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\h ! voilà justement ce qu'il faut pour le dénouement que nous cherchions, et l'on ne peut rien trouver de plus naturel. On disputera fort et ferme de part et d'autre, comme nous avons fait, sans que personne se rende; un petit Laquais viendra dire qu'on a servi, on se lèvera, et chacun ira souper.
URANIE
La comédie ne peut pas mieux finir, et nous ferons bien d'en demeurer là.1
1. La Critique de l'Ecole des Femmes pourroit être comparée à ces feuilles sur lesquelles un grand peintre jette avec rapidité, au moment, de l'inspiration, des poses, des attitudes, des airs de tête, qu'il doit transporterai! besoin dans ses compositions. En parcourant des yeux ce léger crayon, fruit delà circonstance et d'un heureux accès d'humeur satirique contre d'injustes censeurs, on est frappé du nombre de figures originales que Molière a placées depuis dans ses plus importants ouvrages, en leur donnant, à la vérité, le développement et le coloris qu'elles ne pouvoient avoir dans une simple esquisse. Quelques traits détachés du rôle de Climène et du portrait d'Araminte ont servi à composer les personnages de la prude Arsinoé et de la pédante Pbilaminte. Élise et l raine semblenl se reproduire dans la raisonnable et spirituelle Henriette. Lysidas, si bassement jaloux de ses confrères, et si BOttemenl satisfait de lui-même, se retrouve tout entier dans Trissotin. Enfin, Dorante, ingénieux défenseur de la cour contre un pédant qui l'outrage siih la connoitre, reparoit à nos yeux sous le nom de Clitandre. Am.m
L'IMPROMPTU
COMÉDIE EN UN ACTE 2't octobre 1663
La Critique de l'École des Femmes exaspéra les ennemis du poëte comique. Les censeurs, si spirituellement raillés, voulurent avoir leur revanche; et aussitôt on vit, du milieu de la foule, s'élancer des écrivains qui se firent les interprètes des colères soulevées de toutes parts. Les comédiens de l'hôtel de Bourgogne se mirent tout naturellement à la tête du mouvement; ils étoient animés d'une violente jalousie contre ce chef d'une troupe de campagne qui les avoit supplantés dans la faveur du monarque et dépossédés du privilège, à la fois si glorieux et si profitable, de divertir la cour. Ils réclamoient en vain ce qui leur sembloit un droit inhérent ù leur titre de troupe royale ; ils protestoient, sollicitoient, briguoient.1 Ces comédiens rivaux ne pouvoient manquer, par conséquent, de prendre l'initiative dans la lutte qui éclatoit.
Noua avons retracé sommairement dans la Vie de Molière les
I, La (frange, une année avant l'époque de la Critique, inscrivoit sur son registre la mention suivante : « Le samedi 24 juin (1662), la troupe est partie, par ordre du roi, pour aller à Saint-Germain-en-Laye. On a joué treize fois devant Leurs Majestés. La troupe est revenue le vendredi 11 août. Le roi a donné à la troupe 14,000 livres, croyant qu'il n'y avoit que quatorze parts; cependant la troupe étoit de quinze parts. La reine -mère fit venir les comédiens de l'hôtel de Bourgogne, qui la sollicitèrent | MM. Floridor, Montfleury) de leur procurer l'avantage de servir le roi, la troupe de Molière leur donnant beaucoup de jalousie. Reçu 14,000 livres, lesquelles ont été payées en trois payements, savoir : 6,000 livres, 17 août 1002; — 4,000 livres, 12 mars 1663; — 4,000 livres, 9 mai suivant. »
divers épisodes de cette guerre comique, pour nous servir d'un mot qui a été employé à cette époque même. De Milliers, le premier, essaya de répondre à la Critique par sa Zélinde (juillet 1663). Cette pièce étoit une compilation minutieuse et détaillée de tous les griefs articulés par les détracteurs de Molière et de l'École des Femmes; mais cette compilation étoit lourde et indigeste ; et les comédiens de l'hôtel de Bourgogne ne crurent pas possible sans doute de représenter l'œuvre de leur camarade. Ils demandèrent une pièce à un jeune auteur, Edme Boursault , qui s'empressa de composer le Portrait du Peintre.
Le Portrait du Peintre fut joué à l'hôtel de Bourgogne dans le mois d'août ou de septembre (on ignore l'époque précise). Les nombreuses rivalités et inimitiés qui s'étoient coalisées contre Molière firent une sorte de succès à cette comédie.
«Chacun est demeuré d'accord, dit un contemporain,1 que celui qui l'avoit faite a un pinceau et des couleurs à représenter parfaitement bien les choses. Zoïle (Molière) a été lui-même témoin, non pas sans quelque chagrin, des applaudissements universels qu'on a donnés à ce spirituel tableau; et je crois qu'à f présent il a bien changé le dessein qu'il pouvoit avoir de riposter, et qu'il s'en tiendra à cette première bernerie.» L'auteur, en ceci, n'étoit pas bon prophète.
« Vite 3 promptement , tôt le déconcerta, dit un autre, et le ouf! lui fut un coup de massue dont il est encore étourdi. » Quand on cherche dans la pièce de Boursault ce passage qui auroit été si cruel à Molière , voici ce qu'on lit :
Eh! parlez, dépéchez, vite, promptement , tôt! On appelle cela réciter comme il faut!
Verra-t-on en lisant, fût-on grand philosophe, Ce que veut dire un ouf! qui fait la catastrophe? Baron, ouf! que dis- tu de cet ouf! placé là? Par ma foi ! cher baron , il faut voir tout cela.
Il est difficile de deviner ce qui pouvoit, dans ces vers, produire sur Molière un effet si accablant. Donnons encore deux ou trois échantillons de cette critique : voici ce qui concerne la scène du notaire ( scène n du IVe acte de l'École des Femmes) :