‹ Œuvres compláetesChapitre 14 sur 45 · I()6 SUR LE CAR ACTE RE · texte numérisé non relu

I()6 SUR LE CAR ACTE RE

sont hommes, et ne parlent point un langage humain; ils changent toutes les idées des choses , et ahusent de tous les termes.

Un homme qui s'aviserait de faire un livre pour prouver qu'il n'y a point de naips ' , ni de géants ^ , fondé sur ce que la plus extrême petitesse des uns et la grandeur démesurée des autres , demeureraient, en quel-

' Aristote et Pline parient d'une nation de pygmées , et même PHne en place en trois contrées différentes : mais , suivant Strabon , personne ne les a vus. Quant aux nains, on connaît celui du roi de Pologne, Stanislas; et Nicëpbore, dans son histoire ecclésiastique, parle d'un Egyptien qui ne surpassa jamais en hauteur une perdrix , quoiqu'il eût près de ving-cinq ans : il vante Pagre'ment de sa voix , sa prudence et sa gcne'rosite. F.

^ 11 est parlé plusieurs fois des géants dans la Bible, et le géant Goliath avait, dit-on, neuf pieds quatre pouces ; la hauteur d'un garde du roi de Prusse était de huit pieds six pouces huit lignes. Voyez dans le Journal de Physique , supplément, t. XllI , année 17^8, une dissertation sur les nains et les géants, et sur les vraies limites de la taille humaine, par Changeux. F.

que manière, confondues à nos propres yeux, si nous les comparions à la distance de la terre aux astres ; ne dirions-nous pas d'un homme qui se donnerait beaucoup de peine pour établir cette vérité , que c'est un pédant qui brouille inutilement toutes nos idées, et ne nous apprend rien que nous ne sachions ?

De même, si je disais à mon valet de m'apporter un petit pain et qu'il me répondît : Monsieur , il n'y en a aucun de gros ; si je lui demandais un grand verre de tisane , et qu'il m'en apportât dans une coquille , disant qu'il n'y a point de grand verre ; si je commandais à mon tailleur un habit un peu large , et qu'en m'en apportant un fort serré, il m'assurât qu'il n'y a rien de large sur la terre , et que le monde même est étroit ; j'ai honte d'écrire de pareilles sottises : mais il nie semble que c'est à peu près les discours de nos philosophes. Nous leur demandons le chemin de la sagesse , et ils nous disent qu'il n'y a que folie ; nous voudrions être instruits des caractères qui distinguent la vertu du vice ; et ils nous répondent qu'il

igS SUR LE CARACTÈRE, etC.

n'y a clans les hommes que dépravation et que faiblesse. Il ne faut point que les hommes s'enivrent de leurs avantages ; mais il ne faut point qu'ils les ignorent. Il faut qu'ils connaissent leurs faiblesses , pour qu'ils ne présument pas trop de leur courage ; mais il faut en même temps qu'ils se connaissent capables de vertu , afin qu'ils ne désespèrent pas d'eux-mêmes . C'est le but qu'on s'est proposé dans ce discours , et qu'on tâchera de ne perdre jamais de vue.

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