LA PRINCESSE, IPHITAS, EURYALE, AGLANTE, CYNTHIE, MORON
0 ciel! que vois-je ici?
IPHITAS, à Euryale.
Oui, l'honneur de votre alliance m'est d'un prix trèsconsidérable, et je souscris aisément de tous mes suffrages à la demande que vous me faites.
LA PRINCESSE, à Iphitas.
Seigneur, je me jette à vos pieds pour vous demander une grâce. Vous m'avez toujours témoigné une tendresse extrême, et je crois vous devoir bien plus par les bontés que vous m'avez fait voir, que par le jour que vous m'avez donné. Mais, si jamais vous avez eu de l'amitié pour moi, je vous en demande aujourd'hui la plus sensible preuve que vous me puissiez accorder; c'est de n'écouter point, seigneur, la demande de ce prince, et de ne pas souffrir que la princesse Aglante soit unie avec lui.1
IPHITAS.
Et par quelle raison, ma fille, voudrois-tu t' opposer à cette union?
Par la raison que je hais ce prince, et que je veux, si je puis, traverser ses desseins.
1. Cette méprise de la princesse est une heureuse et habile invention de Molière, et le dénouement qu'elle prépare est ménagé avec toute la délicatesse et la convenance désirables. Le ton général dans lequel Molière avoit dû se maintenir rendoit impossible le coup d'éclat qui termine la comédie espagnole. L'art du comique françois ressort à merveille dans cette pièce qu'il n'a fait pourtant qu'esquisser.
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[PHITAS.
Tu le liais, ma fille?
Oui, cl de tout mon cœur, je vous l'avoue.
[PHITAS.
Va que t'a-t-il l'ail ?
Il m'a méprisée.
[PHITAS.
Kt comment ?
Il ne ma pas trouvée assez bien faite pour m'adresse!* ses \ oeux.
[PHITAS.
Et quelle offense te fait cela? Tu ne veux accepter personne.
N'importe. 11 me devoit aimer comme les autres, et me laisser au moins la gloire de le refuser. Sa déclaration me fait un affront; et ce m'est une honte sensible, qu'à mes yeux, et au milieu de votre cour, il a recherché une autre que moi.
[PHITAS.
Mais quel intérêt dois-tu prendre à lui ?
l'en prends, seigneur, à me venger de son mépris; et, comme je sais bien qu'il aime Valante avec beaucoup d'ardeur, je veux empêcher, s'il vous plaît, qu'il ne soit heureux avec elle.
I PHITAS.
Cela t»- tient donc bien au cœur?
Oui, seigneur, sans doute; et, s'il obtient ce qu'il demande, vous me verrez expirer à vos yeux.