‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 291 sur 342 · DON .IU · texte numérisé non relu

DON .IU

Je vous assure que cela ne se peut. J'en avois, pour moi, toutes les envies du monde; et je me suis, même encore aujourd'hui, conseillé au ciel pour cela; mais lorsque je l'ai consulté, j'ai entendu une voix qui m'a dit que je ne devois point songer à votre sœur, et qu'avec elle, assurément, je ne ferois point mon salut.

DON CARLOS

Croyez-vous, Don Juan, nous éblouir par ces belles excuses ?

DON JUAN

J'obéis à la voix du ciel.

DON CARLOS

Quoi ! vous voulez que je me paye d'un semblable discours?

DON JUAN

C'est le ciel qui le veut ainsi.

DON CARLOS

Vous aurez fait sortir ma sœur d'un couvent pour la laisser ensuite?

DON JUAN

Le ciel l'ordonne de la sorte.

DON CARLOS

Nous souffrirons cette tache en notre famille?

Don JUAN.

Prenez-vous-en au ciel.

DON CARLOS

Hé quoi! toujours le ciel!

DON JUAN

Le ciel le souhaite comme cela.

DON CARLOS

Il suffit, Don Juan, je vous entends. Ce n'est pas ici que je veux vous prendre, et le lieu ne le souffre pas; mais, avant qu'il soit peu, je saurai vous trouver.

DON JUAN

Vous ferez ce que vous voudrez. Vous savez que je ne manque point de cœur, et que je sais me servir de mon épée quand il le faut. Je m'en vais passer tout à l'heure dans cette petite rue écartée qui mène au grand couvent ; mais je vous déclare, pour moi, que ce n'est point moi qui me veux battre; le ciel m'en défend la pensée; et si vous m'attaquez, nous verrons ce qui en arrivera.

DON CARLOS

Nous verrons, de vrai, nous verrons.1

Page 1