‹ Œuvres complètesChapitre 156 sur 215 · l*atri cura Filio comraunis gloria · texte numérisé non relu

l*atri cura Filio comraunis gloria

Sancto Spiritui pia concordia Unique Domino Eus sit et gratia

Per cuncta sæcula.

Le Bréviaire de Calahorrra, imprimé en 1343, a une hymne De /‘assione imaginis Christi, (jui doit se référer à l’image de Béryte ('Dreves, Anal, hym., XVI, 38) :

Pange, lingua, gloriosi præliura cerlaraiuis,

Renovatum in figura jam sculptæ imaginis,

Qiiam aflixilvir .ludæus, turpis auctor criminis.

Sanguis Iluxitde figura, cunctis cruor claruit Neque Judæo sculptura virtutis et numinis Quem næcarat syuagoga detestanda singulis.

4. La messe de la Passion de l’image de notre Sauveur se voit dans le Missel Romain imprimé à Venise en 1513 sous ce titre ; Missa insolernnitate Iconiæ Domini Salvaloris. Les Grecs font mention, dans leur Ménologe, de deux différentes passions des images de notre Sauveur: la première, le 9« jour d’août ; la deuxième, le 9 novembre.

La première arriva à Constantinople, lorsqu’une de ces Images, étant percée de coups de couteau par un juif, versa du sang et fut ensuite jetée dans un puits. Raronius en a vu l’histoire dans un ancien manuscrit,ainsi qu’il le témoigne dans les Notes sur le Martyrologe Romain, arf diem 9 novemb.

La deuxième arriva à Beryte eu Syrie, du tems du jeune Constantin et

de sa femme Irène, lorsque d’autres juifs crucifièrent une autre image, d’où il sortit une si prodigieuse quantité de sang que les églises d’Orient et celles d’Occident en eurent en abondance.

La messe que nous examinons n’est pas de cette première image, puisqu’il n’y a que les Grecs qui fassent la fête de sa Passion; mais de la seconde,dont il est parlé dansle Martyrologe Romain.. .11 en est aussi parlé dans l’Action quatrième du 2« concile général de Nicée en 787; dans la chronique de Sigebert vers l’an 765 et dans les Additions du Martyrologe d’üsuard; et nous avons dans Surius un discours qui porte le nom de S. 'Athanase, patriarche d’Alexandrie, mais qui est d’un autre S. Athanase, évêque de Syrie, où l’histoire de cette image miraculeuse est rapportée bien plus au long que dans la chronique de Sigebert.

Mais puisqu’on en fait une fête dans l’Eglise Latine comme dans l’Eglise Grecque, on en peut bien faire une messe. Celle qui est dans le Missel Romain de l’édition de Venise de 1513, outre qu’elle n’a nulle approbation, tend à établir un culte superflu. Car si on fait une messe de cette Image, on en pourra faire aussi de toutes les Images miraculeuses dont on raconte tant de pareilles histoires (J. -R. Thiers,Trai7é des superstitions, i. II, pp. 412-413),

Thiers n’a pas toutà fait tort.Leculte estici essentiellement local, en ce sens qu’il se limiteà Béryte même et aux églisesqui possèdent du sang miraculeux. Partout ailleurs, une messe propre n’auraitpas sa raison d’être; elle encombrerait le missel et son admission favoriserait l’insertion d’autres messes qui n’ont pas davantage un intérêt général.

XVllI. — Crucifix de Quimper

1. Crucifix de Quimper -Corenlin. Un marchand, en quittant Quimper, confie à son voisin une somme considérable, en le priant de la garder jusqu’à son retour. Il arrive, on nie le dépôt, il porte plainte devant les juges. On demande un serment; le dépositaire infidèle, prêt à lever la main, remet la canne remplie d’or à l’homme qui réclamait son argent et jura alors qu’il le lui a rendu. Un crucifix, selon l’usage, présidait à ce tribunal. Indigné de celte affreuse infidélité, son bras se détache, son sang coule, sa canne se rompt et la fourberie se découvre. J’ai vu le sang exposé tant de siècles à la vénération des fidèles. La révolution, ennemie des miracles, a détruit ce grand monument de la piété de nos pères (.M. Cambry. Voyage dans le Finistère en I79i, t. III, p. 17).

M. Cambry ajoute ensuite ; « Quand Cervantès a placé ce fait dans l’île de Barataria, au tribunal de notre ami Sancho, il ignorait le vrai lieu de la scène ». Mais ce n’est pas sur la route de Quimper que Cervantès a

T. XIV

bâli la sage sentence de l’écuyer de Dan Quichotte. II en avait puisé l’idée dans une légende écrits par un espagnol du xii® siècle, comme on le verra à l’article S. Nicolas (Collin de Piancy, 1, 223-224).

Ce renseignement me mettait sur la voie, sans pouvoir toutefois me suffire, d’autant plus qu'il est fautif en plusieurs endroits : ainsi, il ne s’agit pas d’un tn ai'c hand, ma\s d’un croisé; la canne, remplie d’or, est absolument légendaire et empruntée à un miracle de S. Nicolas ; le crucifix n’était point au tribunal, mais bien à la cathédrale; le sang coula des pieds, non d’un bras détaché.Il y avait donc lieu de procéder à de nouvelles et plus sûres informations. Pour cela je me suis adressé à Quimper même, à M. Abgrall, aumônier de l’hospice, dont la compétence égale l’obligeance. Or, le docte chanoine voulut bien m’adresser immédiatement ces deux documents importants, la notice du chanoine Thomas et un extrait du Bréviaire diocésain.

2. En 1892, M. Alexandre Thomas publiait, dans une brochure intitulée Visite de la cathédrale de Quimper (Quimper, in-8), au chapitre 6’/iape//erfe,vtrois^ou//es de sang{pp. 3-8), une description complète de l’état de la question : le fait historique, le lieu du miracle, les reliques et leur culte. Je reproduis textuellement, malgré sa longueur, cet intéressant document, regrettant toutefois qu’il n’y ait pas eu un mot de discussion sur la date du prodige et du crucifix miraculeux.

La chapelle s’est appelée Chapelle de S. Sauveur de 1465 à 1581 et C/tapelle de la croix en 1770. Aujourd’hui, elle est invariabletneut désignée sous le nom de Chapelle des Trois gouttes de sang; d’après une tradition vraiment ancienne, le miracle qui lui a donné son nom y aurait eu précisément lieu. On peut admettre que le prodige fut opéré à cette place, mais non dans la chapelle actuelle, qui ne fut construite qu’après 1424 ; or, la fête de YEffusion du sang du crucifix se célébrait dans la cathédrale au moins dès le siècle précédent. Pour exposer le miracle, nous ne pouvons mieux faire que de traduire ici le récit inséré au Propre du Bréviaire, c’està-dire le texte officiel dont se sert chaque année le clergé delà cathédrale, le mercredi après la Sexagésime.

« Ce qui a donné lieu à la solennité d’aujourd’hui, c’est un miracle éclatant, que la tradition dit s’être autrefois accompli dans l’église de Quimper. Un habitant de la ville, homme honnête et très riche, allant partir pour la Terre sainte, confia à un ami la garde de sa famille et l’administration de valeurs très considérables, et cela sans appeler personne en té-

raoignage. II consacra plusieurs années à ce pèlerinage, mais quand il fui enfin de retour, il réclama de son ami le dépôt qu’il lui avait confié' ce Im-ci déclara qu’il n’avait rien reçu. Le pèlerin frustré le traduisit en justice; mais ne pouvant, faute de témoins, prouver la culpabilité, il demanda que les deux intéressés fussent admis à prêter un serment solennel, devant le crucifix, admettant que cette épreuve terminerait rafïaiie— Us se rendirent donc tous les deux à la cathédrale et là, au moment même où le dépositaire ajoutait le parjure à son premier crime, les pieds du crucifix de bois, attachés par un seul clou, se séparèrent et répandirent trois gouttes d’un sang miraculeux. La réalité du prodige ayant été bien établie, il fut réglé que, pour en perpétuer la mémoire, la fête de r£//i/«on du sang du crucifix se célébrerait, chaque année, le mercredi avant les Cendres. Les trois gouttes de sang sont encore conservées très religieusement avec l’image du crucifix dans la cathédrale de Quimper ».

Voilà ce qu’il y a de vrai, de certain dans l’hi loire des trois gouttes de sang. Les autres détails que l’on y ajoute, l’histoire de la canne brisée, empruntée aux aventures de Sancho Pança dans l'île de Barataria, sont simplement à écarter comme produit de l’imagination populaire...

On prétend que le pèlerin de Terre sainte appartenait à la famille Bougeant, d où était issu le célèbre Guillaume Hyacinthe Bougeant, né à Quimper le 4 novembre 1690... La tradition dit encore que l’homme qui, après un passé tout d’honneur et de probité, se rendit coupable de spoliation et de parjure, était de la famille Furie, une des plus considérables et des plus justement estimées de Quimper...

Un beau vitrail représente le miracle des trois gouttes de sang...

Le souvenir d’un prodige si éclatant ne s’est pas conservé seulement par

I institution dune fête particulière, mais aussi parla vénération quiatoujours entouré le crucifix miraculeux et surtout les Trois gouttes de sang.

II y avait autrefois deux autels dans le sanctuaire : l’un à peu près à la place qu’occupe le maître-autel actuel,raulre entre les deux colonnes qui forment le fond du chœur. Celui-ci était dominé par le crucifix, tandis que l’autre était surmonté d’une colonne portant une châsse en vermeil; dans cette châsse, exécutée en 1219 par les soins de l’évêque Bainaud et que décoraient les figures des douze apôtres, étaient conservées les reliques de S. Ronan. A l’ouverture qui en fut faite le 22 avril 1687, on y reconnut quatorze ossements du saint émigré d’Irlande. Après l’examen détaillé de ces précieuses reliques, François de Coetlogon, évêque de Quimper et comte de Cornouaille, ajoute : « Dans l’autre* bout du reliquaire estoit un grand paquet de linges, sur lequel nous avons trouvé un parchemin, cousu avec du fil blanc, où estoit escrit ; Ilic est sanguis dominicus effusus in corporaiiet nappis aftam. Dans lequel paquet nous avons trouvé trois nappes d’autel dont une est rayée aux deux bouts de trois filets bleufs, dans lesquels estoient plusieurs linges, corporaux et autres de différentes grandeurs, les uns blancs et les autres plus ou moins salis; et un antre

petit paquet entouré d’un parchemin sur lequel est escrit : Hic cecidit stilla sanguinis Chrisli, dans lequel il y a plusieurs linges, quelques morceaux de parchemin et quelques lambeaux de soye ».

Le lo décembre de la même année, la nouvelle châsse reçut le double dépôt qu’avait contenu l’ancienne et Mgr de Plœuc l’y trouva intact, lors d’une nouvelle ouverture, le 26 mars 17H.

En raison même de l’événement qui donna lieu à l’effusion des trois gouttes de sang, c’est sur la châsse qui les contenait que se prêtaient les serments juridiques.

En 1790, l’argenterie des églises fut confisquée au profit de la nation..., le reliquaire de S. Honaii et des trois gouttes de sang subit le sort commun. . mais la relique fut sauvée par le menuisier Daniel Sergent... et restituée par le même Daniel Sergent, probablement à la fin de 1795. 11 fil pour le sang du crucilix ce qu’il avait fait pour la relique du patron de la cathédrale, « une cassette de bois, colorée en gris, moulure et sculpture rouges et blancs ». Les deux cassettes restèrent exposées à l’entrée du chœur depuis lors jusqu’en 1825... En 1825, les trois gouttes de sang ont quitté leur place, à cause des travaux de restauration qui s’opèrent... Le 29 décembre 1829..., fut fait un nouveau reliquaire en forme d’édicule. . .

Le l3 décembre 1793, les profanateurs de la cathédrale s’étaient particulièrement acharnés sur le crucifix miraculeux..., des mains pieuses en avaient pu sauver la tête détachée à coups de hache. Lorsque le nouveau reliquaire prit sa place dans la chapelle où étaient les fonts baptismaux en 1829, on le posa sur une sorte de tabernacle vitré, dans lequel cette tête fut placée...

Le samedi 27 janvier 1883, Mgr Nouvel voulut vérifier la relique. . . Les trois nappes, enveloppées dans un linge, formaient un paquet assez volumineux, sur lequel était la première inscription; la seconde, en caractères bien nets du xili® siècle, se trouvait dans un paquet plus petit, dissimulé sous la même enveloppe ; c’étaient des linges ressemblant à des corporaux, d’autres débris de tissus qui avaient servi à laver ou à purifier, car ils étaient usés par le frottement, enfin deux petites parcelles de toile portant les traces très visibles d’effusion sanglante. Ce petit paquet fut reconstitué dans son étal antérieur...

11 n’y avait que deux gouttes de sang, au lieu de trois ; cela s’expliquerait facilement, car des inventaires de 1273 et de 1361 signalent «du sang qui coula du Crucifix, dans un vase de cristal «...Jeconsidère comme plus probable qu’une de ces gouttes de sang a été mise à part et enfermée dans le vase de cristal où on la voyait librement; ce reliquaire et son contenu ont disparu sans qu’on sache ce qu'ils ont pu devenir.

Le mercredi suivant, 31 janvier, fêle de l’Effusion du sang du crucifix, Mgr Nouvel consacra l’autel des Trois gouttes de sang. Aussitôt que la cérémonie de la consécration fut terminée, le nouveau reliquaire fut ou-

vert. . . Les linges, dans leur enveloppe de soie blanche, sont places entre les pieds d’une petite table servant de support à deux anges agenouillés. Rien de plus gracieux que ces deux anges soutenant, dans l’altitude de l’adoration, 1a tête du crucifix miraculeux... Le panneau mobile qui sert à fermer le reliquaire s’enlève le jour de la fête des Trois gouttes de sang, tous les vendredis de carême, à la fête du Précieux Sang de N, S. (1er dimanche de juillet) et pour la fêle des Saintes Reliques.

3. Voici, d’après le Propre de Quimper (1840), les leçons historiques qui figurent au second nocturne de la lète de l’Eirusion du sang du Crucifix :

Veria IV post Dominicam Sexagesimx. — In festo Eff'usionis Sanguinis

ex imagine Crucifi.xi . In Cathedrali Corisopitensi Duplex majus. Extra

Cathed. non fit hoc officium.

In II Nocturne. Lectio IV. — Hodiernæ solemnilali causam dédit insignemiraculum, quod alias in Ecclesia Corisopilensi{</e Ouimper) contigisse Iraditur. Givis quidam, vir honestus et prædives, cum profeclionem in Terram sanctara esset suscepturus, alteri sibi amico famdiæ suæ curam, eique plurimum fidens suarum facultatum adminislrationem, nullo vel admisse arbitro, concredidit. Qui pluribus deinceps annis in peregrinationetransaclis, domum tandem reversus, cum ab amico depoiitura repeteret, negat ille se ab illo quidquam accepisse. Qiiare eo in judicium vocato, aller, cum res îeslium fide, quod nulli lum esseni, probari non posset, solemni ulriusque juramento coram Crucilixi imagine, litem dirimi poslulavit.

Lectio V. — Cumergoambo in Ecclesiam Corisopitensem convenissent, isque, rogatus ab alio, negationem perjurio confirmaret, imago ipsa Crucifixi, de ligno confecta, disjunclis, qui antea clavo uno fixi erant, pedibus, très sanguinis gultas mirabililer effudit. Quo miraculo rei veritate comperta, institutum fuit, ut ad perpeluam meiuoriam celebris de effusione Sanguinis festivitas quotannis feria quarta ante cineres ageretur. Très autem Sanguinis guttæ cum Crucifixi imagine usque in hodiernara diem in prædicta Ecclesia religiosissime asservantur.

Lectio 0. — Sermo sancti Bernardi abbatis.

4. Je dois à l’obligeance de M. le chanoine Abgrall la copie des trois hymnes que contient actuellement le' Propre du bréviaire de Quimper, propre qui a été composé vers 1810, sous l’épiscopat de Mgr Graveran : « mais elles doivent être pins anciennes, leur style indiquerait au moins le xvii® siècle », me fait observer mon docte correspondant; je suis de son avis, mais je ferai observer qu’elles se tiennent dans les généralités et sont muettes sur le miracle local.

In 1 Vtisperis.

1 . Piinge litigua pretiosi Sanguinis diluvium, Quo niortales maculosi, Tersa labe sordiura, Dealbanlur speciosi Oculis cœleslium.

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