MONSIEUR B A III S
Pour raisonner...
SGANARELLE
Hé! messieurs, parlez l'un après l'autre, de grâce.
MONSIEUR TOMES
Monsieur, nous avons raisonné sur la maladie de votre fille, el mon avis, à moi, est que cela procède d'une grande chaleur de sang; ainsi je conclus à la saigner le plus toi que VOUS pourrez.
MONSIEUB DESFON \ N DRÈS.
Kt moi . je dis que sa maladie esl une pourriture d'hu-
meur causée par une trop grande réplétion; ainsi je conclus à lui donner de l'émétique.
MONSIEUR TOMES
Je soutiens que l'émétique la tuera.
MONSIEUR DESFONANDRÈS.
Et moi, que la saignée la fera mourir.
MONSIEUR TOMES
C'est bien à vous de faire l'habile homme!
MONSIEUR DESFONANDRÈS.
Oui, c'est à moi; et je vous prêterai le collet en tout genre d'érudition.
MONSIEUR TOMES
Souvenez-vous de l'homme que vous fîtes crever ces jours passés.
MONSIEUR DESFONANDRÈS.
Souvenez-vous de la dame que vous avez envoyée en l'autre monde il y a trois jours.
MONSIEUR TOMES, à Sganarelle.
Je vous ai dit mon avis.
MONSIEUR DESFONANDRÈS, à Sganarelle.
Je vous ai dit ma pensée.
MONSIEUR TOMES
Si vous ne faites saigner tout à l'heure votre fille, c'est une personne morte, fn sort.)
MONSIEUR DESFONANDRÈS.
Si vous la faites saigner, elle ne sera pas en vie dans un quart d'heure.1 (n sort.)
1. Cette scène avoit dû se répéter des milliers de fois dans la pratique, depuis que la saignée et l'antimoine étoient aux prises, et il faut avouer que MM. Desfonandrès et Tomes sont des modèles de convenance et de modération, en comparaison de tout ce que l'on commît des démêlés des novateurs et des orthodoxes.