‹ Œuvres compláetes (volume 3)Chapitre 197 sur 226 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Des prétentions de V Église prouvées par le droit.

Lies gouvernemens d'Allemagne et de France ont soustrait leurs sujets aux bûchers de l'inquisition. Mais de

les jours de son âcreté. Il est peu de fanatiques où la tolérance plénière est établie.

556 de l'homme.

quel droit, dira l'Eglise, ces gouvernemens mirentils des bornes à ma puissance? fut-ce de mon aveu qu'ils en bannirent mes inquisiteurs? nelesai-je pas sans cesse rappelés dans ces empires (i) ? le clergé d'Espagne et de Portugal ne regarde-t-il pas l'inquisition comme salutaire ? les prélats de France et d'Allemagne ont-ils cité ce tribunal comme impie et funeste? se sont-ils séparés de la communion de ces prêtres prétendus cruels parce qu'ils font brûler leurs semblables? est-il enfin un pays catholique où, du moins par leur silence, les évêques n'aient approuvé l'inquisition? L'Église se déclare-t-elle le vengeur de Dieu ? ce droit de le venger est celui de persécuter les hommes. Or, la même infaillibilité qui lui donne ce droit , l'autorise à l'exercer également sur les rois comme sur le dernier de leurs sujets (2).

Mais la majesté des princes, dira -t- on, doit- elle s'humilier devant l'orgueil des prêtres? doit-elle se soumettre aux punitions infligées par le sacerdoce ? Pourquoi non ? répondra l'Eglise. Qu'est-ce que leur prétendue majesté ? un néant devant l'Éternel et ses ministres. Le vain titre de roi anéantirait-il les droits du clergé? Il ne peut les perdre. Que le prince et le sujet commettent le crime de l'hérésie , le même crime exige la même punition. De plus, si la conduite du prince est la loi des peuples; si son exemple peut aulo-

(1) Dans les papiers saisis chez les jésuites, le procureur-général du parlement d'Aix trouva, sous le nom de conseil de conscience , le projet d'une inquisition. Ce que les jésuites n'avaient pu faire en France , sous la fin du règne de Louis XIV, ils espéraient apparemment pouvoir l'exécuter sous un règne encore plus favorable.

[i) L'inquisition n'est pas reçue en France 5 cependant , dira l'Eglise, l'on y emprisonne, à ma sollicitation , le janséniste, le calviniste et le déiste : on y reconnaît donc tacitement le droit que j'ai de persécuter. Or, ce droit que le prince me donne sur ses sujets , je n'attends que l'occasion pour le réclamer sur lui-même et sur les magistrats.

riser l'impiété; c'est surtout le sang des rois que l'intérêt du prêtre et de Dieu demande. L'Église le versait du temps de Henri III et de Henri IV, et l'Église est toujours la même. La doctrine de Bellarmin est la doctrine de Rome et des séminaires. « Les premiers chrétiens, » dit ce docteur, eurent le droit de tuer Néron et tous » les princes leurs persécuteurs. S'ils souffrirent sans se » plaindre, ce fut l'audace et non le droit qui leur man- » qua. » Samuel n'en eut aucun que l'Eglise catholique, cette épouse de Dieu (i), n'ait encore.

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