‹ Œuvres compláetes (volume 3)Chapitre 183 sur 226 · Tome IL · texte numérisé non relu

Tome IL

53o de l'homme.

Il en est de même des vérités les plus claires de la morale. La plus évidente, c'est qu'en fait de crimes la punition doit être personnelle, et que je ne dois pas être pendu pour le vol commis par mon voisin. Cependant que de théologiens soutiennent encore que Dieu punit dans les hommes actuels le péché de leur premier père (i)ï

Pour cacher l'absurdité de ce raisonnement , ils ajoutent que la justice d'en-haut n'est pas celle de l'homme. Mais, si la justice du ciel est la vraie (2), et que cette justice ne soit pas celle de la terre, l'homme vit donc dans l'ignorance de la justice. Il ne sait donc jamais si l'action qu'il croit équitable n'est point injuste, si le

grande qu'un pied; je le vois. Tout fait dont je puis ainsi constater i'existence par mes sens est donc évident pour moi. Mais l'est-ii également pour ceux qui ne sont pas à portée de s'en assurer par le même témoignage? Non. D'où je conclus qu'une proposition généralement évidente n'est autre chose qu'un fait dont tous les hommes peuvent également et à chaque instant vérifier l'existence.

Que deux corps et deux corps fassent quatre corps , cette proposition est évidente pour tous les hommes, parce que tous peuvent a chaque instant en constater la vérité : mais qu'il y ait dans les écuries du roi de Siam un éléphant haut de vingt-quatre pieds , ce fait , évident pour tous ceux qui l'auront vu , ne le seraient ni pour moi ni pour ceux qui ne l'auroient pas mesuré. Cette proposition ne peut donc être citée ni comme évidente ni même comme vraisemblable .11 est en effet plus raisonnable de penser que dix témoins de ce fait, ou se sont trompés, ou l'ont exagéré , ou qu'enfin ils ont menti , qu'il n'est raisonnable de croire à l'existence d'un éléphant d'une hauteur double de celle des autres.

(1) Pourquoi, disait un missionnaire à un lettré chinois, n'admeltez-vous qu'un destin aveugle ? C'est , répondit-il , que nous ne pensons pas qu'un être intelligent puisse être injuste, et puisse punir dans un nouveau-né le crime commis il y a six mille ans par Adam son père. Votre piété stupide lait de Dieu un être intelligent et injuste ; la nôtre , plus éclairée , en fait un aveugle destin.

(2) La justice du ciel fut toujours un mystère. L'Église pensait autrefois que , dans les duels ou les batailles , Dieu se rangeait toujours du côté de l'offensé. L'expérience a démenti l'Eglise. On sait que, dans les combats particuliers, le ciel est toujours du côté du plus

vol et l'assassinat ne sont point des vertus (i). Que deviennent alors les principes de la loi naturelle et de la morale ? Comment s'assurer de leur justesse et distinguer l'honnête homme du scélérat 2

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