LETTRE XXX
lVloN cher philosophe, l'ombre et le sang de Corneille vous remercient de votre noble zèle. Le roi a daigné permettre que son nom fût à la tête des souscripteurs pour deux cents exemplaires. Ni Mtre *** ni Mtrc *** ne suivront ni l'exemple du roi ni le vôtre. H y a l'infini entre les pédans orgueilleux et les cœurs nobles , entre des convulsionnaires et des esprits bien faits. H y a des gens qui sont faits pour honorer la nation , et d'autres
pour l'avilir. Que pensera la postérité , quand elle verra d'un côté les belles scènes de Cinna , et de l'autre le discours de Mtre le Daim prononcé du côté du gref ? Je crois que les Français descendent des centaures, qui étaient moitié hommes et moitié chevaux de bat : ces deux moitiés se sont séparées ; il est resté des hommes comme vous, par exemple, et quelques autres; et il est resté des chevaux , qui ont acheté des charges de conseillers , et qui se sont faits docteurs de Sorbonne.
Rien ne presse pour les souscriptions de Corneille ; on donne son nom , et rien de plus ; et ceux qui auront dit : Je veux le livre , l'auront. On ne recevra pas une seule souscription d'un bigot. Qu'ils aillent souscrire pour les méditations du R. P. Croiset.
Peut-être que les remarques qu'on mettra au bas de chaque p;»ge seront une petite poétique, mais non pas comme La Moite en faisait à l'occasion de Romulus , a l'occasion des Machabécs. Ah! mon ami, défiez-vous des charlatans qui ont usurpé en tout temps une réputation de passade !
Je vous embrasse en Épicure , en Lucrèce, Cicéron, Plalon, en tutti quanti, V.
22 juillet.