‹ Œuvres compláetes (volume 3)Chapitre 193 sur 226 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Toute religion intolérante est essentiellement régicide.

.Presque toute religion est intolérante ; et dans toute religion , l'intolérance fournit un prétexte au meurtre et à la persécution. Le trône même n'offre point d'abri contre la cruauté du sacerdoce. L'intolérance admise, le prêtre peut également poursuivre l'ennemi de Dieu sur le trône (i) et dans la chaumière.

(i) Si l'on en croit le jésuite Santarel , le,pape a droit de punir les rois. Aussi (dans un Traité de l'hérésie , du schisme , de l'apostasie et du pouvoir papal , Traité imprimé à Rome avec permission des supérieurs, en 1626) ce jésuite dit : «Si le pape a sur les princes » une puissance directive , il a aussi sur eux une puissance correc- » tive. Le souverain pontife peut donc punir les princes hérétiques » par des peines temporelles : il peut non-seulement les excommu- » nier , mais encore les dépouiller de leurs royaumes , et absoudre » leurs sujets du serment de fidélité : il peut donner des curateurs » aux princes incapables de gouverner : il le peut sans concile , >' parce que le tribunal du pape et celui de Jésus-Christ est un seul » et même tribunal. Le pape, ajoute-t-il dans un autre endroit de -> cet ouvrage , peut déposer les rois , ou parce qu'ils sont incapables » de gouverner, ou parce qu'ils sont trop faibles défenseurs de v l'Église. Il peut donc , pour les causes susdites et pour la correction » et l'exemple des rois , punir de mort les négligens. »

SECTION IX , CHAPITRE XXV. 54q

L'intolérance est mère du régicide. C'est sur son intolérance que l'Eglise fonda l'édifice de sa grandeur. Tous ses membres concoururent à cette construction; tous crurent qu'ils seraient d'autant plus respectables et d'autant plus beureux (i), que le corps auquel ils appartiendraient serait plus puissant. Les prêtres, en tous les siècles , ne s'occupèrent donc que de l'accroissement du pouvoir (2) ecclésiastique. Partout le clergé fut ambitieux et dut l'être.

Mais l'ambition d'un corps fait-elle nécessairement le mal public ? oui , si ce corps ne peut la satisfaire que par des actions contraires au bien général. Il importait peu qu'en Grèce, les Lycurgue , les Léonidas , les Timoléon , qu'à Rome les Brutus , les Emile , les Régulus, fussent ambitieux. Cette passion ne pouvait se manifester en eux que par des. services rendus à la patrie. Il n'en est pas de même du clergé : il veut une autorité suprême; il ne peut s'en revêtir qu'en en dépouillant les légitimes possesseurs : il doit donc faire une guerre perpétuelle et sourde à la puissance temporelle; avilir, à cet effet, l'autorité des princes et des magistrats, déchaîner l'intolérance, par elle ébranler les trônes, par elle abrutir les citoyens, les rendre à la fois pauvres, paresseux et stupides. Tous les degrés par lesquels le clergé monte au pouvoir suprême sont donc autant de malheurs publics.

En vain nierait-on l'ambition du clergé ; l'étude de l'homme la démontre à qui s'en occupe , et l'étude de l'histoire à ceux qui lisent celle de l'Église. Du moment

(1) Parmi les ecclésiastiques, il est sans doute des hommes honnêtes, heureux et sans ambition ; mais ceux-là ne sont point appelés au gouvernement de ce corps puissant. Le clergé , toujours régi par des intrigans , sera toujours ambitieux.

(2) L'Église, toujours occupée de sa grandeur, réduisit toutes les vertus cnrétiennes à l'abstinence, à l'humilité, à l'aveugle soumission ; elle ne prêcha jamais l'amour de la patrie ni de l'humanité.

55o de l'homme.

qu'elle se fut donné un chef temporel, ce chef se proposa l'humilia lion des rois ; il voulut à son gré disposer de leur vie et de leur couronne. Pour exécuter ce projet, il fallut que les princes eux-mêmes concourussent à leur avilissement; que le prêtre s'insinuât dans leur confiance , se fît leur conseil , s'associât à leur autorité : il y réussit. Ce n'était point tout encore; il fallait insensiblement accréditer l'opinion de la prééminence de l'autorité spirituelle sur la temporelle. A cet effet, les papes accumulèrent les honneurs ecclésiastiques sur quiconque , à l'exemple des Bellarmin , soumettait les souverains aux pontifes, et sur ce point déclarait le doute une hérésie.

Cette opinion une fois étendue et adoptée, l'Église put lancer des anathèmes, prêcher des croisades contre les monarques rebelles à ses .ordres, souffler partout la discorde ; elle put, au nom d'un Dieu de paix, massacrer une partie de l'univers (i). Ce qu'elle put faire, elle le fit. Bientôt son pouvoir égala celui des anciens prêtres celtes qui, sous le nom de druides , commandaient aux Bretons , aux Gaulois , aux Scandinaves , en excommuniaient les princes , et les immolaient à leur caprice et à leur intérêt. Mais, pour disposer de la vie des rois , il faut s'être soumis l'esprit des peuples : par quel art l'Eglise y parvint-elle ?

(i) La bulle in cœndDomini annonce , à cet égard , toutes les prétentions de l'Église ; et l'acceptation de cette bulle , toute la sottise de certains peuples.

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