‹ Œuvres compláetes (volume 2)Chapitre 40 sur 107 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Des moyens de perfectionner la morale.

Il suffit pour cet effet de lever les obstacles que mettent à ses progrès les deux espèces d'hommes que j'ai citées. L'unique moyen d'y réussir est de les démasquer, de montrer dans les protecteurs de l'ignorance les plus cruels ennemis de l'humanité; d'apprendre aux nations que les hommes sont en général encore plus slupides que médians ; qu'en les guérissant de leurs erreurs, on les guérirait de la plupart de leurs vices , et que s'opposer à cet égard à leur guérison, c'est commettre un crime de lèse-humanité.

Tout homme qui, dans l'histoire, considère le tableau des misères publiques , s'aperçoit bientôt que c'est l'ignorance qui , plus barbare encore que l'intérêt , a versé le plus de calamités sur la terre. Frappé de celte vérité , on est toujours tenté de s'écrier : Heureuse la nation où du moins les citoyens ne se permettraient que des crimes d'intérêt ! Combien l'ignorance les multiplie-t-elle ! Que de sang n'a-t-elle pas fait répandre sur les autels (i)î Cependant l'homme est fait pour être

(i) Un roi du Mexique , dans la consécration d'un temple, fit sacrifier, en quatre jours , six mille quatre cent huit hommes , au rapport de Gemelli Carrer i , tom. VI , pag. 56.

Dans l'Inde, les brachmanes de l'école de Niagam profitèrent de leur faveur auprès des princes , pour faire massacrer les baudhistes dans plusieurs royaumes : ces baudhistes sont athées , et les autres déistes. Balta fut le prince qui fit répandre le plus de sang : pour se purifier de ce crime , il se brûla en grande solennité sur la côte d'Oricha. Il est à remarquer que ce furent les déistes qui firent couler le sang humain. Voyez les Lettres du P. Pons , jésuite.

Les prêtres de Meroé , dans l'Ethiopie, dépêchaient, quand il

vertueux. En effet, si c'est dans le plus grand nombre que réside essentiellement la force , et dans la pratique des actions utiles au plus grand nombre que consiste la justice, il est évident que la justice est, par sa nature , toujours armée du pouvoir nécessaire pour réprimer le vice et nécessiter les hommes à la verlu.

Si le crime audacieux et puissant met si souvent à la chaîne la justice et la verlu , et s'il opprime les nations, ce n'est que par le secours de l'ignorance ; c'est elle qui , cachant à chaque nation ses véritables intérêts, empêche l'action et la réunion de ses forces, et met par ce moyen le coupable à l'abri du glaive de l'équité.

A quel mépris faut -if donc condamner quiconque veut retenir les peuples dans les ténèbres de l'ignorance ! On n'a point jusqu'à présent assez fortement insisté sur celte vérité ; non qu'on doive renverser en un jour tous les autels de l'erreur; je sais avec quel ménagement on doit avancer une opinion nouvelle ; je sais même qu'en les détruisant on doit respecter les préjugés, et qu'avant d'attaquer une erreur généralement reçue , il faut envoyer, comme les colombes de l'arche,

leur plaisait , un courrier au roi , pour lui ordonner de mourir. Voyez Diodore.

Quiconque tue le roi de Sumatra est élu roi. C'est , disent les peuples , par cet assassinat que le ciel déclare ses volontés. Chardin rapporte qu'il a entendu un prédicateur, qui, déclamant sur ie faste des sophis , disait qu'ils étoient athées à -brûler ; qu'il s'étonnait qu'on les laissât vivre ; et que tuer un sophi était une action plus agréable à Dieu que de conserver la vie à dix hommes de bien. Combien de fois a-t-on fait, parmi nous , le même raisonnement?

C'est sans doute à la vue de tant de sang répandu par le fanatisme , que l'abbé de Longuerue , si profond dans l'histoire , disait que , si l'on mettait dans les deux bassins d'une balance le bien et le mal que les religions ont fait, le mal l'emporterait sur le bien. Tom. I, pag. 11.

« Ne prenez point de maison , dit à ce sujet une sentence persane ; » dans un quartier dont le menu peuple soit ignorant ou dévot. »

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