‹ Œuvres compláetes avec la nomenclature linnâeenne et la classification de Cuvier, reviser et annotâeesChapitre 400 sur 459 · LE COCHEVIS OU LA GROSSE ALOUETTE HUPPÉE · texte numérisé non relu

LE COCHEVIS OU LA GROSSE ALOUETTE HUPPÉE

Cette alouette a été nommée Cochevis, parce qu'on a regardé l'aigrette de plumes dont sa tête est surmontée, comme une espèce de crête, et con-

a. KcpyS'ofÀô;X'j'cpovexcu(ja; galerita , cristal a , terrena; Aristote, Hist. animal., lib. îx, cap. 25. — Galerilus (et non galericus comme dit Gessner). Vairon. Ling. lat., lib. îv. — Galerila, gallico vocabulo alauda. Pline, lib. xi, cap. 37. — Alauda cristata, seu terrena , cassita, galerita; en grec , Kopu&xXôj , xdpuSoç; cochevis. Belon, Nature des oiseaux, p. 207. Alauda cristata , alauda pileata sylvatici; forte gostwdus, guzardus ; à Damas, canaberi, alcanabir; ailleurs , kambrah, alcubigi , gece'td ; en italien, Ldola capelluta, chipelina, covarella, ciperina; en allemand, lerche, hauben-lerche, wœglerche ( alouette des chemins ) ; en anglais, lark. Gessner, Avesj'p. 79. — Alauda cristata; en italien, capelluta, capellina. Aldrovande, Omithol , p. 841. — Lodola capelluta; en latin, galerita. Olina, Uccelleria , fol. 13. — Alauda cristata major. Jonston , Av., p. 70. — En anglais, the crested lark; en allemand, kommanick. Willughby, Omithol., p: 161, § vu. — The greater crested lark. Ray, Synops., p. 69, sp. 4. — Sibbahle , Atlas Scot., part, h, lib. m, cap. iv, p. 17. — Alauda capelluta, alauda viarum ; en allemand, kobellerche, kolh-lerche , luerle... Schwenckfeld, Au- Siles. , p. 192 , sp. 2. — En polonais , ilzierlatka. Rzaczynslii , Auct. Polon., p. 354 , n° v. — Alauda capitata, cristata , viarum ; en allemand, kobel-koth-xcegehœubel-lerche. Klein, Ordo avium, p. 71 , sp. 3. — Alauda sylveslris galerita , en allemand, heide-lerche , baum-lerche, holz-lerche. Frisch, t. I, class. 2, div. 2, pi. i, n° 15. — Alauda galerita , cristata, cassita ; en anglais, the crested lark, cotswold-lark ; en grec, KopuSo'ç. Chaileton, Aves, p. 88.

— The crested-'.ark, alouette huppée. Albin, t. III, n° 52. — «Alauda cristata rectricibus nigris, « extimis duabus margine exteriori albis, capite cristato. » Linnœus, Syst. nat., édit. XIII , p. 288 , sp. 6. — Muller, Zoologiœ Dan. prodromus , p. 29; en danois, top laerke, vei-laerke.

— Alauda cristû dependente ; en autrichien, kolh-lerche , schopf-lerche. Cramer, Elench. Austr. inf., p. 362. — Cocheviz, c'est-à-dire, visage de coq, selon Ménage, parce que le cochevis ressemble un peu au coq par sa crête; en Berry, alouette crétée; en Sologne, alouette duppée (pour allouette huppée ) ; en Beauce, alouette cornue ou de chemin; galerite, selon Cotgrave ; ailleurs, alouette de Brie, d'arbres, de vignes, grosse alouelte ; dans le Périgord, verdauge ; en Provence et dans l'Orléanais, calandre. Voyez Salerne, Hist. nat. des oiseaux, p. 194. — « Alauda cristata, supernè grisea, paululùm ad rufescentem inclinans, pennis in medio obscu- « rioribus , infernè albo-rufescens ; collo inferiore maculis saturatè fuscis insignito; tœnià supra « oculos albo-rufescente ; rectrice extimà in utroque latere , proxirnè sequenti in latere exte- « riore, fulvis... » Alauda cristata, l'alouette huppée ou le cochevis. Brisson, t. III, p. 357. — On a pu remarquer que le cochevis a plusieurs noms communs avec l'alouette ordinaire , et l'on n'en sera pas surpris si l'on se rappelle ce que j'ai dit , que le mâle de cette dernière espèce sait aussi se faire une huppe en relevant les plumes de sa tète.

* Alauda cristata ( Linn.). — Genre Alouettes (Cuv ).

séquemment comme un Irait de ressemblance avec le coq. Celle crête, ou plutôt cette huppe, est composée de quatre plumes de principale grandeur, suivant Belon, de quatre ou six, suivant Olina, et d'un plus grand nombre, selon d'autres, qui le portent jusqu'à douze a. On ne s'accorde pas plus sur la situation et le jeu de ces plumes que sur leur nombre; elles sont toujours relevées, selon les uns b, et selon d'autres l'oiseau peut les élever ou les abaisser, les étendre ou les resserrer à son gré c, soit que cette différence dépende du climat, comme l'insinue Turner, ou de la saison, ou du sexe, ou de quelque autre circonstance. C'est une preuve de plus, ajoutée à mille autres, qu'il est difficile de se former une idée complète de l'espèce d'après l'examen , même attentif , d'un petit nombre d'individus.

Le cochevis est un oiseau peu farouche, dit Belon, qui se réjouit à la vue de l'homme, et se met à chanter lorsqu'il le voit approcher; il se tient dans les champs et les prairies sur les revers des fossés et sur la crête des sillons; on le voit fort souvent au bord des eaux et &ur les grands chemins, où il cherche sa nourriture dans le crottin de cheval, surtout pendant l'hiver. M. Frisch dit qu'on le rencontre aussi à l'entrée des bois, perché sur un arbre d; mais cela est rare, et il est encore plus rare qu'il s'enfonce clans les grandes forêts; il se pose quelquefois sur les toits, les murs de clôture, etc.

Celte alouette, sans être aussi commune que l'alouette ordinaire, est cependant répandue assez généralement dans l'Europe, si ce n'est dans la partie septentrionale. On en trouve en Italie, suivant Olina; en France, suivant Belon; en Allemagne, selon Willughby; en Pologne, selon Rzaczynski; en Ecosse, selon Sibbald; mais je doute qu'il yen ait en Suède, vu que M. Linneeus n'en a point fait mention dans sa Fauna Suecica.

Le cochevis ne change pas de demeure pendant l'hiver e; mais Belon ne devait point pour cela soupçonner une faute dans le texte d'Aristole, car ce texte ne dit point que le cochevis quitte le pays; il dit seulement qu'il se cache pendant l'hiver', et c'est un fait qu'on en voit moins dans cette saison que pendant l'été.

Le chant des mâles est fort élevé , et cependant si agréable et si doux, qu'un malade le souffrirait dans sa chambre »; pour en pouvoir jouir à toute heure, on les tient en cage; ils l'accompagnent ordinairement du trémoussement de leurs ailes; ils sont les premiers à annoncer chaque année le retour du printemps, et chaque jour le lever de l'aurore, surtout quand le

a. Willughby, Ornithol, p. 151.

b. Turner, apud Gessner. de Avibits, p. 79.

c. Willughby, p. 151. Brisson, Ornithol., t. III, p. 358.

d. Frisch , à l'endroit cité.

«. Selon, à l'endroit cité.

f. <!>■->£■ -yàj... «aîsw'puScî. Hist. animalium, lib. vin , cap. xvi.

g. Voyez le Traité du serin , p. 43.

ciel est serein, et même alors ils gazouillent quelquefois pendant la nuit a, car c'est le beau temps qui est l'âme de leur chant et de leur gaieté; au contraire, un temps pluvieux et sombre leur inspire la tristesse et les rend muets; ils continuent ordinairement de chanter jusqu'à la fin de septembre. Au reste, comme ces oiseaux s'accoutument difficilement à la captivité et qu'ils vivent fort peu de temps en cage h, il est à propos de leur donner tous les ans la volée sur la fin de juin, qui est le temps où ils cessent de chanter, sauf à en reprendre d'autres au printemps suivant, ou bien on peut encore conserver le ramage en perdant l'oiseau : il ne faut pour cela que tenir quelque temps auprès d'eux une jeune alouette ordinaire ou un jeune serin, qui s'approprieront leur chant à force de l'entendre c.

Outre la prérogative de mieux chanter, qui distingue le mâle de la femelle, il s'en distingue encore par un bec plus fort, une tête plus grosse , et parce qu'il a plus de noir sur la poitrine"1. Sa manière de chercher sa femelle et de la féconder est la même que celle du mâle de l'espèce ordinaire, excepté qu'il décrit dans son vol un plus grand cercle, par la raison que l'espèce est moins nombreuse.

La femelle fait son nid comme l'alouette commune , mais le plus souvent dans le voisinage des grands chemins; elle pond quatre ou cinq œufs qu'elle couve assez négligemment, et l'on prétend qu'il ne faut en effet qu'une chaleur fort médiocre, jointe- à celle du soleil, pour les faire éclore % mais les petits ont-ils percé leur coque et commencent-ils à implorer son secours par leurs cris répétés, c'est alors qu'elle se montre véritablement leur mère, et qu'elle se charge de pourvoir à leurs besoins jusqu'à ce qu'ils soient en état de prendre leur voJée.

M. Frisch dit qu'elle fait deux pontes par an, et qu'elle établit son nid , par préférence, sous les genévriers; mais cela doit s'entendre principalement du pays où l'observation a été faite.

La première éducation des petits réussit d'abord fort aisément; mais dans la suite elle devient toujours plus difficile, et il est rare, comme je l'ai dit d'après M. Frisch, qu'on puisse les conserver en cage une année entière, même en leur donnant la nourriture qui leur convient le mieux, c'est-à-dire

a. Frisch , à rendrait cité.

b. Albert prétend avoir observé que lorsque ces oiseaux restent longtemps en cage , ils deviennent borgnes à la fin, et que cela arrive au bout de neuf années (apud Gessner., p. 81 ). Mais Aldrovande remarque que ceux qu'on élève à Boulogne vivent à peine neuf ans, et qu'ils ne deviennent ni aveugles ni borgnes avant de mourir (Ornithol., t. II, p. 834). On voit à travers cette contrariété d'avis , qu'il y a une manière de gouverner le chochevis en cage pour le faire vivre plusieurs années, et peut-être pour lui conserver la vue, manière que M. Frisch ignorait sans doute.

c. Frisch, ibidem.

d. Olina, Uccelleria, p. 13.

e. Comme ces nids sont à terre , il peut se faire que quelque personne ignorante et crédule ait vu un crapaud auprès , et même sur les œufs , et de là la fable que le cochevis et quelques autres espèces d'alouettes laissent aux crapauds le soin de couver leurs œufs.

les œufs tic fourmis, le cœur de bœuf ou de mouton haché menu, le chènevis écrasé, le millet ; il faut avoir grande attention, en leur donnant à manger et en leur introduisant les petites boulettes dans le gosier, de ne pas leur renverser la langue, ce qui pourrait les faire périr.

L'automne est la bonne saison pour tendre des pièges à ces oiseaux; on les prend alors en grand nombre et en bonne chair à l'entrée des bois. M. Frisch remarque qu'ils suivent l'appeau, ce que ne font pas les alouettes communes; voici d'autres différences : le cochevis ne vole point en troupes; son plumage est moins varié et a plus de blanc; il a le bec plus long, la queue et les ailes plus courtes; il s'élève moins en l'air; il est plus le jouet des vents, et reste moins de temps sans se poser : dans tout le reste les deux espèces sont semblables, même dans la durée de leur vie, je veux dire de leur vie sauvage et libre.

Il semblerait, d'après ce que j'ai mpporté des mœurs de l'alouette huppée, qu'elle a le naturel plus '..aependant, plus éloigné de la domesticité que les autres alouettes, puisque, malgré son inclination prétendue pour l'homme, elle ne connaît point d'équivalent à la liberté , et qu'elle ne peut vivre longtemps dans la prison la plus douce et la plus commode; on dirait même qu'elle ne vit solitaire que pour ne point se soumettre aux assujettissements inséparables de la vie sociale; cependant il est certain qu'elle a une singulière aptitude pour apprendre en peu de temps à chanter un air qu'on lui aura montré a, qu'elle peut même en apprendre plusieurs et les répéter sans les brouiller et sans les mêler avec son ramage qu'elle semble oublier parfaitement b.

L'individu observé par Villughby avait la langue large, un peu fourchue, les cœcums très-courts, et le fiel d'un vert obscur et bleuâtre, ce que ce naturaliste attribue à quelque cause accidentelle.

Aldrovande donne la figure d'un cochevis fort âgé, dont le bec était blanc autour de sa base; le dos cendré; le dessous du corps blanchâtre, et la poitrine aussi, mais poinlillée de brun ; les ailes presque toutes blanches et la queue noire c. Il ne faut pas manquer l'occasion de reconnaître les effets de la vieillesse dans les animaux, surtout dans ceux qui nous sont utiles et auxquels nous ne donnons guère le temps de vieillir. D'ailleurs cette espèce a bien d'autres ennemis que l'homme ; les plus petits oiseaux carnassiers lui donnent la chasse, et Albert en a vu dévorer un par un corbeau d; aussi la

a. Il n'y a peut-être que le cochevis qui apprenne au bout d'un mois; il répète l'air qu'on lui a montré, même en dormant et la tète sous l'aile; mais sa voix est très-faible. ALdonologie, p. 92, édition de 1773.

b. Le cochevis peut apprendre plusieurs airs parfaitement, ce que le serin ne fait pas... Outre cela, il ne retient rien de son chant naturel,... ce qu'on ne peut ôter au serin. Traité du serin de Canarie, p. 43, édition de 1707.

c. Aldrovande, Ornithol., t. II, p. 842.

d. Gessner, de Avibus, p. 81.

présence d'un oiseau de proie l'effraie au point de venir se mettre à la merci de l'oiseleur, qui lui semble moins à craindre, ou de rester immobile dans un sillon jusqu'à se laisser prendre à la main.

Longueur totale six pouces trois quarts, bec huit à neuf lignes, doigt postérieur avec l'ongle, le plus long de tous, neuf à dix lignes, vol dix à onze pouces, queue deux pouces un quart, composée de douze pennes, dépasse les ailes d'environ treize lignes.

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