UN SATYRE, MORON
LE S AT Y H M chante.
La, la, la.
\h ! Satyre, mon ami, tu sais bien ce que tu m'as promis . il y a longtemps. Apprends-moi à chanter, je te prie.
LE SATYRE
Je le veux. Mais auparavant, écoute une chanson que je viens de faire.
MOI', ON, bas, à part.
11 est si accoutumé à chanter, qu'il ne sauroit parler d'autre façon. (Haut.) Allons, chante, j'écoute.
LE SATYB E «liante
Je portois...
MORON
Une chanson, dis-tu ?
282 LA PH INC ESSE D'ÊLtDE.
LE SATYRE
Je port...
Une chanson à chanter?
t F. s a t Y II e .
Je port...
Chanson amoureuse? Peste!
LE SATYRE
Je portois dans une cage
Deux moineaux que j'avois pris,
Lorsque la jeune Ghloris,
Fit, dans un sombre bocage,
Briller, à mes yeux surpris,
Les fleurs de son beau visage.
Hélas! dis-je aux moineaux, en recevant les coups De ses yeux si savants à faire des conquêtes,
Consolez -vous, pauvres petites bêtes, Celui qui vous a pris est bien plus pris que vous.
Moron ne fut pas satisfait de cette chanson , quoiqu'il la trouvât jolie ; il en demanda une plus passionnée , et priant le satyre de lui dire celle qu'il lui avoit oui chanter quelques jours auparavant, il continua ainsi :
Dans vos chants si doux Chantez à ma belle, Oiseaux, chantez tous Ma peine mortelle.
Mais si la cruelle Se met en courroux Au récit fidèle Des maux que je sens pour elle.
Oiseaux, taisez-vous.
Cette seconde chanson ayant touché Moron fort sensiblement, il pria le satyre de la lui apprendre à chanter, et lui dil :
T ROI SI i: M B I \Ti: RM ËDE. 183
Mi ! qu'elle esl belle! Vpprends-la-moi.
LE S \V\ H l .
La, la, la, la.
La, la, la, la.
Fa, fa, fa, fa.
I;ai toi-même.
MOHON.
LE SATYRE
MOT, o\.
n s'en mit en colère, et peu à peu se mettant en posture d'en venir à des coups de poing, les violons reprirent un air. sur lequel plusieurs satyres dani une plaisante entrée.1
1. La musique a fourni également à Shakspeare, dans le Marchand de Venise, acte \ . scène i, une sorte d'intermède. Il n'y a pas toutefois de comparaison à établir entre les deux poètes; tandis que Molière n'a cherché qu"nn jeu de scène plus ou moins comique et un prétexte à chansons, Shakspeare, l'abandonnant à un élan tout lyrique, a fait entendre un dialogue d'une brillante et ravissante poésie.