‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 329 sur 342 · ACTE III. SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III. SCÈNE I

grêle, ceux qui sont morts sont morts, e1 j'ai de quoi me passer des vivants; mais, enfin, toutes ces disputes ne valent rien pour la médecine. Puisque le ciel nous l'ait la grâce que, depuis tant de siècles, ou demeure infatué de nous, oe désabusons poinl les hommes avec nos cabales extravagantes, el profitons de leurs sottises le plus doucemont que dous pourrons. Nous ne sommes pas les seuls, comme vous savez, qui tâchons à nous prévaloir de la foiblesse humaine. C'est là que va l'étude de la plupart du monde, et chacun s'eflbree do prendre les hommes par lour foible, pour en tirer quelque profit.1 Les flatteurs, par exemple, cherchent à profiter de l'amour que les hommes ont pour les louanges, en leur donnant tout le vain encens qu'ils souhaitent; et c'est un art où l'on fait, comme on voit, des fortunes considérables. Les alchimi>tes tâchent à profiter de la passion que l'on a pour les richesses, en promettant des montagnes d'or à ceux qui les écoutent; et les diseurs d'horoscopes, par leurs prédictions trompeuses, profitent de la vanité et de l'ambition des crédules esprits. Mais le plus grand foible des hommes, c'est l'amour qu'ils ont pour la vie; et nous en profitons, nous autres, par notre pompeux galimatias, et savons prendre nos avantages de cette vénération que la peur de mourir leur donne pour notre métier.2 Conservonsnous donc dans le degré d'estime où leur foiblesse nous a

1. Montaigne dit aussi: uCe n*est pas à eux aux médecins) que j'en vcuix, c'est à leur art , et ne leur donne pas grand blâme de faire leur profit de notre foiblesse; car la plupart du monde fait ainsi. Plusieurs vacations, et moindres et plus dignes que la leur, n'ont fondement et appui qu'aux abus publii

-. Montaigne attribue aux mêmes motifs l'empire que la médecine exerce BUT le- esprits: a C'esl la crainte de la douleur, l'impatience du mal, une furieuse et indiscrète soif de la guérison, qui nous aveugle ainsi.

556 l/AMOUR MÉDECIN.

mis, et soyons de concert auprès des malades, pour nous attribuer les heureux succès de la maladie, et rejeter sur la nature toutes les bévues de notre art.' N'allons point, dis-je, détruire sottement les heureuses préventions d'une erreur qui donne du pain à tant de personnes, [et, de l'argent de ceux que nous mettons en terre, nous fait élever de tous côtés de beaux héritages.]

MONSIEUR TOMES

Vous avez raison en tout ce que vous dites, mais ce sont chaleurs de sang dont parfois on n'est pas le maître.

MONSIEUR FILERIN.

Allons donc , messieurs , mettez bas toute rancune , et faisons ici votre accommodement.

MONSIEUR DESFONANDRÈS.

J'y consens. Qu'il me passe mon émétique pour la malade dont il s'agit, et je lui passerai tout ce qu'il voudra pour le premier malade dont il sera question.

MONSIEUR FILERIN.

On ne peut pas mieux dire, et voilà se mettre à la raison.

MONSIEUR DESFONANDRÈS.

Cela est fait.

1. On retrouve encore ici les idées de Montaigne. « Ce que la fortune, a-t-il dit , ce que la nature , ou quelque autre cause estrangière ( desquelles le nombre est infini), produict en nous de bon et de salutaire, c'est le privilège de la médecine de se l'attribuer. Touts les heureux succez qui arrivent au patient qui est sous son régime, c'est d'elle qu'il les tient. Et, quant aux mauvais accidents, ou les médecins les désavouent tout à faict , en attribuant la coulpc au patient... ou, s'il leur plaist, ils se servent encores de -cet empi renient, et en font leurs affaires par cet aultre moyen qui ne lei r peut jamais faillir, c'est de nous payer, lorsque la maladie se treuve reschauffée par leurs applications, de l'asseurance qu'ils nous donnent qu'elle seroit bien aultrement empirée sans leurs remèdes. »

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Touchez <l<mc là. Vdirii. I ne autre lois, montrez plus de prudence.

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