‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean Eudes (volume 2)Chapitre 46 sur 208 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Obligations de l’homme vers Dieu, attachées aux susdites promesses.

D deux promesses précédentes il s'ensuit néce sairement :

1. Que quiconque a été baptisé, il est obligé de renot cer entièrement et pour jamais à Satan; à ses œuvre c'est-à-dire à toutes sortes de péchés: et à ses pomp& c'est-à-dire au monde, qui consiste, selon l’apôtre sai Jean, en l'amour des plaisirs, des richesses et des honneurs à cemonde duquel ce même Apôtre crie, parlant à tousle fidèles : Nolite diligere mundum, neque ea quæ in mund sunt. Si quis diligit mundum, non est charilas Patris in e® « N'aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans monde : Quiconque aime le monde, la charité du Pèr céleste n'est pointen lui » ; à ce monde duquel l’apôtr saint Jacques à dit : Quicumque volueril amicus esse s& culi hujus, inimicus Dei constituitur® : « Quiconque ve être ami de ce monde, il est ennemi de Dieu » ; à ce mondi enfin, duquel Notre-Seigneur a dit, parlant de ceux qu sont à lui : De mundo non sunt, sicul el ego non sum mundo*: « Ils ne sont point du monde, comme je ne suis point du monde. »

2. Il s'ensuit que, quiconque porte le nom de Chrétien il est obligé de suivre Jésus-Christ en la sainteté de sa vie et de ses mœurs ; et, par conséquent, que c'est un tromperie de croire qu'il n’y ait que les prêtres et les re* ligieux qui soient obligés de vivre saintement.

! « Omne quod est in mundo, concupiscentia carnis est, et concupis* centia oculorum, et superbia vitæ. » [ Joan. Il, (16. 21 Joan: II, 15. — 5 Jac. 1V, 4. — * Joan. XVII, 16.

Nentendez-vous pas saint Paul qui déclare à tous les irétiens que Dieu veut qu'ils soient saints : AJæc est WMuntas Dei sanctificatio vestra!; et qu'il les a choisis en bn Fils, afin qu'ils soient saints et immaculés devant ie: Ælegit nos in ipso, ut essemus sancti et immaculati | conspectu ejus? ?

LEE n’entendez-vous pas saint Pierre qui crie à tous ceux mont été baptisés : Secundum eum qui vocavit vos, Sanc- Im, et ipsi in omni conversatione sancti silis : quoniam miptum est : Sancti erilis, quoniam ego sanclus sum : Soyez saints comme celui qui vous a appelés est saint ; autant qu'il est écrit : Vous serez saints, parce que je uis saint? »

N'est-ce pas aussi ce que le Saint des saints vous nnonce lui-même, quand il dit : Æstote perfecti sicul later vester cœælestis perfectus est* : « Soyez parfaits omme votre Père céleste est parfait? »

3. Il s'ensuit que, quiconque pèche mortellement, il ait cinq grands maux :

Premièrement, il rompt et viole la sainte et sacrée Iliance dans laquelle il était entré avec Dieu par le Bapme.

Secondement, il profane et foule aux pieds le précieux ang du Fils de Dieu, qui est le fondement et le ciment e celle divine alliance.

Proisièmement, il éteint et étouffe en soi l'esprit de ieu, qui en est le lien sacré.

Quatrièmement, il rend la vie, la passion et la mort de otre Rédempteur vaine et inutile au regard de lui, uisqu'il s'est incarné, a souffert et est mort pour nous üre entrer en cette même alliance.

Cinquièmement, il renonce à Jésus-Christ, à Ja dignité ‘enfant de Dieu et au droit qu'il avait d'être son héri-

DThess. IV, 3. — 2 Eph. I, 4.

81 Petr. Ï, 12-16. — * Matth. V.48.

tier. Etil se donne derechef à Satan, devient membre diable et enfant de Lucifer ; et, par, conséquent, ne en cet état prétendre d'autre héritage que celui de père, c'est-à-dire les feux, les flammes, les tourment les rages éternelles de l'enfer.

4. Il s'ensuit que vous serez jugé, à l'heure de la sur le Contrat qui s'est passé entre Dieu et vous votre Baptème, et sur les promesses que vous y à faites. Car alors on vous représentera ce Contrat, on w produira ces promesses, que vous ne pourrez pas Aé vouer. On vous demandera si vous les avez gardées. Six l'avez fait, le Fils de Dieu vous dira : « Venez, le béni mon Père, posséder le-Royaume qui vous est prépi dès la constitution du monde. » Si vous ne l'avez fait, il vous dira : « Misérable, je t'avais fait tant d' neur que de te recevoir en mon alliance et en celle mon Père : et tu as fait plus d'état de la société infàr des démons que de celle de ton Dieu. Va, malheureu puisque tu as mieux aimé la compagnie du prince l'enfer que celle du Roi du ciel, tu le suivras danS damnation, tu seras compagnon de ses supplices, tu ras esclave de sa tyrannie, tu brûleras, tu enrageras souffriras éternellement avec lui : Discede a me, malea le, in ignem æternum, qui paratus est diabolo et Ang ejus!: « Retire-toi de moi, maudit, et va dans le feu été nel qui est préparé au diable et à ses anges. »

O épouvantable tonnerre ! à malédiction effroyable ! cher frère, si vous craignez que ce foudre ne vous tom! sur la tête, fuyez le péché qui seul vous peut séparer dl vec Dieu, et donnez-vous à lui tout maintenant, pour bi garder les promesses que vous lui avez faites en vol Baptême.

! Matth. XXV, 41.

| CHAPITRE VI onfirmation des vérités précédentes par l'explication des cérémonies du Baptême.

A sainte Église étant conduite en toutes choses par son d chef qui est Jésus-Christ, et par son gouverneur qui t le Saint-Esprit, personne ne peut douter que toutes s'cérémonies qu'elle pratique dans l'administration des dnts sacrements, et dans toutes ses autres fonctions, iélui aient été inspirées par cet adorable chef et par ce livin Esprit ; et, par conséquent, qu'elles ne soient insituées pour des fins très saintes, très sublimes et très ignes de la grandeur de leur instituteur, et qu’elles ne nferment en soi de très grands mystères.

“Vous l’allez voir dans celles du Baptème, là où je rearque douze cérémonies qui contiennent plusieurs hoses merveilleuses et très importantes, attachées à ce sacrement, auxquelles pourtant vous n'avez peut-être pas pensé bien sérieusement. C’est pourquoi je vous conjure de donnér maintenant votre attention à la considération de ces choses. Vous y allez voir la confirmation et Méclaircissement de tout ce que j'ai dit ci-dessus.

I. — Premièrement, lorsqu'on vous a présenté à l’église pour recevoir le saint Baptème, la première chose que le prêtre qui vous à baptisé a faite, a été de vous traiter comme un possédé, en vous exorcisant et en commandant au diable de se retirer de vous et de faire place au Saint-Esprit.

Ce qui vous doit faire souvenir que vous étiez en la possession, appartenance et alliance de l'Esprit malin par le péché originel, et que vous étiez sa demeure, et que le Saint-Esprit est venu en vous pour l’en chasser, pour prendre sa place et pour vous réconcilier et réunir avec Dieu.

Il. — Secondement, le prêtre vous a imprimé le signe

la croix sur le front et sur le cœur, qui sont les d principales parties du corps, et dans lesquelles V4 réside plus excellemment et exerce ses fonctions p noblement. Ce qui vous donne à entendre trois graï choses. La première est que ce caractère extérieur de Jés Christ, qui est la croix, signifie un autre caractère if rieur du même Jésus-Christ, qui est gravé dans v0 âme par le sacrement de Baptème, et qui y est grave avant qu'il n'y a rien qui l’en puisse effacer ; et qu'été ainsi marqué de son sceau au corps et en l'âme, w n'êtes plus à vous : Non estis vestri! ; mais vous app tenez à ce divin Rédempteur qui vous a achetés par prix infini de son sang et de sa croix : Vos autem Christ et qu ainsi vous n'avez plus de droit de vivre que pe Celui qui a immolé sa vie pour vous dans la mort dé croix, selon ces divines paroles de son grand Apôtre:Æ omnibus mortuus est Christus : ut et qui vivunt, jamn sibi vivant, sed ei qui pro ipsis mortuus est et resurretit La deuxième, que le front étamt lesiège de la honte,

le cœur celui de l'amour, vous ne devez pas rougim porter la croix avec Jésus-Christ, et de vivre selon” divines maximes de cet adorable Crucifié; mais quA contraire, vous devez mettre votre gloire, votre amot et votre félicité à le suivre en sa pauvreté, en ses hum liations et en ses mortifications, et à faire hautemeé profession de préférer ses saintes maximes à celles monde et de l'enfer, et de vous appliquer de tout vot Cœur aux actions chrétiennes. | La troisième, que parle saint Baptême, quitire 4 sa vertu de la Croix de Jésus-Christ, votre corps et voti âme, et toutes les parties de l’un et l’autre, ont été coi sacrées à la très sainte Trinité, et d’une consécration plu

! { Cor. III, 19. — ? Ibid. 23. — 8 ]I Cor. V, 15.

dinte, plus auguste, plus divine que celle par laquelle Stemples matériels, les autels, les calices et les ciboires sont consacrés : celle-ci ne se faisant que par quelques cérémonies et prières, et celle-là par un grand jacrement. D'où il s'ensuit qu'il ne vous est point peris d'employer aucune partie de votre corps ni de votre me, qui sont le temple vivant de la très sainte Trinité, ue pour la gloire de celui auquel ils ont été dédiés

June manière si sainte etsi solennelle,

grains dans la bouche. Ce qui représente :

1. Que Notre-Seigneur, qui est la Sagesse éternelle, s’est Honné à vous et est venu en vous par le saint Baptème, Btqu'ils’y est donné et y est venu pour être volre premier aliment, votre principale nourriture, votre vie, Votre force, votre conduite, et pour vous incorporer Bt transformer en lui d’une manière plus excellente que elle par laquelle le pain et la viande corporelle que vous angez, est incorporé et transformé en vous-même.

- 2. Que vous ne devez plus avoir ni estime, ni affection, ni goût pour les choses temporelles et terrestres ; mais que vous ne devez plus estimer, ni aimer, ni désirer, ni voir faim ni soif que pour les choses célestes et éternelles : qui est ce en quoi consiste la vraie sagesse.

3. Que vous ne devez plus vous conduire selon les sens, comme les bêtes; ni selon la raison humaine seulement, comme les philosophes païens ; ni selon les lois de la prudence et de la sagesse du monde, qui n'est

e mort et folie ; mais selon les maxfmes évangéliques que la Sagesse incréée etincarnée a puisées dans le sein du Père des lumières, et nots a apportées en ce monde.

… IV. — En quatrième lieu, le prêtre ayant mis de la salive de sa bouche dans sa main, et y ayant trempé le bout de

son doigt, il vous l’a appliqué sur l'organe de l'ouïe, disant ces paroles : £'phpheta, quodest adaperire. Ce” signifie : :

L. Le don inestimable de la Foi, qui a étéinfuse da votre âme par le saint Baptème. Foi qui vous a été mé tée et acquise par le Verbe incarné, lequel est sorti la bouche adorable de son Père, ainsi qu'il l’atté lui-même en ces paroles : Æ40 ex ore A ltissimi prodivi Foi qui vous est donnée par le Père éternel représeh par la personne du prêtre ; Foi qui vous est appliqu par le Saint-Esprit, lequel est le doigt de Dieu; Foïte fin qui, selon l’Apôtre, est infuse dans l'âme du chrét par le moyen de l’ouïe, lorsque Dieu louvre à sa saïn parole : Aides ex auditu, auditus autem per verbu Christi?.

Mais cette divine princesse, qui est la Foi, n'était p seule lorsqu'elle a fait son entrée dans votre âme. Æ était accompagnée de l’Espérance, de la Charité et toutes les autres vertus ; comme aussi de toutes les B6 üitudes évangéliques et de tous les dons et fruits du Saïn Esprit, et de la source même primitive de toutes ces ces, qui est la très sainte Trinité, laquelle est venue dâr votre cœur et y à établi sa demeure, comme dans sa mi son et dans son temple, lorsque la Foi en a pris possessie

2. C'est pour vous donner à connaître que, depuis qu la miséricorde du Père, la bonté du Fils et la charité d Saint-Esprit ont ouvert vos oreilles à la divine parole par le moyen de laquelle la foi et l'auteur même del foi sont entrés dans votre cœur, au lieu qu'auparava elles étaient fermées à la voix de Dieu et ouvertes à du diable, elles doivent être désormais entièreme fermées à la voix de Satan, du monde, de la chair «et @ péché, et ne s'ouvrir plus qu'à celle de votre Dieu et votre Rédempteur.

‘ Marc. VI, 34. — = Eccli. XXI, 5. — 5 Rom. X, 17.

+ NV. — En cinquième lieu, le prêtre vous a introduit daus l’église, pour vous montrer :

4. Que Notre-Seigneur Jésus-Christ vous a donné, par | Je saint Baptème,son Église pour être votre Mère, et, par conséquent, qu'il vous à donné son Père pour être votre Père. Car, comme ilest vrai de dire que celui qui n'aura point l'Église pour mère, m’aura point Dieu pour père : aussi, il est érès certain que quiconque est vraiment enfant de l'Église, il est véritablement enfant de Dieu.

2. Que pourconserver la nouvelle vie que l'Église vous a donnée par la régénération baptismale, il est nécessaire que vous demeuriez toujours dans le sein de votre Mère, hors laquelle il n’y a que mortet perdition pour Vous ; et que vous vous repaissiez souvent des aliments célestes qu'elle vous présente, qui sont la parole de Dieu, les divins Sacremeats, :ct les saints exemples de la vie de votre Sauveur, de sa bienheureuse Mère et de ses Saints. 3. Que l'Église étant votre mère, vous lui devez toute sorte d'honneur. de respect et d'obéissance. Vous devez regarder. estimer et révérer lous ses sacrements et mys- | tères, toutes ses fonetions et observances, toutes ses cé- - rémonies et usages, comme choses très saintes qui lui | | | | |

“ont élé inspirées el enseignées par le Saint-Esprit, lequel la gouverne-en loutes choses. Vous devez vous soumettre à toutes ses lois et ordonnances, comme à celles même de Jésus-Christ, puisque c’est lui qui est son chef, et qu’elle ne commande ni défend rien que par son mouvement. Vous devez enfin suivre en tout et partout sa doctrine, Ses maximes, sa conduite et son esprit, qui n'est autre

que celui de Dieu.

VA. — Après cela, l'on vous a conduit aux saints fonts baptismaux, là où le prêtre vous a demandé par trois fois si vous renonciez au diable, à toutes ses pompes et à toutes ses œuvres ; et vous avez répondu trois fois par Ja bouche de votre parrain et de votre marraine: Abre-

nuntio, « Oui, j'y renonce. » Et ensuite on vous a d

mandé si vous croyiez en Dieu le Père tout-puissant, e en son Fils unique, Jésus-Christ Notre-Seigneur, et at Saint-Esprit Paraclet ; et vous avez répondu: Credo « Oui, j'y crois. »

Paroles qui sont équivalentes avec les termes dont o usait autrefois en l'administration ancienne du Baptème lorsque le baptisé se tournant premièrement vers l’Occi dent, lequel représente la mort et l’auteur de la mortqu est Satan, disait: Abrenuntio tibi, Satana, « Je te re nonce, à Satan » ; puis se tournant vers l’Orient, qui si gnifie Notre-Seigneur Jésus-Christ, ainsi appelé dan ses Écrilures : Æcce servus meus Oriens', il pronom çait ces paroles : Adhæreo tibi, Christe, « J'adhère à vous, à Jésus-Christ’. » Car croire en Jésus-Christ et adhérer à Jésus-Christ c’est la même chose, puisque c’est par foi vive et parfaite, accompagnée de l'espérance et ani mée de la charité, que nous sommes faits enfants d Dieu et membres de Jésus-Christ.

Voilà les promesses que l'Église a exigées de vous» auparavant que de vous donner le Baptème, pour mon trer que, pour être chrétien, il est nécessaire absolument de renoncer à Satan, au péché et au monde, et d’adhé= rer à Jésus-Christ, comme le membre est adhérent à som chef.

VII. — Après avoir protesté que vous renonciez à Satan’ à ses pompes et à ses œuvres, le prêtre a oint votre pois trine et vos épaules de l'huile sacrée, pour vous faire en* tendre que, par le Baptème, vous avez été enrôlé en la milice de Jésus-Christ, afin de combattre généreuse ment contre ses ennemis, qui sont le péché, le diable, le monde et la chair ; et que, si vous les surmontez, il ac=

1 Zach. II, 8.

: Cf. Entretiens intérieurs, XIl° entretien, 3° point.

complira en vous cette promesse : Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi dans mon trône, comme j'ai vaincu at suis assis dans le trône de mon Péret. |

VIII. — Ensuite, le prêtre vous a baptisé au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Et ç’a été en cemoment que vous avez été fait enfant du Père céleste, frère et membre de son Fils unique, temple et sanctuaire du Saint-Esprit, et que vous avez été tout dédié et consacré à la gloire de la très sainte Trinité.

IX. — Sitôt que vous avez été baptisé, le prêtre vous a oint du chrème de salut, au sommet de la tête. Ce qui signifie trois faveurs incomparables que le Fils de Dieu vous à faites, en vous incorporant avec lui par le saint Baptème.

La première est, qu'il vous a revêtu de sa royauté éternelle, afin que vous régniez sur vos passions, sur le monde, sur le péché, sur l'enfer ; et qu’ensuite vous régniez avec lui éternellement, dans la possession du même royaume que son Père lui a donné.

La deuxième est, qu'il vous a rendu participant en quelque manière de son divin sacerdoce, afin que vous lui offriez un perpétuel sacrifice de louange et d'amour, et que vous vous immoliez sans cesse vous-même et tout ce qui vous appartient, à la gloire de sa divine Majesté. Ce qui fait que le Christianisme est appelé par saint Pierre, Regale sacerdotium?, « Sacerdoce royal »; et que tous les chrétiens portent la qualité de rois et de prêtres dans les saintes Écritures : Fecisti nos Deo nostro reges el sacerdoles®.

La troisième est, qu'il vous a donné son propre Nom. Il s'appelle Christus, c'est-à-dire Oint ; et vous vous appelez

1 « Qui vicerit, dabo ei sedere mecum in throno meo: sicut et ego vici, et sedi cum Patre meo in throno ejus. » Apoc. IT, 21. 2 | Petr. IT, 9. — 3 Apoc. I, 6; V, 10.

aussi de même en suite de cette sacrée onction. Car vous avez été oints au Baptême, non seulement en votre corps par l'huile sainte, mais aussi en votre âme par la divine onction de la grâce chrétienne, qui est de même nature et de même espèce que celle dont l'âme sainte de Jésus-Christ a été ointe et sanctifiée dès le moment de son Incarnaticn. % \

Sur quoi saint Augustin s'étonne et s’écrie, disant: Videte, fratres, et miramini : Ecce Christi faeti sumus : « Voyez, mes frères, et admirez les excès de la bonté de Dieu vers nous, et la sublimité de notre condition : Voilà que tous, nous autres chrétiens, nous sommes autant de Christs. » 7

Grand sujet d'étonnement à la vérité, mais qui cessera, si nous considérons que, n'étant qu’un avec Jéus-Christ comme les membres avec leur chef, nous devons être sanctifiés par la même grâce et sainteté qui sanctifie notre chef, et que nous ne devons porter qu’un même nom avec lui.

X. — Cette onction royale, sacerdotale et divine étant faite, le prètre vous a revêtu d'une robe ou d’un chrémeau blanc, en vous disant ces paroles : « Recevez cette robe blanche, et la portez devant le tribunal de Jésus- Christ, afin que vous puissiez obtenir la vie éternelle et vivre aux siècles des siècles. »

Qu'est-ce que cette robe blanche ? C’est l'innocence, la grâce et la sainteté dont votre âme est revêtue par le sacrement du Baptême. C'est le saint habit de la sainte religion chrétienne dans laquelle vous êtes entré lorsque vous avez été baptisé. C’est Jésus Christ même, qui est le vrai habit de sa religion. N'entendez-vous pas son Apôtre qui crie, parlant à tous les chrétiens : Quicumque baplisati estis, Christum induistis!:

3 Gal. II, 27.

« Tous tant que vous êtes, qui avez été baptisés, vous avez été revêtus de Jésus-Christ? » A raison de quoi,

comme l’on voit plus l’habit que la personne qui en est

revèlue, ainsi le chrétien doit être tellement revêtu de Jésus-Christ, c’est-à-dire de ses saintes mœurs, de ses qualités célestes et de ses divines vertus, qu'on ne voie en lui que l'humilité, l'obéissance, la charité, la patience, la mansuétude, la modestie, la pureté et la sainteté de Jésus-Christ.

XI. — Lorsque vous avez été revêtu de ce divin habit, le prêtre vous a mis dans la main droite un flambeau ardent, pour montrer que votre foi, qui est désignée par la lumière, doit être ardente et luisante tout ensemble : ardente dans l’intérieur, luisante dans l'extérieur; ar-

dente dans l'oraison, luisante dans l’action ; ardente de-

vant Dieu, luisante devant les hommes, selon ces paroles du Sauveur : Sic luceat lux vestra coram hominibus, ut videant opera vestra bona, et glorificent Patrem vestrum qui in cœlis est! : « Que votre lumière luise de telle sorte devant les hommes, qu'ils voient vos bonnes œuvres, afin qu'ils en glorifient votre Père qui est aux cieux. »

XII. — Enfin, on a sonné toutes les cloches de l’église en laquelle vous avez été baptisé, pour témoigner la joie que tous les habitants du ciel ont reçue, lorsque vous avez été retiré de la puissance de Satan et de la famille d'Adam, pour être admis en la sainte famille de Jésus- Christ et en la divine société des Anges, des Saints, de la Mère de Dieu, et même des trois Personnes éternelles. Ce qui vous oblige de vivre de telle sorte que vous donniez toujours sujet de réjouissance à toute l'Église et triomphante et militante, par la pureté de vos mœurs, par la sainteté de vos actions, par la pratique des ver-

1 Matth. V, 16.

tus chrétiennes et par une constante fidélité à garder les promesses que vous avez faites à Dieu en votre Baptème ; comme aussi de mettre toute votre joie et votre

contentement en ces mêmes choses, pour l'amour de“

Celui qui est tout amour vers vous, et qui vous a fait tant de faveurs lors même que vous ne le connaissiez point. S

CHAPITRE VII Qu'il est facile d'accomplir les promesses du Baptême et de vivre en chrétien; et des moyens dont il faut

se servir pour cette fin.

| Vi les grands mystères qui sont cachés sous l'écorce extérieure des cérémonies du saint sacrement de

Baptème. Voilà les faveurs incomparables que vous y“

avez reçues de la divine Miséricorde. Voilà aussi vos promesses et vos obligations, et ce que vous avez à faire pour être véritablement chrétien, et pour obliger Dieu, s'il faut ainsi parler, à effectuer de sa part les conventions du Contrat que vous avez fait avec lui.

Vous me direz peut-être que, si cela est ainsi, il faut conclure nécessairement qu’il y a bien peu de véritables chrétiens, puisque la plus grande partie de ceux qui ont été baptisés, non seulement ne vivent pas selon les promesses qu'ils ont faites à Dieu dans leur Baptème, mais se comportent comme s'ils avaient promis tout le con-

traire, c'est-à-dire, comme s'ils avaient fait vœu de tour

ner le dos à Dieu, de mener une vie tout opposée à celle de son Fils Jésus-Christ, et au lieu de marcher par le chemin qu'il nous a frayé, de suivre le diable en ses œuvres et en ses pompes, et de préférer les lois de l'enfer aux ordonnances du ciel, les maximes du monde à la doctrine de l'Évangile. les sentiments et inclinations de

D. «De en «2

AVEC DIEU. — CHAPITRE VII 235 Ja chair aux mouvements et à la conduite de l'esprit de Dieu.

Je vous réponds à cela que cette conclusion n'est que

Ltrop véritable, et qu’elle est conforme à la parole de la Vérité éternelle, qui nous dit qu'il y a peu de personnes

qui tiennent le chemin du ciel, et qu'il y en a un très grand nombre qui marchent par la voie large qui mène à la perdition:. Et cependant il esttrès certain que le chemin qui conduit à l’enfer est beaucoup plus difficile que celui qui va au ciel ; et qu'il est incomparablement plus

facile, moyennant la grâce de Notre-Seigneur, qu'il ne

vous refusera pas si vous la lui demandez, de vivre en chrétien et selon la profession de votre Baptème, que de vivre en païen et suivant la dépravation du siècle.

Car, qu'y a-t-il de plus facile que de renoncer à votre plus grand et plus cruel ennemi qui est Satan, et à un “ennemi qui est plein de fureur et de rage contre vous, et qui ne respire que votre perdition, et ne songe nuit et jour qu à trouver les moyens de vous précipiter dans la mort éternelle ?

Qu'y a-t il de plus facile que de renoncer à la chose du monde la plus horrible, la plus abominable et la plus détestable, telle qu'est le péché qui est l'unique cause de tous les malheurs de la terre et de l'enfer ?

Qu'y a-t-il de plus aisé que de renoncer au monde, qui est le corps du dragon infernal, selon le langage de saint Ambroise ; qui est maudit et excommunié de la bouche ‘du Fils de Dieu, puisqu'il proteste, en la veille de sa mort, qu'il ne prie point pour lui: Von pro mundo rogo?? » Qu'y a-t-il de plus aisé que de renoncer à toutes les

“choses du monde, qui ne sont que fumée, que vanité,

que mensonge, que tromperie, que niaiserie et enchan-

l « Spatiosa via est quæ ducit ad perditionem, et multi sunt qui gntrant per eam... arcta via est quæ ducit ad vitam, et pauci sunt ‘qui inveniunt eam. » Matth. VII, 13, 14.

? Joan. XVII, 9.

tement de niaiserie, Fascinatio nugacilatist ; que poiso que pourriture, que puanteur, selon ces ue de l'A pôtre : Omnia arbitror ut stercora.??

Mais qu'y a-t-1l de plus doux que de suivre um Diew & un Sauveur qui est la bonté, la beauté et la perfectio même ; qui est infiniment aimable et désirable ; est le souverain bien-et la source de tout bien ; qui tout cœur et tout amour vers ceux qui l'aiment; qu compte tous les cheveux et tous les pas de ceux qui L suivent ; et qui met en écrit dans son propre cœur toutes les pensées et affections qu'ils ont, toutes les parol qu'ils disent, toutes les actions qu'ils font et toutes le mortifications qu'ils souffrent pour son service, afin leur donner autant de couronnes immortelles et glorieuses dans la bienheureuse éternité ? |

Certainement, il n'y a personne au monde, pour pew qu'il lui reste de raison, qui ne soit contrainte d’avou qu’il est beaucoup plus facile de faire cela que de faire le contraire. Faites-en l’expérience, et vous verrez qu'il n'yarien de plus véritable.

Je sais bien que toutes ces choses, quoique faciles d’elles-mêmes, sont néanmoins difficiles à Fhomme, depuis qu'il est asservi à la tyrannie du péehé ; parce que ce serpent infernal a tellement empoisonné toutes lesm parties de son âme et de son corps, et l’a réduit dans une ; si grande misère, faiblesse et impuissance, que tant s'en faut qu'il puisse de soi-même faire aucun bien, ni résister à aucun mal, que même, selon saint Paul, il ne peut pas | en avoir la pensée*.

Mais je sais bien aussi que notre divin Rédempteur. nous à acquis, par son sang et par sa mort, une grâce si | merveilleuse, qu'avec le moindre degré de cette grâce

Sap. LV, 12. — * Philip. AE, 8.

3« Non quod ER simus cogitare aliquid a nobis, quasi ex nobis. » IL Cor. II,

Æ E pouvons vainere toutes les puissances malignes de lénier, du monde et de la chair, et satisfaire facilement toutes les obligations de notre Baptème. Je sais bien que ce très bénin Sauveur a un désir infini de donner ette grâce à tous les hommes, spécialement à tous ceux qui ont été baptisés, et qu'il ne la refuse point à ceux [ui reçonnaissent le besoin infini et la nécessité extrême puis en ont, qui la lui demandent instamment et avec sersévérance, et qui veulent bien prendre la peine de Juiser cette eau de vie éternelle dans les fontaines lacrées dans lesquelles il lui a plu de la renfermer, c’est- Fdire dans les saints sacrements de son Église.

Cest pourquoi je vous conseille quatre choses très mportantes, sans lesquelles il est impossible que vous ïiviez en chrétien, et par la pratique desquelles vous e pourrez faire très facilement.

La première est de vous humilier souvent devant Dieu, ‘connaissant que vous n'avez de vous-même que énèbres, que pauvreté, que faiblesse, que néant, que Jéché, et par conséquent qu'une indignité et incapacité nfinie à tout bien, et une ouverture, disposition et inimation inconcevable à tout mal.

La seconde, d’avoir une grande confiance en Celui qui st l' unique source de tout bien, et de crier sans cesse t du profond de votre cœur après lui, pour lui demander e secours de sa grâce, dont vous avez besoin en tout emps, en tout lieu et en toutes vos actions.

La troisième, de vous approcher souvent, avec les dis- J0sitions requises, des saints sacrements de la Pénitence + de l'Eucharistie. Car c'est là que vos ténèbres se hangeront en lumière, votre lâcheté en générosité, votre roideur en ferveur, vos amertumes en douceurs, et vos aiblesses en une force si grande que vous pourrez dire vec l’Apôtre : Je puis tout en Celui qui me conforte’.

? « Omnia possum in eo qui me eonfortat. » Philip. AV, 13.

La quatrième, de prendre tous les ans quelques jou pour considérer et peser attentivement toutes les cho susdites ; pour faire une bonne confession et « mander pardon à Dieu de toutes les fautes que vo avez commises contre la profession de votre Baptêm et pour faire une rénovation des promesses et des v® que vous y avez faits, en la manière suivante.

Si vous êtes fidèle en la pratique de ces quatre chos vous trouverez qu'il n’y a rien de si doux et de si fac que de vivre en chrétien.

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