‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 12 sur 342 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Et qui est I»1 sol qui l'a dit ?

GALOP! \

Moi, madame.

I lî W1E.

Diantre soit le petit vilain! Je vous apprendrai bien à faire vos réponses de vous-même.

GALOPIN

Je vais lui dire, madame, que vous voulez être sortie.

URANIE

arrêtez, animal, et la laissez monter, puisque la sottise est faite.

GALOPIN

Elle parle encore à un homme dans la rue.

URANIE

\h ! cousine, que cette visite m'embarrasse à l'heure qu'il est !

ÉLISE

Il est vrai que la dame est un peu embarrassante de son naturel ; j'ai toujours eu pour elle une furieuse aversion; et, n'en déplaise à sa qualité, c'est la plus sotte bête qui se soit jamais mêlée de raisonner.

L'épithète est un peu forte.

ÉLISE

Allez, allez, elle mérite bien cela, et quelque chose de plus, si on lui faisoit justice. Est-ce qu'il y a une personne qui soit plus véritablement qu'elle ce qu'on appelle précieuse, à prendre le mot dans sa plus mauvaise signification '.'

i RANIE.

Elle se défend bien de ce nom, pourtant.

ÉLISE

11 est vrai. Elle se défend du nom, mais non pas de la chose : car enfin elle l'est depuis les pieds jusqu'à la tête, et la plus grande façonnière du monde. Il semble que tout son corps soit démonté, et que les mouvements de ses hanches, de ses épaules et de sa tête n'aillent que par ressorts. Elle affecte toujours un ton de voix languissant et niais, fait la moue pour montrer une petite bouche, et roule les yeux pour les faire paroître grands.

URANIE

Doucement donc. Si elle venoit à entendre...

ÉLISE

Point, point, elle ne monte pas encore. Je me souviens toujours du soir qu'elle eut envie de voir Damon, sur la réputation qu'on lui donne, et les choses que le public a vues de lui. Vous connoissez l'homme et sa naturelle paresse à soutenir la conversation. Elle l'avoit invité à souper comme bel esprit, et jamais il ne parut si sot parmi une demi -douzaine de gens à qui elle avoit fait fête de lui, et qui le regardoient avec de grands yeux, comme une personne qui ne devoit pas être faite comme les autres. Us pensoient tous qu'il étoit là pour défrayer la compagnie de bons mots; que chaque parole qui sortoit de sa bouche devoit être extraordinaire; qu'il devoit faire des impromptus sur tout ce qu'on disoit, et ne demander à boire qu'avec une pointe. Mais il les trompa fort par son silence; et la dame fut aussi mal satisfaite de lui que je le fus d'elle.1

1. On s'accorde à croire que c'est à lui-même que Molière fait ici allusion; l'on sait en effet, par divers témoignages, qu'il étoit habituellement taciturne. Il pourroit cependant avoir songé à Corneille, à La Fontaine, dont la conversation n'étoit pas non plus très-brillante. On ne veut parler, bien

Page 1