C6 LA GRIVE
née : elle a coutume pour chanter de se mettre tout au haut des grands arbres, et elle s'y lient des heures entières; son ramage est composé de plusieurs couplets différents, comme celui de la draine, mais il est encore plus varié et plus agréable, ce qui lui a fait donner en plusieurs pays la dénomination de grive chanteuse : au reste, ce chant n'est pas sans intention, et l'on ne peut en douter, puisqu'il ne faut que savoir le contrefaire, même imparfaitement, pour attirer ces oiseaux.
Chaque couvée va séparément sous la conduite des père et mère; quelquefois plusieurs couvées se rencontrant dans les bois, on pourrait penser, à les voir ainsi rassemblées, qu'elles vont par troupes nombreuses ; mais leurs réunions sont fortuites, momentanées ; bientôt on les voit se diviser en autant de petits pelotons qu'il y avait de familles réunies a, et même se disperser absolument lorsque les petits sont assez forts pour aller seuls6.
Ces oiseaux se trouvent ou plutôt voyagent en Italie, en France, en Lorraine, en Allemagne, en Angleterre, en Ecosse, en Suède, où ils se tiennent dans les bois qui abondent en érables ° ; ils passent de Suède en Pologne quinze jours avant la Saint-Michel et quinze jours après, lorsqu'il fait chaud et que le ciel est serein.
Quoique la grive ait l'œil perçant, et qu'elle sache fort bien se sauver de ses ennemis déclarés et se garantir des dangers manifestes, elle est peu rusée au fond, et n'est point en garde contre les dangers moins apparents : elle se prend facilement, soit à la pipée, soit au lacet, mais moins cependant que le mauvis. Il y a des cantons en Pologne où on en prend une si grande quantité qu'on en exporte de petits bateaux chargés d. C'est un oiseau des bois, et c'est dans les bois qu'on peut lui tendre des pièges avec succès : on le trouve très-rarement dans les plaines; et, lors même que ces grives se jettent aux vignes, elles se retirent habituellement dans les taillis voisins le soir et dans le chaud du jour, en sorte que, pour faire de bonnes chasses, il faut choisir son temps, c'est-à-dire le matin à la sortie, le soir à la rentrée, et encore l'heure de la journée où la chaleur est la plus forte. Quelquefois elles s'enivrent à manger des raisins mûrs, et c'est alors que tous les pièges sont bons.
"Willughby, qui nous apprend que celte espèce niche en Angleterre et qu'elle y passe toute l'année, ajoute que sa chair est d'un goût excellent; mais en général la qualité du gibier dépend beaucoup de sa nourriture : celle de notre grive, en automne, consiste dans les baies, la faîne, les raisins, les figues, la graine de lierre, le genièvre, l'alizé et plusieurs autres
a. Frisch , article relatif à la planche 27. M. le docteur Lottinger dit aussi que quoiqu'elles ne voyagent pas en troupes , on en trouve plusieurs ensemble ou peu éloignées les unes dos autres.
b. On m'assure cependant qu'elles aiment la compagnie des calandres.
c. Linnaeus, Fauna Suecica, p. 72.
d. Rzaczynski, Auctuarium, p. 425.