Point
:: ee Dieu comme prononçant ces divines paroles : Ego sum qui sum! : « Je suis celui qui suis. » Prionsle qu'il nous en fasse connaitre la vérité et porter les effets. Car toutes les paroles de Dieu sont pleines de lumière et de vertu : de lumière, pour éclairer nos esprits ; de vertu, pour opérer en nos cœurs des effets de grâce et de sanctification conformes à ce qu’elles signifient.
Considérons qu'il n'y.a que Dieu seul qui soit digne d'être, et qu’en effet il n'y a que lui seul qui soit, à proprement parler : Videte quod ego sim solus?. Car tout autre être, quel qu’il soit, non seulement ne mérite pas d’être, mais même n’est point devant celui de Dieu : Omnes gentes quasi non sint, sic sunt coram e0, et quasi nihilum et inane reputatæ sunt ei. * Son être est un être éternel, sans commencement et sans fin ; immense, qui remplit tout ; immuable, qui ne change point; infini, qui est plein d'une infinité de perfections ; infiniment heureux, riche et glorieux ; souverain et indépendant; source de tout ètre; auquel tout l'être créé qui est au ciel, en la terre et en enfer doit être référé comme à son principe, et lui rendre honneur, hommage, adoration et sacrifice de soi-même, comme à l'être souverain de tout être.
Réjouissons-nous de ce que Dieu est Celui qui est : Zn-
* Exod. WI, 4.
* Deut. XXXII, 39.
3Js. XL, 17.
troite in conspectu ejus in exultatione, quoniam Dominus ipse est Deus. | 2
Adorons-le, bénissons-le, glorifions-le ; référons-lui, offrons-lui et sacrifions-lui notre être et tout l'être des hommes, des Anges, des créatures insensibles, et même des démons et des damnés.
2° Point.
ONSIDÉRONS, — puisque Dieu seul est celui qui est, et que tout ce qui n’est point Dieu n’est que néant devantlui, — qu'iln’y à aussi que Dieu seul qui mérite d'être regardé, estimé, aimé, désiré et honoré ; et que nous ne devrions avoir ni esprit, ni cœur, ni pensée, ni affeclion, ni yeux, ni langue, ni mains pour tout le reste : et que néanmoins il n'y a rien qui soit moins estimé, aimé, désiré, recherché ; rien à quoi on pense moins, de quoi on parle si peu, et pour qui on fasse si peu, que Dieu; et que ce qui n’est point, c’est-à-dire le néant des choses créées, est bien plus regardé, désiré, recherché que Celui qui est ; et qu'on pense beaucoup davantage, qu'on parle et qu'on fait plus pour le rien que pour le tout. Humilions-nous de ce que nous avons été de ceux qui ont ainsi préféré le néant au tout ; demandons-en pardon à ce grand Tout ; protestons-lui de ne vouloir plus regarder et aimer que lui en toutes choses ; et le prions qu'il anéantisse toutes choses et nous-mêmes devant nos yeux, afin qu’il nous soit tout désormais en toutes choses.
3° Point.
cs que les pécheurs anéantissent celui qui est, en plusieurs manières.— Premièrement, les athées de créance l'anéantissement, disant qu'il n’y a point de
‘Ps. XCIX, 2.
rx
Dieu : Dixit insipiens in corde suo : Non est Deus!. — Sesecondement, les athées de vie et de mœurs l’anéantissent, vivant et se comportant comme s'ils n'y croyaient point. — Troisièmement, tous ceux qui pèchent mortellement l’anéantissent, parce qu’ils anéantissent sa souveraineté, ne voulant point dépendre de lui; sa volonté, voulant que la leur soit faite au préjudice de la sienne ; sa sagesse, désirant qu'il ne connaisse point leurs crimes ; sa justice, souhaitant qu'il n'ait point volonté de les punir; sa puissance, désirant qu'il n’en ait point le pouvoir ; sa providence, se persuadant qu'il n’a pas soin des choses d’ici-bas. C’est ainsi que nous avons anéanti Dieu, si nous l’avons offensé mortellement.
Demandons-lui pardon, et, en réparation, anéantissonsnous en touteslesmanières qu'ilnoussera possible,en notre propre esprit et en l'esprit d'autrui. Cherchons toutes sortes d’inventions pour nous anéantir par diverses pratiques d’humiliation, et prions-le qu'il emploie lui-même sa puissance et sa bonté pour nous anéantir, et pour imprimer dans nos cœurs une grande affection pour le néant, en sorle que notre plus grande ambition soit de n'être rien en ce monde, et que Dieu y soittout : Omnia in omnibus. à
ORAISON JACULATOIRE : Domine Jesu Christe, nihil sumus.