Tome IL 3y
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jeunesse, sa main sur le manche du violon. Voilà ce qu'on fait , et c'est à peu près ce qu'on peut faire. Les progrès plus ou moins rapides de l'enfant dépendent ensuite de l'habileté du maître , de sa méthode meilleure ou moins bonne d'enseigner , enfin du £mût plus ou moins vif que l'élève prend pour son instrument.
Qu'un danseur de corde destine ses fils à son métier : si, dès leur plus tendre enfance, il exerce la souplesse de leur corps , il leur a donné la meilleure éducation possible.
S'agit-il d'un art plus difficile; veut-on former un peintre : du moment qu'il peut tenir le crayon, on le lui met à la main : on le fait d'abord dessiner d'après les estampes les plus correctes, puis d'après la bosse , enfin d'après les plus beaux modèles. On charge de plus sa mémoire des grandes et sublimes images répandues dans les poëmes des Virgile , des Homère , des Milton , etc. L'on met sous ses yeux les tableaux des Raphaël, des Guide, des Corrège : on lui en fait remarquer les beautés diverses. 11 étudie successivement dans ces tableaux la magie du dessin, de la composition, du coloris, etc. On excite enfin son émulation par le récit des honneurs rendus aux peintres célèbres.
C'est tout ce qu'une excellente éducation peut en faveur d'un jeune peintre; c'est au désir plus ou moins vif de s'illustrer qu'il doit ensuite ses progrès. Or, le hasard influe beaucoup sur la force de ce désir. Une louange donnée au moment que l'élève crayonne un trait hardi, suffit quelquefois pour éveiller en lui l'amour de la gloire, et le douer de celte opiniâtreté d'attention qui produit les grands talens.
Point d'homme qui ne soit sensible au plaisir physique : tous peuvent donc aimer la gloire, du moins
SECTION X, CHAPITRE VI. 5j9
dans les pays où cette gloire est représentative de quelque plaisir réel. Mais la force plus ou moins grande de celte passion est toujours dépendante de certaines circonstances, de certaines positions, enfin de ce même hasard qui préside, comme je l'ai prouvé Section II, à toutes nos découvertes. Le hasard a donc toujours part à la formation des hommes illustres.
Ce que peut une excellente éducation , c'est de multiplier le nombre des gens de génie dans une nation; c'est d'inoculer, si je l'ose dire, le bon sens au reste des citoyens. Voilà ce qu'elle peut, et c'est assez : cette inoculation en vaut bien une autre.
Le résultat de ce que je viens de dire, c'est que la partie de l'instruction spécialement applicable aux états et professions différentes ^ est en général assez bonne : c'est que, pour la porter à la perfection, il ne s'agit, d'une part, que de simplifier les méthodes d'enseigner (et c'est l'affaire des maîtres); et de l'autre, d'augmenter le ressort de l'émulation (et c'est l'affaire du gouvernement).
Quant à la partie morale de l'éducation, c'est sans contredit la partie la plus importante et la plus négligée. Point d'écoles publiques où l'on enseigne la science de la morale. Qu'apprend-on au collège depuis la troisième jusqu'en rhétorique ? à faire des vers latins. Quel temps y consacre-t-on à l'étude de ce qu'on appelle l'éthique ou la morale? à peine un mois. Faut-il s'étonner ensuite si l'on rencontre si peu d'hommes vertueux , si peu d'hommes instruits de leurs devoirs envers la société (i)?
Au reste , je suppose que, dans une maison d'instruction publique , on se propose de donner aux élèves un
(i) Pourquoi, en donnant une nouvelle forme au gouvernement civil de M. Locke, ne pas expliquer aux jeunes gens ce livre où sont contenus une partie des bons principes de la morale ?
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cours de morale, que faut-il à cet effet? que les maximes de cette science , toujours fixes et déterminées, se rapportent à un principe simple, et duquel on puisse, comme en géométrie , déduire une infinité de principes secondaires. Ce principe n'est point encore connu. La morale n'est donc point encore une science : car on n'honorera pas de ce nom un ramas de préceptes incohérens et contradictoires (i) entre eux. En eût-on enfin découvert le principe fondamental, on doit sentir que l'intérêt du prêtre s'opposera toujours à sa publication, et qu'en tout pays l'on pourra toujours dire : « Point de docteurs , ou point de vraie morale. » En Italie , en Portugal , ce n'est ni de religion ni de superstition que l'on manque.