‹ Œuvres compl{grave}etesChapitre 23 sur 152 · PHILINTE · texte numérisé non relu

PHILINTE

Mais qui voulez-vous donc qui pour vous sollicite?

ALCESTB.

Qui je veux? La raison, mon bon droit, Téquité.

(Molière, le Misanthrope, I, i, vers 186.)

3. « J'ai vu de ces faux justes deçà et delà les monts. J*on ai vu qui pour faire admirer leur intégrité, et pour obliger le monde de dire que la laveur ne peut rien sur eux, prenoient l'intérêt d'un étranger contre celui d'un parent ou d'un ami, encore que la raison fût du côté du parent ou de l'ami. Ils étoient ravis de faire perdre la cause qui leur avoit été recom-

[A6] Le magistrat coquet ou galant est pire dans les conséquences que le dissolu : celui-ci cache son commerce et ses liaisons, et l'on ne sait souvent par où aller jusqu'à lui ; celui-là est ouvert par mille foibles qui sont connus, et l'on y arrive par toutes les femmes à qui il veut plaire.

[47] Il s'en faut peu que la religion et la justice n'aillent de pair dans la république, et que la magistrature ne consacre les hommes comme la prêtrise. L'homme de robe ne sauroit guère danser au bal, parottre aux théâtres, renoncer aux habits simples et modestes, sans consentir à son propre avilissement; et il est étrange qu'il ait fallu une loi pour régler son extérieur, et le contraindre ainsi à être grave et plus respectée

[&8] Il n'y a aucun métier qui n'ait son apprentissage, et en montant des moindres conditions jusques aux plus grandes, on remarque dans toutes un temps de pratique et d'exercice qui prépare aux emplois, où les fautes sont sans conséquence, et mènent au contraire à la perfection. La guerre même, qui ne semble naître et durer que par la confusion et le désordre, a ses préceptes ; on ne se mas-

mandcc par leur neveu ou par leur counin germain, et le plus mauvais office qui se pouvoit rendre à une bonne affaire étoit une semblable recommandation. » (Balzac, Aristippe ou de la Cour, vi* discours.) — « Notre propre intérêt est encore un merveilleux instrument pour nous crever les yeux agréablement. U n'est pas permis au plus équitable bomme du monde d'être juge en sa cause : ]*en sais qui pour ne pas tomber dans cet amourpropre, ont été les plus injustes du monde à contre-biais. Le moyen sûr de perdre une affaire toute juste étoit de la leur faire recommander par leurs proches parents. » (Pascal, Pensées, article ni, 3.)

1. « Il y a un arrêt du G)nseil qui oblige les conseillers à être en rabat. Avant ce temps-là ils étoient presque toujours en cravate. Cet arrêt fut rendu à la requête de M. du Harlay, alors procureur général. » {Clefs,) — Voyez le chapitre des Femmes, n** 29, note.

sacre pas par pelotons et par troupes en rase campagne sans l'avoir appris, et Ton s'y tue méthodiquement. Il y a l'école de la guerre : où est l'école du magistrat? II y a un usage, des lois, des coutumes : où est le temps, et le temps assez long que l'on emploie à les digérer et à s'en instmire? L'essai et l'apprentissage d'un jeune adolescent qui passe de la férule à la pourpre S et dont la consignation a fait un juge, est de décider souverainement des vies et des fortunes des hommes '.

[49] La principale partie de l'orateur, c'est la probité : sans elle il dégénère en déclamateur, il déguise ou il exagère les faits, il cite faux, il calomnie, il épouse la passion et les haines de ceux pour qui il parle : et il est de la classe de ces avocats dont le proverbe dit qu'ils sont payés pour dire des injures '.

[50] « Il est vrai, dit-on, cette somme lui est due, et ce droit lui est acquis. Mais je l'attends à cette petite for-

" Cet alinéa et les quatre précédents sont de la 4* édition.

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