Voyez A'drovandi Ornitholor/ia , t. II, p. 60G et C
J'ai changé la dénomination de merle à collier que plusieurs avaient jugé à propos d'appliquer à cet oiseau, et je lui ai substitué celle de merle à plastron blanc, comme ayant plus de justesse et même comme étant nécessaire pour distinguer cette race de celle du véritable merle à collier dont je parlerai plus bas.
Dans l'espèce dont il s'agit ici, le mâle a en effet au-dessus de la poitrine une sorte de plastron blanc très-remarquable ; je dis le mâle, car le plastron de la femelle est d'un blanc plus terne, plus mêlé de roux ; et comme d'ailleurs le plumage de cette femelle est d'un brun roux, son plastron tranche beaucoup moins sur ce fond presque de même couleur et cesse quelquefois tout à fait d'être apparent a; c'est sans doute ce qui a donné lieu à quelques nomenclateurs de faire de cette femelle une espèce particulière sous le nom de merle de montagne, espèce purement nominale, qui a les mêmes mœurs que le merle à plastron blanc et qui en diffère moins, soit en grosseur, soit en couleur, que les femelles ne diffèrent de leurs mâles dans la plupart des espèces.
Ce merle a beaucoup de rapports avec le merle ordinaire : il a, comme lui, le fond du plumage noir, les coins et l'intérieur du bec jaunes et à peu près la même taille, le même port; mais il s'en distingue par son plastron, par le blanc dont son plumage est emaillé, principalement sur la poitrine, le ventre et les ailes6; par son bec plus court et moins jaune; par la forme des pennes moyennes des ailes, qui sont carrées par le bout avec une petite pointe saillante au milieu, formée par l'extrémité de la côte; enfin il en diffère par son cri % ainsi que par ses habitudes et par ses mœurs. C'est un véritable oiseau de passage, mais qui parcourt chaque année la circonférence d'un cercle dont tous les points ne sont pas encore bien connus. On sait seulement qu'en général il suit les chaînes des montagnes, sans néanmoins tenir de route bien certaine d. On n'en voit guère paraître aux environs de Montbard que dans les premiers jours d'octobre ; ils arrivent alors
a Voyez Willugliby, Ornithologia, p. 144.
t. M. Willugliby a vu à Rome un de ces oiseaux qui avait le plastron gris, et toutes Ïe3 plumes bordées de cette même couleur; il jugea que c'était un jeune oiseau ou une femelle. Ornithologia, p. 143.
c. Ce cri est en automne, crr, crr, crr; mais un homme digne de foi avait assuré à Gessner qu'il avait entendu chanter ce merle au printemps, et d'une manière fort agréable. De Avibus, p. 607.
d. Il ne se montre pas tous les ans en Silésie, selon Schwenckfeld (Aviar. Silesiœ, p. 302 ), et c"est la même chose en certains cantons de la Bourgogne.
* Titrdus torquatus (Linn. ).
par peins pelotons de douze ou quinze, et jamais en grand nombre : il semble que ce soit quelques familles égarées qui ont quitté le gros de la troupe; ils restent rarement plus de deux ou trois semaines, et la moindre gelée suffit alors pour les faire disparaître; cependant je ne dois point dissimuler que M. Klein nous apprend qu'on lui a apporté de ces oiseaux vivants pendant l'hiver0. Ils repassent vers le mois d'avril ou de mai, du moins en Bourgogne, en Brie6, et même dans la Silésie et !«a Frise, selon Gessner.
Il est très-rare que ces merles habitent les plaines dans la partie tempérée de l'Europe : néanmoins M. Salerne assure qu'on a trouvé de leurs nids en Sologne et dans la forêt d'Orléans; que ces nids étaient faits comme ceux du merle ordinaire; qu'ils contenaient cinq œufs de même grosseur, de même couleur, et (ce qui s'éloigne des habitudes du merle) que ces oiseaux nichent contre terre, au pied des buissons, d'où leur vient apparemment le nom de merles terriers ou buissonniers. Ce qui parait sûr, c'est qu'ils sont très-communs en certains temps de l'année sur les hautes montagnes de la Suède, de l'Ecosse, de l'Auvergne, de la Savoie, de la Suisse, de la Grèce, etc. Il y a même apparence qu'ils sont répandus en Asie, en Afrique et jusqu'aux Açores; car c'est à cette espèce voyageuse, sociale, ayant du blanc dans son plumage et se tenant sur les montagnes que s'applique naturellement ce que dit Tavernier des volées de merles qui passent de temps en temps sur les frontières de la Médie et de l'Arménie, et délivrent le pays des sauterelles", comme aussi ce que dit M. Adanson de ces merles noirs tachetés de blanc qu'il a vus sur les sommets des montagnes de l'île Fayal, ire tenant par compagnies sur les arbouziers, dont ils mangeaient le fruit en jasant continuellement d.
Ceux qui voyagent en Europe se nourrissent aussi de baies. M. Willughby a trouvé dans leur estomac des débris d'insectes et des baies semblables à celles du groseillier ; mais ils aiment de préférence celles de lierre et les raisins : c'est dans le temps de la vendange qu'ils sont ordinairement le plus gras et que leur chair devient à la fois savoureuse et succulente.
Quelques chasseurs prétendent que ces merles attirent les grives, et que, lorsqu'on peut en avoir de vivants, on fait de très-bonnes chasses de grives au lacet; on a aussi remarqué qu'ils se laissent plus aisément approcher que nos merles communs, quoiqu'ils soient plus difficiles à prendre dans les pièges.
J'ai trouvé, en les disséquant, la vésicule du fiel oblongue, fort petite et
a. De Avibus erraticis, p. 180.
b. M. Hébert m'assure qu'en Crie, où il a beaucoup chassé en toute saison, il a tué grand nombre de ces merles dans les mois d'avril et de mai, et qu'il ne lui est jamais arrivé d'en rencontrer au mois d'octobre. En Bourgogne, au contraire, ils semblent être moins rares en automne qu'au printemps.
c. Tavernier, t. II de ses Voyages, p. 24. ci. Voyage au Sénégal, p. 18G.
par conséquent fort différente de ce que dit Willughby0; mais l'on sait combien la forme et la situation des parties molles sont sujettes à varier dans l'intérieur des animaux; le ventricule était musculeux, sa membrane interne ridée à l'ordinaire et sans adhérence : dans cette membrane je vis des débris de grains de genièvre et rien autre chose ; le canal intestinal , mesuré entre ses deux orifices extrêmes, avait environ vingt pouces ; le ventricule ou gésier se trouvait placé entre le quart et le cinquième de sa longueur ; enfin j'aperçus quelques vestiges de cœcums, dont l'un paraissait double.