‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 188 sur 342 · I.A PRINCESSE · texte numérisé non relu

I.A PRINCESSE

Mais encore, pour qui souhaiteriez -vous que je me déclarasse ?

EURVALE.

Je sais bien, à vous dire vrai, pour qui je le souhaiterois; mais, avant que de m'expliquer, je dois savoir votre pensée.

Hé bien! prince, je veux bien vous la découvrir. Je suis sûre que vous allez approuver mon choix; et, pour ne vous point tenir en suspens davantage , le prince de Messène est celui de qui le mérite s'est attiré mes vœux.

EURYALE, à part.

0 ciel ï

LA PRINCESSE, bas, à Moron.

Mon invention a réussi, Moron. Le voilà qui se trouble.1

MORON, à la princesse.

Bon, madame, (au prince.) Courage, seigneur, (a ia princesse.) Il en tient, (au prince.) Ne vous défaites2 pas.

LA PRINCESSE, à Euryale.

Ne trouvez-vous pas que j'ai raison , et que ce prince a tout le mérite qu'on peut avoir?

MORON, bas, au prince.

Remettez-vous et songez à répondre.

D'où vient, prince, que vous ne dites mot, et semblez interdit?

1. Voyez dans la notice préliminaire un extrait de la scène de Dédain pour dédain.

2. Se défaire s'employoit alors pour être embarrassé, interdit; perdre contenance, montrer de V abattement. Le participe passé est encore en usage: l'air défait, le visage défait.

\CTI-: I \ . SCE NE I. 301

Il m ILE.

Je le suis, à la vérité; ei j'admire, madame, comme le ciel a pu former deux âmes aussi semblables en tout que les nôtres,1 deux âmes en qui l'on ait vu une plus grande conformité de sentiments, qui aient fait éclater dans le même temps une résolution à braver les traits de l'Amour, et qui . dans le même moment . aient fait paroître une égale facilite à perdre le nom d'insensibles. Car enfin, madame, puisque votre exemple m'autorise, je ne feindrai point de vous dire que l'amour aujourd'hui s'est rendu maître de mon cœur, et qu'une dvs princesses vos cousines, l'aimable et belle Valante, a renversé d'un coup d'oeil tous les projets de ma fierté. Je suis ravi, madame, que, par cette égalité de défaite, nous n'ayons rien à nous reprocher l'un à l'autre; et je ne doute point que, comme je vous loue infiniment de votre choix, vous n'approuviez aussi le mien. Il faut que ce miracle éclate aux yeux de tout le monde, • 't nous ne devons point différer à nous rendre tous deux contents. Pour moi, madame, je vous sollicite de vos suffrages, pour obtenir celle que je souhaite, et vous trou-* verez bon que j'aille de ce pas en faire la demande au prince votre père.

MORON, bas, à Buryale.

\h! digne, ah! brave cœur!*

t. i C&blos. Je m'étonnois en pensant que le, ciel a\oit t'ait deux sujets si semblables qu'ils parussent composés également l'un et l'autre des mêmes

qualités, poids pour poids, mesure pour mesure » Dédain pour dédain ,

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