LE TANGARA NOIR ET LE TANGARA ROUX
le nom de tangarou, est la femelle de ce tangara noir. Comme la femelle est entièrement rousse, et que le mâle serait entièrement noir sans une tache blanche qui couvre le haut de chaque aile , ces oiseaux n'ont pas besoin d'une plus ample description . Ils sont communs à la Guiane dans les endroits découverts; ils mangent comme les autres de petits fruits et quelquefois aussi des insectes; leur cri est aigu et ils n'ont point de chant. Ils vont toujours par paires et jamais en troupes.
ONZIÈME ESPÈCE
Nous avons donné à ce tangara le nom de turquin parce qu'il a toutes les parties inférieures du corps, le dessus de la tête et les côtés du cou d'un bleu turquin ; le front, le dessus du corps, les ailes et la queue, sont noires ; il y a quelques taches de cette couleur noire près des jambes, et une bande assez large au bas de la poitrine.
L'oiseau décrit par M. Brisson, sous le nom de tangara bleu du Brésil11, paraît être le même, ou bien une légère variété de cette espèce qui se trouve à la Guiane, quoique assez rarement. Nous ne connaissons rien de ses habitudes naturelles.
DOUZIÈME ESPÈCE
Nos colons de Cayenne ont donné à cet oiseau le nom de bec-d'argent, que nous avons adopté parce qu'il exprime un caractère spécifique bien
a. « Tangara supernè nigra infernè alba ; capite , collo inferiore et uropygio cœruleo-cineras- « centibus; pectore macula nigrà insignito : basi rostri nigro circumdatà; rectricibus nigris... «Tangara Brasiliensis caerulea. » Brisson, Omithol., t. III, p. 8.
b. Bec-d'argent; par les Mexicains, chiehiltolotl ; — par les Anglais, red breasted black bird. Edwards. — Par les habitants de Cayenne, bec-d'argent. — Chichiltototl tepazcullula. Fernandez, Hist. nov. Hisp., p. 51 , cap. 189. — Red breasted black bird. Merle à gorge rouge. Edw. Glan., p. 120, avec une bonne figure coloriée, pi. 267. — « Tangara obscure purpurea; « remigibus, rectricibus, cruribusque splendidè nigris (Mas). » — « Tangara supernè fusca , « purpureo obscuro mixta, infernè rubescens ; remigibus, rectricibusque fuscis (Fœmina)... « Cardinalis purpureus. » Brisson, Omithol., t. III, p. 49. — « Passer Indicus capite et pectore « vinaceo. » Gerini. Omithol., n« 279. — « Avis Americana cardinalis niger dicta brachyura « capite et infernâ corporis parte vinaceà. » Omithol. Ital., Floren., 1771, p. 69, pi. 334. — Cardinal pourpre-foncé. Salerne, Omithol., p. 271.
* Tanagra brasiliensis (Linn.).
" Tanagra jocapa Linn.). — Sous-genre Tangaras ramphocéles ( Cuv.).
marqué, et qui consiste en ce que les bases de la mandibule inférieure du bec se prolongent jusque sous les yeux en s'arrondissant, et forment de chaque côté une plaque épaisse qui, lorsque l'oiseau est vivant, paraît être de l'argent le plus plus brillant; cet éclat se ternit quand l'oiseau est mort. On a manqué ce caractère dans la représentation qu'on a faite de cet oiseau, planche enluminée n° 128, lîg. 1 , sous la dénomination de tang ara pourpré : apparemment l'on n'a pas cru qu'il fût général dans tous les individus; il l'est néanmoins pour tous les mâles. La femelle, représentée sur la même planche, figure 2, est mieux à cet égard, parce que dans la nature son bec n'a qu'une légère trace presque insensible de ce renflement si apparent dans le mâle, et par conséquent elle n'a pas comme lui ces plaques de couleur argentée. Dans la planche cclxvii des Glanures d'Edwards, on voit une très-bonne représentation de cet oiseau qu'il a donné sous le nom de merle à gorge rouge : il s'est trompé, comme l'on voit, sur le genre de cet oiseau; mais il a très-bien saisi le caractère singulier du renflement du bec : seulement la couleur argentée des plaques est beaucoup plus terne, parce qu'il n'a pas dessiné l'oiseau vivant, et que le brillant de ces parties s'était dissipé.
La longueur totale de cet oiseau est de six pouces et d'emi, celle du bec est de neuf lignes, et il est noir sur sa partie supérieure ; la tête, la gorge et l'estomac sont pourprés, et le reste du corps est noir avec quelques teintes de pourpre. L'iris des yeux est brun : la femelle diffère du mâle non-seulement par la couleur du bec, mais encore par celles du plumage; le dessus de son corps est brun avec quelques teintes d'un pourpre obscur, et le dessous rougeâtre; la queue et les ailes sont brunes.
Un autre caractère distinctif du mâle, et qui n'avait pas encore été saisi, c'est une espèce de demi-collier autour de l'occiput, formé par de longs poils ou soies pourpres, qui débordent les plumes de près de trois lignes : c'est à M. Sonnini de Manoncour que nous devons cette nouvelle observation; nous lui devons aussi la connaissance des habitudes naturelles de cet oiseau et des autres tangaras de la Guiane.
Le bec-d'argent est de tous les tangaras celui qui est le plus répandu dans l'île de Cayenne et à la Guiane : il y a apparence qu'il se trouve dans placiers autres climats chauds de l'Amérique, car Fernandez en parle comme d'un oiseau du Mexique, vers les montagnes de Tepuz-Cullula a. Il se nourrit de petits fruits ; il entame aussi les bananes, les goyaves et autres gros fruits tendres lorsqu'ils sont en maturité , et ne mange point d'insectes. Ces oiseaux fréquentent les lieux découverts, et ne fuient pas le voisinage des habitations; on en voit jusque dans les jardins : cela n'empêche pas qu'ils ne soient assez communs dans les endroits déserts et môme dans les clai-
a. Feinaad. Hist. Nov. Hisp., p. 51, cap. 189.
rières des forêts, car clans les plus épaisses, lorsque les venls ont abattu un certain nombre d'arbres, et que le soleil peut éclairer cet abatis et assainir le terrain, on ne manque guère d'y trouver quelques becs-d'argent, qui ne vont cependant pas en troupes, mais toujours par paires.
Leur nid est un cylindre un peu courbé qu'ils attachent entre les branches horizontalement, l'ouverture en bas, de manière que de quelque côté que vienne la pluie, elle ne peut y entrer; ce nid est long de plus de six pouces, et a quatre pouces et demi de largeur; il est construit de paille et de feuilles de balisier desséchées, et le fond du nid est bien garni intérieurement de morceaux plus larges des mêmes feuilles. C'est sur les arbres peu élevés que l'oiseau attache ce nid ; la femelle y pond deux œufs elliptiques, blancs et chargés au gros bout de petites taches d'un rouge léger, qui se perdent en approchant de l'autre extrémité.
Quelques nomenclateurs ont donné à cet oiseau le nom de cardinal a, mais c'est improprement, parce qu'il a été appliqué, par ces mêmes nomenclateurs, à plusieurs autres espèces. D'autres ont cru qu'il y avait une variété assez apparente dans cette espèce : on voit, dans le Cabinet de M. Mauduif, un oiseau dont tout le plumage est d'un rose pâle varié de gris ; il nous a paru que cette diiférence n'est produite que par la mue, et que ce n'est point une variété dans l'espèce, qui, quoique très-nombreuse en individus, nous paraît très-constante dans tous ses caractères.