‹ Œuvres compláetes avec la nomenclature linnâeenne et la classification de Cuvier, reviser et annotâeesChapitre 143 sur 459 · IV. LE DATTIER OU MOINEAU DE DATTE · texte numérisé non relu

IV. LE DATTIER OU MOINEAU DE DATTE

M. Shaw a parlé de cet oiseau dans ses Voyages, sous le nom de moineau de Capsa, et M. le chevalier Bruce m'en a fait \oir le portrait en miniature, d'après lequel j'ai fait la description suivante.

Le moineau de datte a le bec court, épais à sa base, et accompagné de quelques moustaches près des angles de son ouverture, la pièce supérieure noire, l'inférieure jaunâtre ainsi que les pieds, les ongles noirs, la partie antérieure de la tête et la gorge blanches, le reste de la tête, le cou, le dessus du corps, et même le dessous, d'un gris plus ou moins rougeâtre; mais la teinte est plus forte sur la poitrine8 et les petites couvertures supérieures des ailes ; les pennes des ailes et de la queue sont noires; la queue est un tant soit peu fourchue, assez longue, et dépasse l'extrémité des ailes repliées des deux tiers de sa longueur.

Cet oiseau vole en troupes : il est familier et vient chercher les grains jusqu'aux portes des granges. Il est aussi commun dans la partie de la Barbarie située au sud du royaume de Tunis, que les moineaux le sont en France, mais il chante beaucoup mieux, s'il est vrai , comme l'avance M. Shaw, que son ramage soit préférable à celui des serins et des rossignols6. C'est dommage qu'il soit trop délicat pour être transporté loin de son pays natal : du moins, toutes les tentatives qu'on a faites jusqu'ici pour nous l'amener vivant ont été infructueuses.

le même que le mascalouf d'Abyssinie. On l'y nomme aussi oiseau de la croix , parce qu'il arrive ordinairement le jour de l'Exaltation de la Sainte-Croix dans cette contrée où il annonce la fin des pluies. M. Bruce ajoute qu'on voit aux sources du Nil , dans le même temps de la cessation des pluies, un oiseau qui ressemble en tout au mascalouf, excepté par la queue qu'il a beaucoup plus courte.

a. M. Shaw parle de quelques reflets qu'il a aperçus sur la poitrine. Travels, p. 25S.

b. J'aurais été tenté à cause du joli ramage de cet oiseau de le ranger avec les serins, mais M. le chevalier Bruce qui l'a beaucoup vu, et à qui j'ai fait part de mon idée, a persisté dans

'opinion où il était qu'on devait le rapporter aux moineaux.

* Fringilla capsa (Lath. ).

Cet oiseau est certainement d'une espèce différente de celle du moineau , et par conséquent ne doit pas en porter le nom. Quoique habitants du même climat et des mêmes terres, ils ne se mêlent point ensemble, et la plupart de leurs habitudes naturelles sont toutes différentes. Le moineau ne quitte pas nos maisons, se pose sur nos murailles et sur nos toits, y niche et s'y nourrit. Le friquet ne s'en approche guère, se tient à la campagne, fréquente les bords des chemins, se pose sur les arbustes et les plantes basses, et établit son nid dans des crevasses, dans des trous à peu de distance de terre : on prétend qu'il niche aussi dans les bois'et dans les creux d'arbres, cependant je n'en ai jamais vu dans les bois qu'en passant; ce sont les campagnes ouvertes et les plaines qu'ils habitent de préférence. Le moineau a le vol pesant et toujours assez court ; il ne peut aussi marcher qu'en sautillant assez lentement et de mauvaise grâce, au lieu que le friquet se tourne plus lestement et marche mieux. L'espèce en est beaucoup moins nombreuse que celle du moineau, et il y a toute apparence que leur ponte, qui n'est que de quatre ou cinq œufs, ne se répète pas et se borne à une seule couvée, car les friquets se rassemblent en grande troupe dès la fin de l'été et demeurent ensemble pendant tout l'hiver; il est aisé, dans cette saison, d'en prendre un grand nombre sur les buissons où ils gîtent.

Cet oiseau, lorsqu'il est posé, ne cesse de se remuer, de se tourner, do frétiller, de hausser et baisser sa queue; et c'est de tous ces mouvements, qu'il fait d'assez bonne grâce, que lui est venu le nom de friquet : quoique moins hardi que le moineau il ne fuit pas l'homme, souvent même il accompagne les voyageurs et les suit sans crainte ; il vole en tournant et toujours assez bas, car on ne le voit point se percher sur de grands arbres, et ceux qui lui ont donné le nom de moineau de noyer ont confondu le friquet avec la soulcie, qui se tient en effet sur les arbres élevés, et particulièrement sur les noyers.

Cette espèce est sujette à varier : plusieurs naturalistes ont donné le moineau de montagne, le moineau à collier et le moineau fou des Italiens, comme des espèces différentes de celle du friquet : cependant le moineau fou et le friquet sont absolument le même oiseau, et les deux autres espèces

a. Friquet, Belon, Hist. des oiseaux, p. 363... — Moineau à tète rouge, Albin, t. III, p. 28 , avec une figure , pi. 65... Moineau de montagne, idem, ib., pi. 66. — La figure , pi. 65 , représente le mâle ; et la figure , pi. 66 , nous parait représenter ou la femelle ou une variété et non pas une espèce différente. — Passer silveslris, Frisch, pi. 1, avec une bonne figure coloriée. — Le moineau de campagne ou le friquet, Biisson , t. III , p. 82... Le moineau à collier, idem, ibid., p. 85... Le moineau de montagne, idem, ibid. , p. 79.

* Fringilla montana (Linn.).

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