LA ROUSSETTE OU LA FAUVETTE DES BOIS
SIXIÈME ESPÈCE
Si Belon ne distinguait pas aussi expressément qu'il le fait la roussette'ou fauvette des bois de son mouchet f, que nous verrons être la fauvette d'hiver, nous aurions regardé ces deux oiseaux comme le même, et nous n'en eussions fait qu'une espèce; nous ne savons pas encore si elles sont différentes, car les ressemblances paraissent si grandes et les différences si petites, que nous réunirions ces deux oiseaux si Belon, qui les a peut-être
a. Beccafico canapino. Olina, Uccelleria , p. 11.
b. Aldrovande, t. II, p. 754 , remarque que la canevarola ressemble entièrement à la fauvette titling de Turner, qu'il vient de rapporter lui-même, page précédente, à sa curruca.
c. Olina, p. 11.
d. Roussette. Belon, Nat. des Oiseaux, p. 338 , avec une mauvaise figure, p. 339 ; la même, Portrait d'oiseau, p. 84 , b. Belon ne donne pas d'autres noms à cette fauvette que les noms génériques de SuxaXîç et de becafigha. — Lusciniola. Aldrovande , Avi., t. II , p. 765, avec la Ggure empruntée de Belon. — Jonston, Avi., p. 88. — Lusciniola Bellonii. Charleton, Exercit., p. 97, n° 14 ; idem. Onomast., p. 92 , m- 14. — « Lusciniola seu roussette Bellonii , Aldiovandi. » Willughby, Ornithol., p. 171, n° 1. — Ray, Synops. Avi., p. 80, n° 1. — Schoenobœnus. Linnœus, Syst. nat., édit. VI, g. 82, sp. 9. — « Motacilla testaceo-fusca , subtus pallidè tes- « tacea capite maculato. » Idem. édit. X, g. 99, sp. 4. — « Motacilla testacea fusca, subtus a pallidè testacea capite maculato. » Fauna Suec, n° 222. — « Ficedula supernè fusco et rufo « varia, infernè rufescens; pectore dorso concolore; remigibus fuscis, oris exterioribus ruiis; « rectiïcibus penitùs fuscis. » Curruca sylvestris sive lusciniola, la fauvette des bois ou la roussette. Brisson, Ornithol, t. III , p. 393.
e. Nature des Oiseaux , p. 338.
f. Idem, ibidem, p. 375.
* Motacilla schœnobœnus (Linn.). — Même espèce que la Fauvette d'hiver ou traine-buisson. Voyez, plus loin, la synonymie de cet oiseau.
LA ROUSSETTE. 52f
mieux observés que nous, ne les avait pas séparés d'espèce et de nom.
Comme toutes les fauvettes, celle-ci est toujours gaie, alerte, vive, et fait souvent entendre un petit cri; elle a de plus un chant qui, quoique monotone, n'est point désagréable; elle le perfectionne lorsqu'elle est à portée d'entendre des modulations plus variées et plus brillantes". Ses migrations semblent se borner à nos provinces méridionales; elle y paraît l'hiver* et chante dans celte saison : au print mps elle revient dans nos bois, préfère les taillis et y construit son nid de mousse verte et de laine ; elle pond quatre ou cinq œufs d'un bleu céleste.
Ses petits sont aisés à élever et à nourrir, et l'on en prend volontiers la peine pour le plaisir que donne leur familiarité, leur petit ramage et leur gaieté. Ces oiseaux ne laissent pas d'être courageux. « Ceux que j'élevais, « dit M. de Querhoënt, se faisaient redouter de beaucoup d'oiseaux aussi « gros qu'eux; au mois d'avril je donnai la liberté à tous mes petits pri- « sonniers; les roussettes furent les dernières à en profiter. Comme elles « allaient souvent faire de petites promenades, les sauvages de la même « espèce les poursuivaient , mais elles se réfugiaient sur la tablette de ma « fenêtre, où elles tenaient bon; elles hérissaient leurs plumes, chaque « parti fredonnait une petite chanson et becquetait la planche à la manière « des coqs, et le combat s'engageait aussitôt avec vivacité. »
Cette fauvette est la seule que nous n'ayons pu décrire d'après nature; la description qu'on nous donne du plumage nous confirme dans la pensée que cette espèce est au moins très-voisine de celle de la fauvette d'hiver ', si ce n'est pas précisément la même : celle-ci a la tête, le dessus du cou, la poitrine, le dos et le croupion variés de brun et de roux, chaque plume étant dans son milieu de la première couleur, et bordée de la seconde; les plumes scapulaires, les couvertures du dessus des ailes et de la queue, variées de même et des mêmes couleurs; la gorge, la partie inférieure du cou, le ventre et les côtés roussàtres; les pennes des ailes brunes, bordées de roux, celles de la queue tout à fait brunes. Elle est de la grandeur de la fauvette, première espèce. La robe des fauvettes est généralement terne et obscure : celle de la roussette ou fauvette des bois est une des plus variées, et Belon peint avec expression l'agrément de son plumage". Il remarque en
a. « Ceux que j'élevais m'ont paru avoir un chant plus mélodieux que les sauvages, peut-ètie « parce qu'ils entendaient assez souvent jouer du violon; ils chantaient assez fréquemment. » Note de M. le vicomte de Querhoënt.
6. « Elle ne quitte point le pays, et chante l'hiver comme le roitelet. » Idem.
c. « Ceux qui sont coustumiers de tendre aux oiseaux, ou de les prendre à la pipée, n'en « laissent aucun sans lui bailler quelques noms; parquai trouvant cestui-ci aucunement fre- « quent, ayant plusieures madrures de couleur exquise, entre phénicée et orangée sur le bout « des plumes, qui font que l'oiseau en apparoist roussastre, lui ont imposé ce nom. » Nat. des Oiseaux , p. 338.