CHAPITRE XIII
De la religion universelle.
U ne religion universelle ne peut être fondée que sur des principes éternels , invariables , et qui , susceptibles, comme les propositions de la géométrie , des démonstrations les plus rigoureuses , soient puisés dans la nature de l'homme et des choses. Est-il de tels principes , et ces principes connus peuvent-ils également convenir à toutes les nations? Oui, sans doute : et s'ils varient, ce n'est que dans quelques-unes de leurs applications aux contrées différentes oii le hasard place les divers peuples.
Mais, entre les principes ou lois convenables à toutes les sociétés, quelle est la première et la plus sacrée? celle qui promet à chacun la propriété de ses biens, de sa vie et de sa liberté.
Est-on propriétaire incertain de sa terre ; on ne laboure point son champ, on ne cultive point son verger: une nation est bientôt ravagée et détruite par la famine. Est-on propriétaire incertain de sa vie et de sa liberté ; l'homme toujours en crainte est sans courage et sans
rable à l'objet que se propose la morale. Elle inspire donc de meilleures mœurs , et dont l'excellence n'a d'autre mesure que la félicité rncme des peuples.
industrie : uniquement occupé de sa conservation personnelle , et resserré en lui-même , il ne porte point ses vues au dehors, le bien public l'intéresse peu; il n'étudie point la science de l'homme; il n'en observe ni les désirs , ni les passions. Ce n'est cependant que dans celte connaissance préliminaire qu'on peut puiser celle des lois les plus conformes au bien public.
Par quelle fatalité de telles lois, si nécessaires aux sociétés, leur sont-elles encore inconnues? Pourquoi le ciel ne les leur a-t-il pas révélées? Le ciel , répond raije , a voulu que l'homme , par sa raison , coopérât à son bonheur, et que, dans les sociétés nombreuses (i) , le chef-d'œuvre d'une excellente législation fût, comme celui des autres sciences, le produit de l'expérience et du génie.
Dieu a dit à l'homme : Je t'ai créé ; je t'ai donné cinq sens ; je t'ai doué de mémoire , et par conséquent de raison. J'ai voulu que ta raison, d'abord aiguisée par le besoin , éclairée ensuite par l'expérience , pourvût à ta nourriture , t'apprît à féconder la terre , à perfectionner les instrumens du labourage , de l'agriculture , enfin toutes les sciences de première nécessité ; j'ai voulu que, cultivant cette même raison, tu parvinsses à la connaissance de mes volontés morales, c'est-à-dire, de tes devoirs envers la société, des moyens d'y main- Ci) Il est de grandes , il est de petites sociétés. Les lois de ces dernières sont simples , parce que leurs intérêts le sont : elles sont conformes à l'intérêt du plus grand nombre , parce qu'elles se font du consentement de tous : elles sont enfin très-exactement observées , parce que le bonheur de chaque individu est attaché à leur observation : c'est le bon sens qui dicte les lois des petites sociétés , c'est le génie qui dicte celles des grandes.
Mais qui put déterminer les hommes à former des sociétés si nombreuses? le hasard, l'ignorance des inconvéniens attachés à de telles sociétés , enfin , le désir de conquérir . la crainte d'être subjugué , etc.
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tenir l'ordre, enfin à Ja connaissance de la meilleure
législation possible.
Voilà le seul culte auquel je veux que l'homme s'élève , le seul qui puisse devenir universel , le seul digne d'un Dieu, et qui soit marqué de son sceau et de celui de la vérité. Tout autre culte porte l'empreinte de l'homme, delà fourberie et du mensonge. La volonté d'un Dieu juste et bon , c'est que les fils de la terre soient heureux, et qu'ils jouissent de tous les plaisirs compatibles avec le bien public.
Tel est le vrai culte : celui que la philosophie doit révéler aux nations. Nuls autres saints, dans une telle religion , que les bienfaiteurs de l'humanité, que les Lycurgue , les Solon, les Sydney, que les inventeurs de quelque art, de quelque plaisir nouveau , mais conforme à l'intérêt général; nuls autres réprouvés, au contraire , que les malfaiteurs envers la société , et les atrabilaires, ennemis de ses plaisirs.
Les prêtres seront-ils un jour les apôtres d'une telle religion? L'intérêt le leur défend. Les nuages répandus sur les principes de la morale et de la législation (qui ne sont essentiellement que la même science), y ont été amoncelés par leur politique. Ce n'est plus désormais que sur la destruction de la plupart des religions, qu'on peut, dans les empires, jeter les fondemens d'une morale saine. Plût à Dieu que les prêtres , susceptibles d'une ambition noble , eussent cherché dans les principes constitutifs de l'homme les lois invariables sur lesquelles la nature et le ciel veulent qu'on édifie le bonheur des sociétés ! Plût à Dieu que les systèmes religieux pussent devenir le palladium de la félicité publique ! C'est aux prêtres qu'on en confierait la garde; ils jouiraient d'une gloire et d'une grandeur fondée sur la reconnaissance publique : ils pourraient
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se dire chaque jour : c'est par nous que les mortels sont heureux. Une telle grandeur , une gloire aussi durable , leur paraît vile et méprisable. Vous pouviez , 6 ministres des autels! devenir les idoles des hommes éclairés et vertueux ! Vous avez préféré de commander à des superstitieux et à des esclaves; vous vous êtes rendus odieux aux bons citoyens., parce que vous êtes la plaie des nations , l'instrument de leur malheur, et les destructeurs de la vraie morale.
La morale, fondée sur des principes vrais, est la seule vraie religion. Cependant s'il était des hommes dont la crédulité avide (i) ne trouvât à se satisfaire que dans une religion mystérieuse , que les amis du merveilleux sachent du moins quelle est, parmi les religions de cette espèce, celle dont rétablissement serait le moins funeste aux nations.