‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 155 sur 342 · E U R Y ALE · texte numérisé non relu

E U R Y ALE

Qu'est-ce?

UORON.

Oh ! que la princesse est d'une étrange humeur! lu qu'à suivre la chasse et ses extravagances Il nous faut essuyer de sottes complaisances! Quel diable de plaisir trouvent tous les chasseurs De se voir exposés à mille et mille peurs? Encore si c'étoit qu'on ne fût qu'à la chasse Des lièvres, des lapins, et des jeunes daims, passe : Ce sont des animaux d'un naturel fort doux, Et qui prennent toujours la fuite devant nous. liais aller attaquer de ces bêtes vilaines Qui n'ont aucun respect pour les faces humaines, Et qui courent les gens qui les veulent courir, C'est un sot passe-temps que je ne puis souffrir.

EURYALE

Dis-nous donc ce que c'est.

IffORON, en su tournant.

Le pénible exercice

I. Diffamer pour dévorer, déchirer, a l'air aujourd'hui d'une expression burlesque. Mais il faut remarquer qu'on employoit alors ce mot dans le sens de gâter, défigurer. Furetière nous apprend qu'on disoit fort bien : « 11 lui a donné du taillant de son épée et Lui a tout diffamé le visage. » Dans le Baron de <te, deThéodore-Agrippa d'Aubigné, on lit cette phrase. : « Le carrossier ■ ocher) de madame de Varat me donna du pommeau de son épée dans «l'estomac; si ses compagnons ue l'eussent soutenu, je l'aurois diffamé.» Cest dans le même sens que tes Latins disoient, delurpareos , faciem, caput alicujus.

Moron se servoit donc d'un terme parfaitement admissible en parlant de ces bêtes vilaines

Qui n'ont aucun respect pour les faces humaines.

258 LA PRINCESSE D'ÉMDE.

Où de notre princesse a volé le caprice ! J'en aurois bien juré qu'elle auroit fait le tour; Et la course des chars se faisant en ce jour, Il falloit affecter ce contre -temps de chasse Pour mépriser ces jeux avec meilleure grâce , Et faire voir... Mais chut. Achevons mon récit, Et reprenons le fil de ce que j'avois dit. Qu'ai-je dit?

EURYALE

Tu parlois d'exercice pénible.

MORON

Ah ! oui. Succombant donc à ce travail horrible

(Car en chasseur fameux j'étois enharnaché,

Et dès le point du jour je m'étois découché),

Je me suis écarté de tous en galant homme ,

Et, trouvant un lieu propre à dormir d'un bon somme,

J'essayois ma posture, et m'ajustant bientôt,

Prenois déjà mon ton pour ronfler comme il faut,

Lorsqu'un murmure affreux m'a fait lever la vue,

Et j'ai, d'un vieux buisson de la forêt touffue,

Vu sortir un sanglier d'une énorme grandeur

Pour...

EURYALE

Qu'est-ce?

MORON

Ce n'est rien. N'ayez point de frayeur, Mais laissez -moi passer entre vous deux, pour cause, Je serai mieux en main pour vous conter la chose. J'ai donc vu ce sanglier, qui, par nos gens chassé, Avoit d'un air affreux tout son poil hérissé ; Ses deux yeux flamboyants ne lançoient que menace, Et sa gueule faisoit une laide grimace,

A.CTE l, SCENE II. 259

Qui, parmi de L'écume, à qui l'osoit presser, Montrait de certains crocs... je vous laisse à penser. \ ce terrible aspect j'ai ramassé mes armes; Mais le faux1 animal, sans en prendre d'alarmes, Est venu droit à moi, qui ne lui disois mot.

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