‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 37 sur 342 · SCENE Y II. i · texte numérisé non relu

SCENE Y II. i

bien savoir si la grande règle de toutes tes règles n'est

pas de plaire, et si une pièce de théâtre qui a attrapé son

but n'a pas suivi nu hon chemin. Veut-on que tout un

pubite S'abuse sur ces sortes (le choses, et (pie chacun ne soit pas juge du plaisir qu'il 5 prend?

I BANl E.

J'ai remarqué une chose de ces messieurs-là : c'est que ceux qui parlent le pins des règles et qui les savent mieux que les autres, font des comédies (pie personne ne trouve belles.1

DOlï \\ï K.

Et c'est ce qui marque, madame, comme on doit s'arrêter peu à leurs disputes embarrassées.* Car enfin, si les pièces qui sont selon les règles ne plaisent pas, et que celles qui plaisent ne soient pas selon les règles, il faudrait, de nécessité, que les règles eussent été mal faites. Moquons-nous donc de cette chicane, où ils veulent assujettir le goût du public, et ne consultons dans une comédie que l'effet qu'elle fait sur uous. Laissons -nous aller de bonne foi aux choses qui nous prennent par les entrailles, et ne cherchons point de raisonnements** pour nous empêcher d'avoir du plaisir.

Pour moi, quand je vois une comédie, je regarde senlemenl si les choses me touchent; et, lorsque je m'y suis

\ \i.. .1 leurt disputes embarrassantes. (1673, 1082.) Var. De raisonnement (1673, 1682.)

1. Ceci rappelle le mot du grand Condé au sujet de l'abbé d'Aubignac, auteur de la Pratique fin théâtre el d'une tragédie de Zénobie: «Je bais gré à l'abbé d'Aubignac d'avoir m bien suivi l»"> règles d'Aristote, mais j.- ii.' pardonne point aux n''urlf>. d'Aristote d'avoir f;iit faire à l'abbé d'Aubignac une m méchante tragédie. »

bien divertie, je ne vais point demander si j'ai eu tort, et si les règles d'Aristote me défendoient de rire.

DORANTE

C'est justement comme un homme qui auroit trouvé une sauce excellente, et qui voudroit examiner si elle est bonne, sur les préceptes du Cuisinier françois.1

URANIE

Il est vrai ; et j'admire les raffinements de certaines gens sur des choses que nous devons sentir par nousmêmes.*

DORANTE

Vous avez raison, madame, de les trouver étranges, tous ces raffinements mystérieux. Car enfin, s'ils ont lieu, nous voilà réduits à ne nous plus croire; nos propres sens seront esclaves en toutes choses; et, jusques au manger et au boire, nous n'oserons plus trouver rien de bon, sans le congé de messieurs les experts.2

LYSIDAS.

Enfin, monsieur, toute votre raison, c'est que V Ecole des Femmes a plu; et vous ne vous souciez point qu'elle ne soit pas dans les règles, pourvu...

Tout beau, monsieur Lysidas, je ne vous accorde pas cela. Je dis bien que le grand art est de plaire, et que cette comédie ayant plu à ceux pour qui elle est faite, je

* Va?.. Que nous devons sentir nous-mêmes. (1673, 1682.)

1. On voit que déjà, du temps de Molière, le Cuisinier françois jouissoit d'une légitime réputation. Il a été imprimé pour la première fois en 1653. L'auteur se nommoit La Varenne.

2. Tous ces raisonnements du courtisan Dorante sont justes, en supposant toutefois une culture suffisante dans ceux qui veulent sentir et goûter par eux-mêmes.

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trouve que c'est assez pour elle, et qu'elle doit peu se soucier du reste. Mais, avec cela, je soutiens qu'elle ne pèche contre aucune des règles dont vous parlez. Je les ai lues, Dieu merci, autant qu'un autre; et je ferois voir aisément que peut-être n'avons-nous point de pièce au théâtre plus régulière que celle-là.

Courage , monsieur Lysidas ! nous sommes perdus si vous reculez.

LYSIDAS.

Quoiî monsieur, la protase, l'épitase, et la péripétie...

DORANTE

Ah! monsieur Lysidas, vous nous assommez avec vos grands mots. Ne paroissez point si savant, de grâce! humanisez votre discours, et parlez pour être entendu. Pensezvous qu'un nom grec donne plus de poids à vos raisons? Et ne trouveriez-vous pas qu'il fût aussi beau de dire, l'exposition du sujet, que la protase; le nœud, que l'épitase; et le dénouement, que la péripétie?

LYSIDAS.

Ce sont termes de l'art dont il est permis de se servir. Mais puisque ces mots blessent vos oreilles, je m'expliquerai d'une autre façon; et je vous prie de répondre positivement à trois ou quatre choses que je vais dire. Peut-on souffrir une pièce qui pèche contre le nom propre des pièces de théâtre? Car enfin le nom de poëme dramatique vient d'un mot grec qui signifie agir, pour montrer que la nature de ce poëme consiste dans l'action: et dans cette comédie-ci il ne se passe point d'actions, et tout consiste en des récits que vient faire ou Agnès ou Horace. LE ma lions.

Voilà qui est spirituellement remarqué, et c'est prendre le fin des choses.

LYSIDAS.

Est-il rien de si peu spirituel, ou pour mieux dire, rien de si bas, que quelques mots où tout le monde rit, et surtout celui des enfants par V oreille?

CLIMÈNE

Fort bien.

ÉLISE

Ah!

LYSIDAS.

La scène du valet et de la servante au dedans de la maison n'est-elle pas d'une longueur ennuyeuse, et tout à fait impertinente ?

LE MARQUIS

Cela est vrai. Assurément.

Il a raison.

CLIMENE.

ELISE

LYSIDAS.

Arnolphe ne donne-t-il pas trop librement son argent à Horace? Et puisque c'est le personnage ridicule de la pièce, falloit-il lui faire faire l'action d'un honnête homme?

LE MARQUIS

Bon; la remarque est encore bonne.

CLIMÈNE

Admirable.

Merveilleuse.

LYSIDAS.

Le sermon et les maximes ne sont-ils pas des choses

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