SUR LA TRADUCTION DE THÉOPHRASTE
n ne faut pas oublier que La Bruyère était d'une époque qui n'entendait pas comme on le fait aujourd'hui les devoirs du traducteur, et qui réclamait pour lui une « honnête liberté, » selon le root de Boileau (dans sa Préface à la traduction de Longin). La Bruyère n'a pas cru devoir trop surprendre, trop dépayser ses lecteurs; il a, par exemple, modifié les traits qui eussent paru trop éloignés de nos usages, et supprimé quelques autres qui eussent choqué la délicatesse de ses contemporains; d'autres fois, il a allongé le texte de son auteur, soit pour le rendre plus clair à des lecteurs du xvii* siècle, dont il est avant tout préoccupé, soit pour l'achever et pour faire un portrait de ce qui n'était qu'une esquisse.
On s'est attaché, dans la présente édition, à relever les principales inexactitudes de sens que présente cette traduction, et Ton a distingué par la différence des caractères typographiques le texte de Théopbraste et les paraphrases de La Bruyère : ces dernières sont mises en lettres italiques. Il a paru nécessaire de faire la part de l'auteur et du traducteur, et intéressant de montrer le futur auteur des Caractères s'essayant par un ouvrage étranger à son rôle de fin observateur et d'écrivain original. C'est là que, pour la première fois, il avait mis comme en dépôt quelques-uns de ses tours les plus ingénieux. 11 entendait bien ne pas les perdre; et, comme ils étaient quelquefois ajoutés au texte, 11 lui est arrivé de les retrancher pour les transporter dans son propre livre. (Voyez la note à la fin du chapitre m.)
DISCOURS