SCÈNE VIL SGANARELLE, UN OPÉRATEUR
SGANARELLE
Monsieur, je vous prie de me donner une boîte de votre orviétan,1 que je m'en vais vous payer.
L'OPÉRATEUR chante.
L'or de tous les climats qu'entoure l'Océan
Peut-il jamais payer ce secret d'importance?
Mon remède guérit , par sa rare excellence ,
Plus de maux qu'on n'en peut nombrer dans tout un an :
La gale,
La rogne,
La teigne,
La fièvre,
La peste,
La goutte,
Vérole,
Descente ,
Rougeole.
0 grande puissance de l'orviétan !
1. Vers 1647, un charlatan d'Orviète , ville d'Italie, vint à Paris et se mit à vendre sur le Pont-Neuf une espèce de thériaque propre, suivant lui, à guérir toute sorte de maladie, et particulièrement à servir d'antidote. Cet homme fut d'abord appelé l'Orviétan; et bientôt ce nom passa du marchand à la drogue même. On appelle aujourd'hui marchand d'orviétan tout charlatan, tout vendeur de drogues réprouvées par la véritable pharmaceutique. Gui Patin , dans une de ses lettres, raconte comment le charlatan d'Orviète obtint, à prix d'argent, de douze médecins de la faculté de Paris, l'approbation de son remède. Ces médecins, dont il donne les noms, et parmi lesquels figurent Guénaut et Des Fougerais, furent cbassés de la compagnie par décret, et ensuite rétablis à la condition de demander pardon en pleine assemblée. ( Alger. ï