SCÈNE PREMIÈRE
SGÀNARELLE, LISETTE.
LISETTE
Que voulez-vous donc faire, monsieur, de quatre médecins? N'est-ce pas assez d'un pour tuer une personne?
SGANARELLE
Taisez-vous. Quatre conseils valent mieux qu'un.
LISETTE
Est-ce que votre fdle ne peut pas bien mourir sans le secours de ces messieurs-là ?
SCAN A.RELLE.
Est-ce que les médecins font mourir?
LISETTE
Sans doute; et j'ai connu un homme qui prouvoit, par bonnes raisons, qu'il ne faut jamais dire, Une telle personne est morte d'une lièvre et d'une fluxion sur la poitrine, mais, Elle est morte de quatre médecins et de deux apothicaires.1
SG A \ A RELLE.
Chut! N'offensez pas ces messieurs-là.
1. Lisette minuit ici librement l'épit&phe de l'empereur Adrien: Turbo medicorum prrii, la foule des médecins m'a tué. Voyez Dion Casons mm- Adrien , <-t Pline, liv. XXIX , ch. r '.
542 l/AMOU It M É DEC! N.
LISETTE
Ma foi , monsieur, notre chat est réchappé depuis peu d'un saut qu'il fit du haut de la maison dans la rue; et il fut trois jours sans manger, et sans pouvoir remuer ni pied ni patte : mais il est bien heureux de ce qu'il n'y a point de chats médecins, car ses affaires étoient faites, et ils n'auroient pas manqué de le purger et de le saigner.
SGANARELLE
Voulez-vous vous taire? vous dis-je. Mais voyez quelle impertinence! Les voici.
LISETTE
Prenez garde, vous allez être bien édifié. Us vous diront en latin que votre fille est malade.