‹ Œuvres compláetes (volume 3)Chapitre 62 sur 226 · Tome IL i · texte numérisé non relu

Tome IL i

ig4 DE L HOMME.

Supposons que, pour produire un homme de génie? 3e hasard doive se combiner en lui avec l'amour de la gloire ; supposons encore qu'un homme naisse dans un gouvernement où, loin d'honorer, on avilisse Jes talens: dans cet empire, il est évident que l'homme de génie sera entièrement l'œuvre du hasard.

En effet, ou cet homme aura vécu dans le monde , et devra son amour pour la gloire à l'estime qu'aura conservée pour les talens la société particulière où il s'est trouvé, ou il aura vécu dans la retraite, et devra alors ce même amour pour la gloire à l'étude de l'histoire , au souvenir des honneurs anciennement décernés à la vertu et au talent, enfin à l'ignorance du mépris que ses concitoyens ont pour l'une ou l'autre.

Supposons, au contraire, que cet homme naisse dans un siècle et sous une forme de gouvernement où le mérite soit honoré. Alors il est évident que son amour pour la gloire et son génie ne seront point en lui l'œuvre du hasard , mais de la constitution même de l'état , par conséquent de son éducation, sur laquelle la forme des gouvernemens a toujours la plus grande influence.

Considère-ton l'esprit et le génie moins comme l'effet de l'organisation que du hasard (i) : il est certain , comme je l'ai déjà dit , qu'en observant les moyens employés par le hasard pour former de grands hommes, on peut, d'après cette observation , modeler un plan d'éducation qui, les multipliant dans une na-

(i) J'ai connu la sottise et la méchanceté des théologiens. Tout est à craindre de leur part. Je suis donc forcé de renouveler de temps en temps la même profession de foi , de répéter que je ne regarde point le hasard comme un être • que je n'en fais point un dieu ; et que par ce mot je n'entends que « l'enchaînement » des effets dont nous n'apercevons pas les causes. » C'est en ce sens qu'on dit du hasard , il conduit le dé ; cependant tout le monde sait que la manière de remuer le cornet et de jeter ce dé, est la raison suffisante qui fait amener plutôt terne que sonnet.

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tion, y rétrécisse infiniment l'empire de ce même hasard, et diminue la part immense qu'il a maintenant à notre instruction.

Cependant si c'est à des causes, à des accidens imprévus qu'on doit toujours le premier soupçon, par conséquent la découverte de toute idée neuve, le hasard conservera donc toujours une certaine influence sur les esprits; j'en conviens, mais cette influence a aussi des bornes.

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