VII. LA FAUVETTE BLEUATRE DE SAINT-DOMINGUE
Cette jolie petite fauvette, qui n'a de longueur que quatre pouces et demi, a tout le dessus de la tête et du corps en entier cendré bleu ; les pennes de la queue sont bordées de la même couleur sur un fond brun; on voit une tache blanche sur l'aile, dont les pennes sont brunes; la gorge est noire; le reste du dessous du corps blanc.
Nous ne savons rien des moeurs de ces différents oiseaux, et nous en avons du regret : la nature inspire à tous les êtres qu'elle anime un instinct, des facultés, des habitudes relatives aux divers climats, et variées comme eux : ces objets sont partout dignes d'être observés, et presque partout manquent d'observateurs. Il en est peu d'aussi intelligents, d'aussi laborieux que celui a auquel nous devons, dans un détail intéressant, l'histoire d'une autre petite fauvette de Saint-Domingue, nommée cou-jaune dans cette île.
a. M. le chevalier Lefèvre-Deshaies.
* Motacilla ruficauda (Gmel.).
'* Motacilla ruficollis (Gmel.). — Sylvia ruficollis (Lath.). *** Motacilla cœrulescens (Gmel.). — Sylvia cœrulescens (Lath.),
Les habitants de Saint-Domingue ont donné le nom de cou-jaune a à un petit oiseau qui joint une jolie robe à une taille dégagée et à un ramage agréable ; il se tient sur les arbres qui sont en fleurs : c'est de là qu'il fait résonner son chant; sa voix est déliée et faible, mais elle est variée et délicate; chaque phrase est composée de cadences brillantes et soutenues*. Ce que ce petit oiseau a de charmant, c'est qu'il fait entendre son joli ramage, non-seulement pendant le printemps, qui est la saison des amours, mais aussi dans presque tous les mois de l'année. On serait tenté de croire que ses désirs amoureux seraient de toutes les saisons; et l'on ne serait pas étonné qu'il chantât avec tant de constance un pareil don de la nature. Dès que le temps se met au beau, surtout après ces pluies rapides et de courte durée qu'on nomme aux îles grains, et qui y sont fréquentes, le mâle déploie son gosier et en fait briller les sons pendant des heures entières ; la femelle chante aussi, mais sa voix n'est pas aussi modulée, ni les accents aussi cadencés ni d'aussi longue tenue que ceux du mâle.
La nature, qui peignit des plus riches couleurs la plupart des oiseaux du Nouveau-Monde, leur refusa presque à tous l'agrément du chant, et ne leur donna, sur ces terres désertes, que des cris sauvages. Le cou-jaune est du petit nombre de ceux "dont le naturel vif et gai s'exprime par un chant gracieux, et dont en même temps le plumage est paré d'assez belles couleurs ; elles sont bien nuancées et relevées par le beau jaune qui s'étend sur la gorge, le cou et la poitrine; le gris noir domine sur la tête ; cette couleur s'éclaircit en descendant vers le cou, et se change en gris foncé sur les plumes du dos ; une ligne blanche, qui couronne l'œil, se joint à une petite moucheture jaune placée entre l'œil et le bec ; le ventre est blanc, et les flancs sont grivelés de blanc et de gris noir ; les couvertures des ailes sont mouchetées de noir et de blanc par bandes horizontales; on voit aussi de grandes taches blanches sur les pennes, dont le nombre est de seize à chaque aile, avec un petit bord gris blanc à l'extrémité des grandes barbes; la queue est composée de douze pennes, dont les quatre extérieures ont de grandes taches blanches; une peau écailleuse et fine, d'un gris verdâtre,
a. Ils l'appellent aussi chardonnet ou chardonneret , mais par une fausse analogie, le coujaune ayant le Lee aigu de la fauvette ou du rouge-gorge, le port, le naturel et les habitudes de ce dernier oiseau, et rien qui rappelle au chardonneret qu'un ramage, qui encore est bien différent.
b. « Le chant de l'oiseau d'herbe à blé ou oiseau de cannes ressemble , pour l'exiguïté des « sons et pour le genre de modulations, au ramage du cou-jaune. » Note de M. Lefèvre-Deshaies, observateur ingénieux et sensible, à qui nous devons les détails de cet article, et plusieurs autres faits intéressants de l'histoire naturelle des oiseaux de Saint-Domingue.
* Motacilla pensilis (Gmel.). —Genre Becs-Fins, sous-genre Roitelets ou Figuiers (Cuv. )•
couvre les pieds; l'oiseau a quatre pouces neuf lignes de longueur, huit pouces de vol, et pèse un gros et demi.
Sous celle jolie parure on reconnaît dans le cou-jaune la figure et les proportions d'une fauvette ; il en a aussi les habitudes naturelles. Les bords des ruisseaux, les lieux frais et retirés près des sources et des ravines humides, sont ceux qu'il habite de préférence, soit que la température de ces lieux lui convienne davantage, soit que, plus éloignés du bruit, ils soient plus propres à sa vie chantante : on le voit voltiger de branche en branche, d'arbre en arbre, et tout en traversant les airs il fait entendre son ramage : il chasse aux papillons, aux mouches, aux chenilles, et cependant il entame, dans la saison, les fruits du goyavier, du sucrin, etc., apparemment pour chercher dans l'intérieur de ces fruits les vers qui s'y engendrent lorsqu'ils atteignent un certain degré de maturité. Il ne paraît pas qu'il voyage ni qu'il sorte de l'île de Saint-Domingue; son vol, quoique rapide, n'est pas assez élevé, assez soutenu pour passer les mers a, et on peut avec raison le regarder comme indigène dans cette contrée.
Cet oiseau, déjà très-intéressant par la beauté et la sensibilité que sa voix exprime, ne l'est pas moins par son intelligence et la sagacité avec laquelle on lui voit construire et disposer son nid : il ne le place pas sur les arbres, à la bifurcation des branches, comme il est ordinaire aux autres oiseaux; il le suspend à des lianes pendantes de l'entrelacs qu'elles forment d'arbre en arbre, surtout à celles qui tombent des branches avancées sur les rivières ou les ravines profondes; il attache ou, pour mieux dire,, enlace avec la liane le nid , composé de brins d'herbe sèche, de fibrilles de feuilles, de petites racines fort minces, tissues avec le plus grand art; c'est proprement un petit matelas roulé en boule, assez épais et assez bien tissu partout pour n'être point percé par la pluie; et ce matelas roulé est attaché au bout du cordon flottant de la liane, et bercé au gré des vents sans en recevoir d'atteinte.
Mais ce serait peu pour la prévoyance de cet oiseau de s'être mis à l'abri de l'injure des éléments dans des lieux où il a tant d'autres ennemis : aussi semble-t-il employer une industrie réfléchie pour garantir sa famille de leurs attaques ; son nid , au lieu d'être ouvert par le haut ou dans le flanc, a son ouverture placée au plus bas, l'oiseau y entre en montant, et il n'y a précisément que ce qu'il lui faut de passage pour parvenir à l'intérieur où est la nichée, qui est séparée de cette espèce de corridor par une cloison qu'il faut surmonter pour descendre dans le domicile delà famille; il est
a. M. Deshaies compare ici le vol du cou-jaune à celui de l'oiseau qu'on nomme à Saint- Domingue de la Toussaint; apparemment parce que c'est vers ce temps qu'il y arrive. « Il est « à peu près, dit-il, de la corpulence du cou-jaune ; mais celui-ci est fort délicat en comparai- « son , et les muscles de ses ailes n'approchent point pour la force de ceux des ailes de Yoiseau a de la Toussaint. »
rond et tapissé mollement d'une sorte de lichen qui croît sur les arbres,
ou bien de la soie de l'herbe nommée, par les Espagnols, mort à cabayea.
Par cette disposition industrieuse, le rat, l'oiseau de proie ni la couleuvre ne peuvent avoir d'accès dans le nid, et la couvée éclôt en sûreté : aussi le père et la mère réussissent-ils assez communément à élever leurs petits jusqu'à ce qu'ils soient en état de prendre l'essor. Néanmoins c'est à ce moment qu'ils en voient périr plusieurs ; les chats-marrons, les fresayes, les rats, leur déclarent une guerre cruelle et détruisent un grand nombre de ces petits oiseaux, dont l'espèce reste toujours peu nombreuse; et il en est de même de toutes celles qui sont douces et faibles, dans ces régions où les espèces malfaisantes dominent encore par le nombre.
La femelle du cou-jaune ne pond que trois ou quatre œufs; elle répète ses pontes plus d'une fois par an , mais on ne le sait pas au juste ; on voit des petits au mois de juin, et l'on dit qu'il y en a dès le mois de mars; il en paraît aussi à la On d'août, et jusqu'en septembre; ils ne tardent pas à quitter leur mère, mais sans s'éloigner jamais beaucoup du lieu de leur naissance.
Le chant de cet oiseau n'a pas l'étendue ni la variété de celui du rossignol; mais il a quelque chose de sa modulation, il est tendre et mêlé d'un
a. « C'est une plante qu'on trouve dans les savanes à Saint-Domingue, et qui se plaît parti - « culièrement le long des canaux d'arrosage et dans les endroits frais et humides. Le lait que « contient cette plante est un poison très-puissant pour les animaux; c'est sans doute d'où lui « vient son nom de mort à cabaye. » Note de M. le chevalier Deshaies.
b. En grec, «toivixoupoç. Aristote, Hist. animal., lib. ix, cap. xlix. En latin, phœnicurus , dans Pline, lib. x, cap. xxix; et en latin moderne, ruticilla (phœnicurgus en diction grecque,
dit Belon , signifiant qui a la queue phénicée qui est de couleur entre jaune et roux ). En
italien , codirosso, corossolo, revezol; dans le Bolonais, culrosso ; en anglais, redstart , en suédois , roedsljest ; en allemand, rot-schwentzel , rot-stertz , wein-vogel , rot-schwantz , schwantzkehlein , et la femelle, roth-schwentzlein. Ces noms sont pris dans ses couleurs, les suivants de ses habitudes : haussroetele , rouge-queue des maisons; summer roetele , rougequeue d'été. Dans la Silésie, wustling ; dans la Prusse, saulocker; en Pologne, czerwony ogonek. — Ruticilla. Willughby, Ornithol., p. 159, avec une figure empruntée d'Olina, tab. 39. — Belon, Observ., p. 17. — Ray, Sinops. Avi., p. 78, n°a, 5. — Sibbald., Scot. illustr., part, h, lib. ni, p. 18. — Linnœus, Syst. nat., édit. VI, g. 82, sp. 11. — Rubecula, idem, Syst. nat., édit. VI , g. 82 , sp. 14 (la femelle). — « Motacilla gulà nigrà, abdomine rufo, « capite dorsoque cano. » Idem. Fauna Suec, n° 224. — « Motacilla cinerea; remigibus nigri- « cantibus; rectricibus rufis ; intermediis pari nigro extrorsum rufescente. » Idem, ibidem, « a» 227 (la femelle). — « Motacilla gulà nigrà, abdomine rufo; capite dorsoque cano. » Phœnicurus. Idem, Syst. nat., édit. X , g. 99, sp. 21. — « Motacilla remigibus nigricantibus, « rectricibus rufis; intermediis pari nigro extrorsum rufescente. » Titys. Idem, ibidem, sp. 23.
* Motacilla phœnicurus (Linn.). — La gorge-noire ou rossignol de muraille. — Genre Becs-Fins, sous-genre Rubiettes (Cuv ).
accent de tristesse : du moins, c'est ainsi qu'il nous affecte, car il n'est sans doute, pour le chantre lui-môme, qu'une expression de joie et de plaisir, puisqu'il est l'expression de l'amour, et que ce sentiment intime est également délicieux pour tous les êtres. Celte ressemblance, ou plutôt ce rapport du chant est le seul qu'il y ait entre le rossignol et cet oiseau ; car ce n'est point un rossignol, quoiqu'il en porte le nom : il n'en a ni les mœurs, ni la taille, ni le plumage" : cependant nous sommes forcés par l'usage de lui laisser la dénomination de rossignol de muraille, qui a été généralement adoptée par les oiseleurs et les naturalistes.
Cet oiseau arrive avec les autres, au printemps, et se pose sur les tours et les combles des édifices inhabités : c'est de là qu'il fait entendre son ramage; il sait trouver la solitude jusqu'au milieu des villes dans lesquelles il s'établit sur le pignon d'un grand mur, sur un clocher, sur une cheminée, cherchant partout les lieux les plus élevés et les plus inaccessibles : on le trouve aussi dans l'épaisseur des forêts les plus sombres; il vole légèrement, et lorsqu'il s'est perché il fait entendre un petit cri *, secouant incessamment la queue par un trémoussement assez singulier, non de bas en haut, mais horizontalement et de droite à gauche. Il aime les pays de montagne et ne parait guère dans les plaines0; il est beaucoup moins gros que le rossignol, et même un peu inoins que le rouge-gorge; sa taille est plus menue, plus allongée; un plastron noir lui couvre la gorge, le devant et les côtés du cou : ce même noir environne les yeux, et remonte jusque sous
(lafemeUe). — Sylvia ruticilla. Klein, Avi., p. 78,n°2. — Syhïa Ihorace argentata. Klein , Avi., p. 78 , n' 10 ( la femelle ). — Rubecula guld nigrd. Frisch, pi. 19. — « Phœni- « curas medià pennà caudœ subnigrà. » Idem, pi. 20 (la femelle). — Ruticilla seu phœnicurus. Gessner, Avium, p. 729, avec une figure excessivement mauvaise. — Charleton, Exercit , p. 97, n° 10. — Idem, Onomast., p. 91, n° 10. — Phœnicurus sive rvticilla. Aldrovande, Avi., t. II, p. 746, avec de très-mauvaises figures du mâle, de la femelle et de deux variétés. — Phœnicurus Aristoteli, ruticilla Gazœ. Gessner, Icon. avi., p. 48, avec une très-mauvaise figure. — Phœnicurus seu ruticilla. Jonston, Avi., y. 88, avec la figure prise d'Aldrovande, pi. 45, sous le titre de rubecula zirrhola phœnicurus, et une autre figure empruntée d'Olina, pi. 43. — Rubicilla. Schwenckfeld , Aviar. Siles., p. 34G. — «Rubicilla « Sehwenckfeldii, Ruticilla Gazœ; Rubecula domestica aestiva; Luscinia murorum. » Rzaczynski, Auctuar., p. 418. — « Ficedula seu rubecula phœnicurus. » Barrère, Ornithol., class. m, g. 18, sp. 6. — « Codirosso ordinaiïo. » Olina, p. 47, avec une figure de la femelle. — « Rossignol de muraille. Belon, Hist. nat. des oiseaux, p. 347, avec une mauvaise figure qui parait être celle de la femelle. — Idem, Portrait d'oiseaux, p. 87, b, où est la même figure. — Rossignol de muraille ou rouge-queue , Albin, 1. 1 , p. 44 , avec une figure mal coloriée et de fausses teintes, pi. 50. — « Ficedula supernè cinerea, infernè rufa; syneipite candido, genis, gutture « et collo inferiore nigris; uropygio rufo; imo ventre albo; rectricibus binis intermediis griseo- « fuscis, lateralibus rufis ( Mas). Ficedula supernè grisea, infernè dilutè rufa; uropygio rufo; « rectricibus binis intermediis griseo-fuscis, lateralibus rufis ( Fœmina). » Ruticilla , le Rossignol de muraille. Brisson, Ornithol., t. III, p. 403.
a. <i On le voit de corpulence beaucoup moindre que le rossignol des bois, étant de mœurs et « de voix différentes. » Belon , Nat. des oiseaux.
b. Belon.
c. Olina.
le bec; un bandeau blanc masque son front; le baut, le derrière de la tète, le dessus du cou et le dos sont d'un gris lustré, mais foncé ; dans quelques individus, apparemment plus vieux, tout ce gris est presque noir ; les pennes de l'aile, cendré noirâtre, ont leurs barbes extérieures plus claires et frangées de gris blanchâtre : au-dessous du plastron noir, un beau roux de feu garnit la poitrine au large, se porte, en s'éteignant un peu, sur les flancs, et reparaît dans sa vivacité sur tout le faisceau des plumes de la queue, excepté les deux du milieu , qui sont brunes ; le ventre est blanc, les pieds sont noirs; la langue est fourchue au bout comme celle du rossignol a.
La femelle est assez différente du mâle pour excuser la méprise de quelques naturalistes qui en ont fait une seconde espèce6; elle n'a ni le front blanc, ni la gorge noire; ces deux parties sont d'un gris mêlé de roussâtre, et le reste du plumage est d'une teinte plus faible.
Ces oiseaux nichent dans des trous de murailles, à la ville et à la campegne, ou dans des creux d'arbres et des fentes de rocher; leur ponte est de cinq ou six œufs bleus; les petits éclosent au mois de maic; le mâle, pendant tout le temps de la couvée, fait entendre sa voix de la pointe d'une roche ou du haut de quelque édifice isolé d, voisin du domicile de sa famille; c'est surtout le malin et dès l'aurore qu'il prélude à ses chants ".
On prétend que ces oiseaux craintifs et soupçonneux abandonnent leur nid, s'ils s'aperçoivent qu'on les observe pendant qu'ils y travaillent; et l'on assure qu'ils quittent leurs œufs si on les touche, ce qui est assez croyable; mais ce qui ne l'est point du tout, c'est ce qu'ajoute Albin, que dans ce même cas ils délaissent leurs petits ou les jettent hors du nid f.
Le rossignol de muraille, quoique habitant près de nous ou parmi nous, n'en demeure pas moins sauvage; il vient dans le séjour de l'homme sans paraître le remarquer ni le connaître; il n'a rien de la familiarité du rougegorge, ni de la gaieté de la fauvette, ni de la vivacité du rossignol; son instinct est solitaire, son naturel sauvage s et son caractère triste ; si on le
a. Belon.
b. Linnaeus, Klein.
c. Schwenckfeld , Aviar. Siles., p. 346.
d. « Canta il boscareccio la primavera, fin ail' entrar dell'estate, lasciando dicantare covato « che hà. Il suo solito è cantar alla buon ora, quando su le fratte , quando su qualche fabiica « disabitata. » Olina, Uccell., p. 47.
e. « Mas subinde cantillat, canitque in sublimi ediiicio, ut pinnasculis et summis caminis. « Primo diluculo praecipuè suaviter cantillat. » Aldrovande, Avi., t. II, p. 750.
f. « C'est aussi le plus retenu de tous les oiseaux , car s'il s'aperçoit que vous le regardiez pendant le temps qu'il fait son nid, il quitte son ouvrage, et si on touche un de ses œufs, il ne revient jamais dans son nid; si on touche ses petits, il les affamera ou les jettera hors du nid, et leur cassera le cou; ce qu'on a expérimenté plus d'une fois. » Albin, t. I, p. 44.
g. « Leurs petits ressemblent beaucoup à ceux des rouges-gorges; on ne peut les élever aisément. J'en ai conservé un tout l'hiver: il paraissait d'un naturel timide, et cependant était toujours sautant et avait le coup d'œil vif; il apercevait d'un bout de la chambre à l'autre le plus petit insecte, et s'élançait sur lui dans un instant en faisant un cri. » (Note communiquée par M. le vicomte de Querhoënt. )
prend adulte, il refuse de manger et se laisse mourir, ou s'il survit à la perte de sa liberté, son silence obstiné marque sa tristesse et ses regrets a : cependant, en le prenant au nid et l'élevant en cage, on peut jouir de son chant; il le fait entendre à toute heure et même pendant la nuit b ; il le perfectionne, soit par les leçons qu'on lui donne, soit en imitant celui des oiseaux qu'il est à portée d'écouter c.
On le nourrit de mie de pain et de la même pâtée que le rossignol; il est encore plus délicat d. Dans son état de liberté il vit de mouches, d'araignées, de chrysalides de fourmis et de petites baies ou fruits tendres. En Italie il va becqueter les figues; Olina dit qu'on le voit encore dans ce pays en novembre, tandis que dès le mois d'octobre il a déjà disparu de nos contrées. Il part quand le rouge-gorge commence à venir près des habitations; c'est peut-être ce qui a fait croire à Aristote et Pline que c'était le même oiseau qui paraissait rouge-gorge en hiver et rossignol de muraille en été e. Dans leur départ, non plus qu'à leur retour, les rossignols de muraille ne démentent point leur instinct solitaire; ils ne paraissent jamais en troupes et passent seul à seul f.
On en connaît quelques variétés, dont les unes ne sont vraisemblablement que des variétés d'âge, et les autres de climat. Aldrovande fait mention de trois, mais la première n'est que la femelle; îi dorme pour la seconde la figure très-imparfaite de Gessner, et ce n'est que le rossignol de muraille lui-même défiguré; il n'y a que la troisième qui soit une véritable
a. « Cet oiseau est fort bourru , de mauvaise humeur et rechigné , car si on le prend à un âge avancé, il ne jettera pas l'œil sur sa nourriture pendant quatre ou cinq jours, et lorsqu'on lui apprend à se nourrir lui-même, il reste un mois entier sans gazouiller. » Albin, t. I, p. 44.
b- « L'allevato in casa onta d'ogn'ora, eziandio la notte, e impara à fischiare, et à contrà- « far gl'altri uccelli, purebe gli venga insegnato. » Olina , Uccelleria, p. 47.
c. « Les petits, attrapés tout jeunes, deviennent doux et apprivoisés; ils gazouillent pendant la nuit aussi bien que pendant le jour; ils apprernent même à siffler et à imiter d'autres oiseaux. » Albin, 1. 1, p. 44.
d. « Et de fait, ceux qu'on a nourris en cage ne se sont trouvés de chant guères moins plaisants que les vrais rossignols. Ceux-ci sont plus difficiles à élever que les vrais rossignols. » Belon, ubi supra.
e. « Rubecula et quae ruticillœ (phœnicuri) appellantur, invicem transeunt : estque rubecula « hiberni temporis , ruticilla aestivi , nec alio ferè inter se différant , nisi pectoris colore et « caudae. » Aristote, Hist. animal., lib. îx, cap. xnx. — « Erithacus hieme, idem phaenicurus « œstate. » Pline, lib. x, cap. xxix. — « Que le rossignol de muraille n'est point tout un avec
« la rouge-gorge, leurs pieds nous le font à savoir joint aussi qu'ayant tendu l'esté par les
« forests, en avons prins des uns et des autres. Le rossignol de muraille apparoist au printemps a dedans les villes et villages, et fait ses petits dedans les pertuis, lorsque la gorge-rouge s'en « est allée au bois. » Belon, Nat. des oiseaux, pages 347, 348.
f. « Je me promenais, cette année, au parc, un jour qu'il y en avait vraisemblablement une nombreuse passée, car j'en faisais lever dans les charmilles à tout instant, et presque toujours seul à seul. J'en approchai plusieurs assez près pour les très-bien reconnaître : c'était vers le 15 de septembre. Cet oiseau, très-commun à Nantua pendant le printemps et l'été, quitte apparemment les montagnes au commencement de l'automne, sans se fixer cependant dans nos plaines, où il est très-rare de le voir dans une autre saison.» ( Not communiquée par M. Hébert .)
5iD LE ROSSIGNOL DE MURAILLE.
variété ; l'oiseau porte un long trait blanc sur le devant de la tête; c'est celui que M. Brisson appelle rossignol de muraille cendré a, et que Willughby et Ray indiquent d'après Aldrovande6. Frisch donne une autre variété de la femelle du rossignol de muraille, dans laquelle la poitrine est marquetée de taches rousses °, et c'est de celte variété que Klein fait sa seconde espèce d. Le rouge-queue gris d'Edwards (Ihe grey redstart) , envoyé de Gibraltar à M. Catesby e, et dont M. Brisson fait sa seconde espèce f, pourrait bien n'être qu'une variété de climat. La taille de cet oiseau est la même que celle de notre rossignol de muraille; la plus grande différence consiste en ce qu'il n'y a point de roux sur la poitrine, et que les bords extérieurs des pennes moyennes de l'aile sont blancs1.
Encore une variété, à peu près semblable, est l'oiseau que nous a donné M. d'Orcy, dans lequel la couleur noire de la gorge s'étend sur la poitrine et les côtés, au lieu que dans le rossignol de muraille commun ces mêmes parties sont rousses; nous ne savons pas d'où cet oiseau a été envoyé à M. d'Orcy, il avait une tache blanche dans l'aile, dont les pennes sont noirâtres; tout le cendré du dessus du corps est plus foncé que dans le rossignol de muraille, et le blanc du front est beaucoup moins apparent.
De plus, il existe en Amérique une espèce de rossignol de muraille que décrit Catesby s, et que nous laisserons indécise, sans la joindre expressément à celle d'Europe, moins à cause des différences de caractères que de celle de climat. En effet, Catesby prête au rossignol de muraille de Virginie les mêmes habitudes que nous voyons au nôtre; il fréquente, dit-il, les bois les plus couverts, et on ne le voit qu'en été; la tête, le cou, le dos et les ailes sont noires, excepté une petite tache de roux vif dans l'aile; le roux de la poitrine est séparé en deux par le prolongement du gris de l'estomac ; la pointe de la queue est noire : ces différences sont-elles spécifiques et plus fortes que celles que doit subir un oiseau sous les influences d'un autre hémisphère?
Au reste le charbonnier du Bugcy, suivant la notice que nous en donne M. Hébert h, est le rossignol de muraille. Nous en dirons autant du cul-rousset
a. Ornithol., t. III, p. 406.