‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 173 sur 342 · UN SATYRE, MORON · texte numérisé non relu

UN SATYRE, MORON

LE S AT Y H M chante.

La, la, la.

\h ! Satyre, mon ami, tu sais bien ce que tu m'as promis . il y a longtemps. Apprends-moi à chanter, je te prie.

LE SATYRE

Je le veux. Mais auparavant, écoute une chanson que je viens de faire.

MOI', ON, bas, à part.

11 est si accoutumé à chanter, qu'il ne sauroit parler d'autre façon. (Haut.) Allons, chante, j'écoute.

LE SATYB E «liante

Je portois...

MORON

Une chanson, dis-tu ?

282 LA PH INC ESSE D'ÊLtDE.

LE SATYRE

Je port...

Une chanson à chanter?

t F. s a t Y II e .

Je port...

Chanson amoureuse? Peste!

LE SATYRE

Je portois dans une cage

Deux moineaux que j'avois pris,

Lorsque la jeune Ghloris,

Fit, dans un sombre bocage,

Briller, à mes yeux surpris,

Les fleurs de son beau visage.

Hélas! dis-je aux moineaux, en recevant les coups De ses yeux si savants à faire des conquêtes,

Consolez -vous, pauvres petites bêtes, Celui qui vous a pris est bien plus pris que vous.

Moron ne fut pas satisfait de cette chanson , quoiqu'il la trouvât jolie ; il en demanda une plus passionnée , et priant le satyre de lui dire celle qu'il lui avoit oui chanter quelques jours auparavant, il continua ainsi :

Dans vos chants si doux Chantez à ma belle, Oiseaux, chantez tous Ma peine mortelle.

Mais si la cruelle Se met en courroux Au récit fidèle Des maux que je sens pour elle.

Oiseaux, taisez-vous.

Cette seconde chanson ayant touché Moron fort sensiblement, il pria le satyre de la lui apprendre à chanter, et lui dil :

T ROI SI i: M B I \Ti: RM ËDE. 183

Mi ! qu'elle esl belle! Vpprends-la-moi.

LE S \V\ H l .

La, la, la, la.

La, la, la, la.

Fa, fa, fa, fa.

I;ai toi-même.

MOHON.

LE SATYRE

MOT, o\.

n s'en mit en colère, et peu à peu se mettant en posture d'en venir à des coups de poing, les violons reprirent un air. sur lequel plusieurs satyres dani une plaisante entrée.1

1. La musique a fourni également à Shakspeare, dans le Marchand de Venise, acte \ . scène i, une sorte d'intermède. Il n'y a pas toutefois de comparaison à établir entre les deux poètes; tandis que Molière n'a cherché qu"nn jeu de scène plus ou moins comique et un prétexte à chansons, Shakspeare, l'abandonnant à un élan tout lyrique, a fait entendre un dialogue d'une brillante et ravissante poésie.

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