‹ Œuvres compláetes de MoliáereChapitre 77 sur 342 · BÉJART · texte numérisé non relu

BÉJART

Non, messieurs; je viens pour vous dire qu'on a dit au roi l'embarras où vous vous trouviez, et que, par une bonté toute particulière , il remet votre nouvelle comédie à une autre fois, et se contente, pour aujourd'hui, fie la première que vous pourrez donner.

MOLIÈRE

Ah ! monsieur, vous me redonnez la vie ! Le roi nous fait la plus grande grâce du monde de nous donner du

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temps pour ce qu'il avoil souhaité; et nous allons tous le remercier des extrêmes bontés qu'il nousfail paroître.1

I. Pour montrer que Molière étoil incapable de rien produire de luimême, les ennemis du poète comique prétendoienl que l'Impromptu n'étoit qu'une imitation du rondeau de Voiture : «Ma foi, (•"est fait,» parce que Voiture fail son rondeau toul en disanl qu'il n'en pourra jamais venir à bout, i'i que Molière fait une comédie en disanl qu'il n'aura pas le temps de la faire. Avec des rapprochements de cette sorte, on ne s'étonnera plus que certaines gens ne trouvoienl rien de nouveau dans les œuvres de Molière. Un des interlocuteurs du Panégyrique de VÊcole des Femmes s'exprime ainsi : , Je passe sous silence que ce n'est qu'un mélange des larcins que

l'auteur a faits de tous cotes de manière ((n'en ne peut pas dire que Zoïle

Molière soil une source vive, mais seulemenl un bassin qui reçoit ses eaux d'ailleurs, pour ne point le traiter plus mal en le comprenant, dans la comparaison que quelques-uns ont faite «les compileurs de passage à des ânes seulement capables de porter de grands fardeaux. Je tais encore que son jeu et ses habits ne sont non plus que des imitations de divers comiques, lesquels le laisseroient aussi nu que la corneille d'Horace, s'ils lui redemandoient chacun ce qu'il leur a pris. » Ce dernier trait rappelle les vers de l'auteur du Vrai Cid espagnol à son traducteur franrois, car Corneille a eu à subir les mêmes accusations que Molière :

Ingrat , rends -moi mon Cid jusques au dernier mot ;

Après tu connoîtras, corneille déplumée,

Que l'esprit le plus vain est souvent le plus sot.

Cette accusation de plagiat est la première que l'on jette à tout auteur qui réussit, et celle dont il doit le moins se soucier, s'il a une véritable valeur.

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