DU CHOIS Y
« La représentation de cette comédie, madame, aura « besoin d'être appuyée; et les comédiens de l'hôtel...
MADEMOISELLE DUPARC
« Mon Dieu, qu'ils n'appréhendent rien ! Je leur garan- <( tis le succès de leur pièce, corps pour corps.
MADEMOISELLE MOLIERE
« Vous avez raison, madame. Trop de gens sont inté- « ressés à la trouver belle. Je vous laisse à penser si tous « ceux qui se croient satirisés par Molière ne prendront pas « l'occasion de se venger de lui en applaudissant à cette « comédie.
1) R E COU R ï , ironiquement.
« Sans doute; et pour moi, je réponds de douze mar- « quis, de six précieuses, de vingt coquettes, et de trente « cocus, qui ne manqueront pas d'y battre des mains.
M \ DEMOISELLE MOLIERE
« En effet. Pourquoi aller offenser toutes ces personnes- « là, et particulièrement les cocus, qui sont les meilleures « gens du monde?'2
MOLIÈRE
« Par la sambleu! on m'a dit qu'on le va dauber, lui « et toutes ses comédies, de la belle manière; et que les
1. Allusion au vers de l'Ecole des Femmes, acte IV, scène vu :
Ces dragons de vertu , ces honnêtes diablesses.
Voyez tome II , page 484.
2. Pour qu^ Molière ail osé mettre ce trait dans la bouche de sa femme, il falloit évidemment qu'elle ne lui eût jusqu'alors donné aucun ombrage.
« comédiens et les auteurs, depuis le cèdre jusqu'à l'hy- « sope,1 sont diablement animés contre lui.
M ADE MO [SELLE MOL 1 È R E
a Cela lui sied fort bien! Pourquoi fait-il de méchantes « pièces que tout Paris va voir, et où il peint si bien les a gens, que chacun s'y connoît? Que ne fait-il des comé- (( dies comme celles de monsieur Lysidas? Il n'auroit per- (( sonne contre lui, et tous les auteurs en diroient du bien. « Il est vrai que de semblables comédies n'ont pas ce grand « concours de monde; mais, en revanche, elles sont tou- « jours bien écrites, personne n'écrit contre elles, et tous « ceux qui les voient meurent d'envie de les trouver belles.