrages de M. Arnauld, mais il n'est pas encore établi. » Il définit se désoccuper : a se défaire

de l'occupation, se débarrasser des choses qui occupent. » Et les seuls exemples qu'il cite sont pris dans les livres de sainteté de Port-Royal. — Le mot dësoçcupé se trouve dans M"* de Sévigné, Massillon, Voltaire et Chateaubriand (voyez le Dictionn. de Littré, qui ne donne pas l'exemple de La Bruyère).

Déterminément, avec résolution. Du Cœur, n*^ 64 : « Vouloir ardemment et déterminément une certaine chose. » — Saint-Simon : « Le sujet choisi pour le cardinalat refusa la nomination si déterminément qu'il fallut songer à un autre. >

Dévot, dévotion. Ces mots ont, chez La Bruyère, le sens de faux dévot, fausse dévotion (voyez le chapitre de la Mode, depuis le n<* 46 jusqu'à la Gn, etc.). Mais il est à remarquer que La Bruyère a soin, presque toujours, d'expliquer en note qu'il parle des faux dévots, de la fausse dévotion.

Dîipute, débat, discussion. C'est l'ancien sens du mot (on disait au XV" siècle disputoison). De la Société ; « On s'exerce et l'on s'instruit par la dispute. »

Corneille, Imitation, I, 3 :

De quoi sert une longue et subtile dispute Sur mille obscurités où Tesprit est déçu?

Pascal, Provinciales, IV : « Ceux qui ont voulu entrer en dispute. • Bossuet, Variations, I : «C'est ouvrir une nouvelle dispute. »

Docilité se prenait encore au xvii" siècle dans le sens étymologique : disposition naturelle à se laisser instruire (sens qui a besoin d'être déterminé aujourd'hui, comme lorsqu'on dit : docilité d* esprit). Ce mot, ayant été très-employé dans les discussions théologiques, a pris de bonne heure le sens spécial de soumission aux enseignements de l'Église. Des Esprits forts : « Qui n'a pas quelquefois sous sa main un libertin à réduire et à ramener, par de douces et insinuantes conversations, à la docilité? » ^ Du Souverain : « Les princes, ses petils-fils, imitent sa bonté, sa docilité, son équité, sa vigilance, son intrépidité. »

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