‹ Œuvres compláetes (volume 3)Chapitre 191 sur 226 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

L'intérêt fait nier journellement cette maxime : Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît.

.Le prêtre catholique , persécuté par le calviniste ou le musulman, dénonce la persécution comme une infrac-

» amis , mais un tyran ne se doit fier à personne pour se conserver en » la tyrannie.

» Il ne faut pas qu'un tyran , pour se maintenir dans la tyrannie , » paraisse à ses sujets être cruel : car, s'il leur paraît tel, il se rend » odieux 5 ce qui les peut faire plus facilement soulever contre lui : » mais il doit se rendre vénérable par l'excellence de quelque émi- » nente vertu 5 car on doit toute sorte de respect à la vertu; et s'il » n'a pas cette qualité excellente , il doit faire semblant qu'il la pos- » sède. Le tyran se doit rendre tel qu'il semble a ses sujets qu'il pos- » sède quelque éminente vertu qui leur manque , et pour laquelle ils » lui portent respect. S'il n'a point de vertus, qu'il fasse en sorte » qu'ils croient qu'il en ait. »

Telles sont, sur ce sujet, les idées de saint Thomas. Je remarquerai , avec Naudé , que voilà des préceptes bien étranges dans la bouche d'un saint. Machiavel, dans son Prince, n'est que le commentateur de saint Thomas.

lion à la loi naturelle : ce même prêtre est -il persécuteur , la persécution lui paraît légitime ; c'est en lui l'effet d'un saint zèle et de son amour pour le prochain. Ainsi , la même action devient injuste ou légitime selon que ce prêtre est ou bourreau ou patient.

Lit -on l'histoire des différentes sectes religieuses et chrétiennes : tant qu'elles sont faibles, elles veulent qu'on n'emploie dans les disputes théologiques d'autres armes que celles du raisonnement (i) et de la persuasion.

Ces sectes deviennent-elles puissantes; de persécutées, comme je l'ai déjà dit, elles deviennent persécutrices. Calvin brûle Servet : le jésuite poursuit le janséniste, et le janséniste voudrait faire brûler le déiste. Dans quel labyrinthe d'erreurs et de contradictions l'intérêt ne nous égare-t-il pas ! il obscurcit en nous jusqu'à l'évidence.

Que nous présente en effet le théâtre de ce monde? rien que les jeux divers et perpétuels de cet intérêt (2).

(1) Les moines disputent encore ; ils ne raisonnent plus. Combat-on leurs opinions , leur fait-on des objections , n'y peuvent-ils répondre ; ils assurent qu'elles sont depuis long-temps résolues j et, dans ce cas, cette réponse est réellement la plus adroite. Les peuples , il est vrai , maintenant plus éclairés , savent que le livre défendu est le livre dont les maximes sont en général les plus conformes à l'intérêt public.

(2) Si l'espoir de la récompense peut seul exciter l'homme à la recherche de la vérité , l'indifférence pour elle suppose une grande disproportion entre les récompenses attachées à sa découverte , et les peines qu'exige sa recherche. Pourquoi les puissans font-ils rarement usage des vérités découvertes par le philosophe ? c'est qu'ils s'intéressent rarement au bien public. Mais , supposé qu'ils protégeassent la vérité , qu'arriverait-il ? qu'elle se propagerait avec une rapidité incroyable. Il n'en est pas ainsi de Terreur : est-elle favorisée du puissant, elle est généralement, mais non universellement adoptée. Il reste toujours à la vérité des partisans secrets. Ce sont , pour ainsi dire , autant de conjurés toujours prêts dans l'occasion à se déclarer pour elle. Un mot du souverain suffit pour

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