VI. — LE PETIT MERLE HUPPÉ DE LA CHINE
Je place encore cet oiseau entre les grives et les merles parce qu'il a le port et le fond des couleurs des grives sans en avoir les grivelures, que l'on regarde généralement comme le caractère distinctif de ce genre. Les plumes du sommet de la tète sont plus longues que les autres, et l'oiseau peut, en les relevant, s'en former une huppe. Il a une marque couleur de rose derrière l'œil; il en a une plus considérable de même couleur, mais moins vive sous la queue, et ses pieds sont d'un brun rougeâtre; en sorte que ce sera, si l'on veut, dans l'espèce des grives, le pendant du merle couleur de rose. Sa grosseur est à peu près celle de l'alouette, et les ailes, qui, déployées, lui font une envergure d'environ dix pouces, ne s'étendent guère, dans leur repos, qu'à la moitié de la queue. Cette queue est composée de douze pennes élagées. Le brun plus ou moins foncé est la couleur dominante du dessus du corps, compris les ailes, la huppe et la tête; mais les quatre pennes latérales de chaque côté de la queue sont terminées de blanc ; le dessous du corps est de cette dernière couleur, avec quelques teintes de brun au-dessus de la poitrine : je ne dois point omettre deux traits noirâtres qui, partant des coins du bec, et se prolongeant en arrière sur un fond blanc, font à cet oiseau une espèce de moustache dont l'effet est marqué.
* Turdus jocosus (Linn.). — Lanius jocosus. — Cuvier rapproche cette espèce dos j?s*«crièches.
Un oiseau remarquable par quelque endroit a toujours beaucoup de noms, et lorsque cet oiseau est étranger, cette multitude embarrassante de noms, qui est un abus en soi, donne lieu à un autre abus plus fâcheux encore, celui de la multiplication des espèces purement nominales, et par conséquent imaginaires, dont l'extinction n'importe pas moins à l'histoire naturelle que la découverte de nouvelles espèces véritables : c'est ce qui est arrivé à l'égard des moqueurs d'Amérique. En effet, il est aisé de reconnaître, en comparant le moqueur de M. Brisson ° et le merle cendré de Saint-Domingue1, que ces deux oiseaux appartiennent à la même espèce, et qu'ils ne diffèrent entre eux que par la couleur du dessous du corps, qui est un peu moins grise dans le merle cendré de Saint-Domingue que dans le moqueur : on reconnaîtra pareillement, et par la même voie de comparaison, que le merle de Saint-Domingue de M. Brisson6 est encore le même oiseau, ne différant du moqueur que par quelques teintes plus ou moins foncées dans les couleurs du plumage, et parce que les pennes de sa queue ne sont point ou presque point étagées. On se convaincra de la même manière que le tzonpan de Fernandez" est ou la femelle du cenconllatolli , c'est-à-dire du moqueur, comme le soupçonne Fernandez lui-même, ou tout au plus une variété constante dans cette même espèce. Il est vrai que son plumage est moins uniforme, étant mêlé par-dessus de blanc, de noir et de brun, et par-dessous de blanc, de noir et de cendré; mais le fond en est absolument le même, ainsi que la taille, la forme totale, le ramage et le climat. On en doit dire autant du tetzonpan et du centzonpantli de Fernandez11; car la courte notice qu'en donne cet auteur ne présente que traits de ressemblance pour la grosseur, les couleurs, le chant, et pas un seul trait de disparité ; si l'on joint à cela la conformité des noms, tzonpan, telzonpan, centzonpantli, on sera fondé à croire que tous ces noms ne désignent qu'une seule espèce réelle qui aura produit plusieurs espèces nominales, soit par l'erreur des copistes, soit par la diversité des dialectes mexicains. Enfin, l'on ne pourra s'empêcher d'admettre aussi dans l'espèce du moqueur l'oiseau appelé grand moqueur par M. Brisson % et qu'il dit être le même que le moqueur de M. Sloane, quoique selon les dimensions qu'en
a. Ornithologie, t. II, p. 2C2.
b. Ibid. tome II, page 284.
c. Hisloria Avium novœ Hispaniœ, cap. xxx. — Nieremberg l'appelle tzanpan, Hist. nat., lib. x, cap. lxxvii; et M. Edwards, tzaupan, page 78.
d. Historia Avium navœ Hispaniœ, cap. cxv.
e. Tome II, page 266.
1. Représenté dans les planches enluminées de Buffon, n° 553.
Si LES MOQUEURS.
a données M. Sloanc, il soit le plus petit des moqueurs connus : d'ailleurs, M. Sloane le regarde comme étant de la même espèce que le cencontl atoll i de Fernandez, dont M. Brisson a fait son moqueur simplement dit. Mais il y a plus, et M. Brisson lui-même a reconnu, sans s'en apercevoir, celte identité d'espèce que je prétends établir; car M. Ray ayant parlé du moqueur, pages 64 et 65, et en ayant renvoyé la description à Yappendix, page 159, M. Brisson a rapporté la première citation au grand moqueur, et la dernière au petit, quoique dans l'intention de M. Ray elles se rapportassent évidemment toutes deux au même oiseau. Les seules différences qui distinguent, le prétendu grand moqueur de l'autre, c'est que son plumage est un peu plus rembruni, qu'il semble avoir les pieds plus longs11, et que les descripteurs n'ont pas dit qu'il eût la queue étagée.
Cette réduction ainsi faite, il ne nous restera que deux espèces de moqueurs , savoir, le moqueur français et le moqueur proprement dit. Je vais parler de ces deux espèces dans l'ordre où je les ai nommées, parce que c'est à peu près l'ordre de leur ressemblance avec les grives.