APPROBATION DES DOCTEURS
Nous soussigné, Docteur et professeur en théologie del niversilé de Caen, certifions avoir lu et examiné un petit li intitulé Exercice de piété, dans lequel nous n'avons rien tro de contraire à la foi, ains toutes choses conformes pour exe les âmes à la piété et à la pratique des vertus. En foi de Q nous avons signé ces présentes, le 17e jour de Mars 1635.
A. Boep4.
Nous soussiyné, Docteur en la sacrée Faculté de théologie Paris, assurons avoir entièrement vu et diligemment rec le présent traité qui porte en titre Exercice de piété, auq n'avons rien trouvé qui ne soit conforme à la doctrine del glise catholique, apostolique et romaine; ains y avons rem qué plusieurs enseignements salutaires pour aider à déraë le vice et avancer les âmes à la vertu.
Fait à Caen, au couvent Saint-Francois, le 19 Mars 1635.
FT. Je Barrors:
Nous soussignés, Docteurs en Théologie de la Faculté de ris, certifions avoir vu et lu une Oraison à la sainte Vierge forme de Salutation, avec l'explication d'icelle, en laquelle n n'avons rien trouvé qui ne soit conforme à la créance del glise, ains pleine de zèle et de charité
Fait ce 12 de Février 1642. ;
F J. Masquerer, Carme.
F. J. Guérour, Carme.
Nous avons lu cette Salutation au très saint Cœur de Jésü Marie, où nous n'avons rien trouvé contre la foi orthodo: Ce septième jour d'Aoùût 1645. \
D. M. De La Daxere De Rencui, Célérier de l'Abbt de Caen, Docteur en Théologie.
F.B. Cuaxcerrez, Gardien des Frères Cordeliers Caen, Docteur en Théologie.
Cet opuscule est le premier ouvrage dû à la plume wVén. Jean Eudes. Il le composa dès l’année 1634 uau commencement de 1635, comme le prouvent s approbations des Docteurs, qu'on vient de lire.
1 avait déjà prêché cinq grandes missions dans le iocèse de Coutances, et, destiné par ses supérieurs “ce genre de ministère, pour lequel il avait une ptitude et une grâce toutes spéciales, ilse préparait, ans la retraite, à cette carrière apostolique qu'il lait parcourir avec un zèle infatigable pendant lus de quarante ans. Or, dans ses premiers travaux, havait constaté que la plupart des fidèles, et même eux qui avaient une certaine instruction, ignoraient talement les moyens de rendre leur vie méritoire, bne s'acquittaient de la prière et des actions les lus saintes qu'avec une déplorable routine, à tel oint qu'ils y offensaient Dieu, bien loin de l'honosr et d'attirer sur eux les dons de la grâce.
Pour remédier à cet abus, nous dit l’un de ses istoriens !, il se proposa d'apprendre aux peuples, ans ses missions, non seulement à bien faire la rière soir el matin, mais aussi la manière de sancfier toutes leurs actions et de se comporter chréennement dans les différentes circonstances de la le, spécialement de bien entendre la sainte messe, ese confesser et de communier dignement, et de appliquer à l'examen de conscience.
L Martine, Vie du P. Eudes, 1, p. 70.
C'est dans ce but qu'il écrivit ce petit livre, tiné à être comme un manuel de piété et un rést de ses enseignements. Il fut imprimé en 1636 cette année-là même, à la mission de Fresne, dan diocèse de Bayeux, le P. Eudes commença à en l'explication à ses auditeurs ; puis, joignant la y tique à la théorie, il récitait avec eux les prièr contenues dans ce manuel, les obligeant à les péter mot à mot après lui, afin de leur en faire & tracter l'habitude".
«Les Missionnaires de la Congrégation de Jésus Marie, remarque l'historien cité plus haut?, ont puis ce temps- -là continué cet exercice salutaire dé les missions, surtout dans celles de la campag On le fait d'ordinaire immédiatement avant les mon du matin, et l'après-midi après le catéchisn ou après le sermon du soir, quand il y en a. »
Mais, agoute-t-il, le P. Eudes ne se contenta de faire ainsi les prières publiques dans ses missio! il établit encore le pieux usage de la prière faite commun dans les familles. » Et cette remart nous donne la raison du double exercice pour let que l’on trouve dans ce petit livre : l’un, plus co est pour la prière ordinaire, l’autre, plus longs dialogué, est destiné à la prière faite en commt
IL avait jugé, dit un autre de ses biographes que pour entretenir l'esprit de piété parmi les fidèle rien n'était plus à propos que d'engager les père mères de famille à faire réciter la prière dans let maisons, et il profita de la circonstance des missioi pour établir cette religieuse pratique. Il répant même parmi le peuple une formule de prières qu avait eu soin d'entremêler de différents actes dé
lAnnales de la Congrégation de Jésus el Mari a J, p. 96. ? Martine, loco citato.
“P. de Montigny, Vie du P. Eudes, p. 44.
[Ro] à | (21:
és à exprimer en général les promesses que iacun devait avoir es à Dieu dans les transports Mia ferveur. Il réussit si bien à accréditer ce saint jäge que, trente et quarante ans après, il subsisib encore dans les lieux où le P. Eudes l'avait abli pendant ses missions. »
‘Ce formulaire d’actes et de prières, c'est l'exercice soir qui se trouve à la fin de cet opuscule, et qui “récitait alternativement par le semainier et les Sistants.
L'annaliste de la Congrégation: ajoute à ces déils, que souvent, pendant la mission, deux des issionnaires se rendaient après souper pour présir cet exercice, dans quelques maisons de la païisse, où 1ls réunissaient les familles d'un même Mage ?.
L'année suivante, 1637, le Vénérable Jean Eudes bla un autre livre qui, comme il le dit lui-même, ble développement de ce pelit ouvrage. C’est le yauine de Jésus que l’on connait déjà. Mais il ne Ssa pas pour cela de rééditer le premier : d'abord irce que l'exercice de la prière en commun n'est is dans le Royaume de Jésus ; ensuite parce que ce tit livre plus simple, plus portatif, moins coûteux, ait plus à la portée de toutes les bourses et de jutes les intelligences.
Nous croyons qu'il s’en fit de nombreuses édions ; mais le format in-32 oblong était si pelit, que bplupart des exemplaires se sont perdus. Outre la femière édition de 1636, que nous n’avons pu reouver, nous ne connaissons d'autres éditions inté-
MAnnales I, ch. IV, n° 14, 5.
? Dans un opuscule sur la Conduite d'un Curé touchant sa charge, pieux et savant Beuvelet recommande aux prêtres « le livre du re Eudes intitulé Exercice de piété », et pour eux-mêmes, et ur introduire dans les familles l'usage de la prière en commun.
grales que celle de 1656 qui est conservée à la Bih thèque nationale de Paris! ; une troisième sans d imprimée à Lisieux, qui se trouve au Monastère Notre-Dame de Charité de Caen : et celle qui a envoyée à Rome pour l'examen des ouvrages du nérable. Cette dernière, imprimée à Caen, chez ve J.J. Godes, rue Saint-Étienne, pour Pierre Chaloÿ libraire, Froide-Rue, ne porte pas de date ; maïs chiffre qui se trouve dans l'Élévation à Jésus sur États et mystères, montre qu elle est de 1744°. A époque, les missionnaires Eudistes faisaient encore imprimer ce pelit livré pour leurs missiol
En 1747, Jacques- Claude Pyron, imprime libraire à Caen donna une nouvelle édition de ce lix avec des additions et des suppressions inspiré croyons-nous, par les Religieuses de Notre-Dame Charité, qui le destlinaient à leurs jensionnaires jeunes filles. Il obtint, pour l'imprimer sous ce forme, une approbation du Docteur Tamponnet, syndic de la Faculté de Théologie de Paris, con: en ces termes : « J'ai lu par l'ordre de ME le Ch celier l'Exercice de piété, etc. À Paris, ce 10 A 1747»; puis uze permission du roi en date d Octobre de la même année. Il le réim prima aussk 1786, comme le prouve un exemplaire de cette da conservé aux Archives de la Congrégation de Jés et Marie. Le même ouvrage ainsi modifié fut réédi avec quelques nouvelles additions, chez Mami Tours en 1836, sous le titre de Trésor des âmes & vouées aux Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie ; el est encore en usage, nous dit-on, pour les pensi@ naires et les enfants, dans plusieurs monastères Notre-Dame de Charité.
Inventaire D, n° 33,975. ° ? 11 y a aussi un exemplaire de cette édition à la Bibliothà municipale de Valognes.
Ces trois éditions portent en tête l’Avis suivant : « La nouvelle forme que l’on a donnée à ce livre, jointe aux exercices pour honorer les divins Cœurs de Jésus et de Marie, que l’on y a insérés, le feront sans doute recevoir agréablement des personnes qui désirent leur salut, et qui se portent à la vraie dévotion, dont le R. P. Eudes, auteur de cet Exercice de Piété, était si rempli que,. ne se bornant pas aux pieuses instructions qu'il à laissées aux deux Congrégations dont il est instituteur, il s’est encore appliqué, par un zèle très ardent pour le salut des âmes, à dresser des règles sûres pour conduire les jeunes gens dans la pratique des vertus chrétiennes ; ce qu'il enseigne dans ce petit ouvrage dressé particulièrement pour leur usage. Ils y trouveront des moyens faciles pour sanctitier leurs actions et se former de bone heure à la solide piété, en s'éloignant de tout ce qui pourrait corrompre Les mœurs. C'est aussi La fin qu'on s'est proposée en donnant une nouvelle édition de cet Exercice dePiété. Ceux qui le liront avec attention avoueront que, quoiqu'il soit court et simple, il renferme cependant des moyens sûrs et eflicates pour arriver au salut. »
On nous ar signalé deux autres'éditions de l'£xercice de prété, l'une sans date, imprimée à Lisieux, chez Jacques du Ronceray, imprimeur de l’'Evêché et du Collège’; l’autre de 1803, sans que l’on nous indique le nom ni la ville de l’éditeur*.
On retrouve plusieurs des prières et exercices de cet opuscule dans les Manuels de la Société du Cœur admirable, et de la Confrérie des Sacrés Cœurs, imprimés au XVIII: siècle. Celui de Guingamp, imprimé à Tréguier en 1711, en donne intégralement
! Elle se trouve au Monastère de N.-D. de Charité de Caen. ? Lettre de l'Evêché de Séez, conservée aux Archives de la Congr.
ENTAPOBT ACT
278 EXERÇICE DE PIÉTÉ
toute la première moitié (les quatre premiers para graphes.) M. Roger Daon s’en est également inspiré, ainsi que de ceux du Royaume de Jésus, dans les exercices du chrétien qu'il a publiés à la suite du Contrat de l’homme avec Dieu ; mais il les a tellez ment remaniés qu'ils sont à peine reconnaissables. Nous donnerons ici le texte de l'édition de 1656, que nous avons copié à la Bibliothèque nationale On y retrouvera la belle doctrine du Royaume de Jé= sus en raccourci, mais sans redites ; ear le Vénérable Eudes toujours fécond sait exprimer les mêmes pensées sous mille formes diverses. On y admirera sur“ tout un excellent abrégé de la vie chrétienne en huit articles, et, sous le titre de Paradis de la terre, um résumé de la perfection en douze paragraphes, qui est un pur chef-d'œuvre. Le pieux Apôtre y à miss tout son cœur et, sans y songer, s'y est peint lui même d'une manière frappante.
Les dernières éditions de l'Exercice de piété! contiennent toutes, à la fin, deux belles Salutations composées par le Vénérable P. Eudes vers 1640 et 1641, l'Ave Maria, Filia Dei Patris, et V'Ave Cor sanchssimum, avec les préfaces ou notices explicatives qu’il y a Jointes.
Nous les donnerons nous-mêmes à la fin de cet opuscule, parce que le pieux auteur y reviendra et les recommandera souvent dans les ouvrages qui doivent suivre. Et pour les mieux faire connaitre, nous allons dire ici un mot de leur origine et de leur excellence.
! Notamment l'édition qui a été soumise à la Sacrée Congrégation des Rites.
j INTRODUCTION. 979
4. Ilest peu de saints qui aient eu une piété aussi forte et aussi tendre que celle du P. Eudes, envers la très sainte Vierge. Tout dévoué à son service, il s'était engagé par vœu à l’honorer et à la regarder constamment comme sa Mère:et:sa divine Maîtresse ; et, fidèle à cette promesse, il me passa aucun jour sans lui rendrequelque témoignage. de sa dépendance, et sans chercher à la faire connaître, aimer et servir!.
Il aimait surtout à répéter le saint nom de Marie?, et à proclamer ses grandeurs en lui prodiguant mille louanges. C'est pour satisfaire sa dévotion.en ce point, qu'étant encore à l'Oratoire, vers l’année 1640, il composa une belle prière ou formule contenant douze salutations et douze bénédictions, en l'honneur de ses gloires principales figurées par les
- douze étoiles qui lui servent de diadème*.
Comme il répétait avec ferveur ce chant de son âme, suppliant la Reine du Ciel de faire en sorte qu'il pût lui gagner une multitude de cœurs, cette divine Mère lui fit la promesse (est-ce directement ou par l'entremise de la pieuse Sœur Marie des Vallées, nous l'ignorons), « qu'à tous ceux qui diraient cette « prière avec dévotion ou bonne volonté, s'ils étaient «en état de grâce, elle augmenterait l'amour divin « dans leur cœur, à chacune des douze salutations « ou bénédiclions qui y sont contenues; et que, s’ils « étaient en péché mortel, de sa main douce ct vir- « ginale, elle frapperait à la porte de leur cœur, à « chaque salutation et bénédiction qu'ils diraient, « pour les exciter à l'ouvrir à la grâce ». Er elle ajouta que, « quand on trouverait des personnes
1 Cf. Hérambourg, Vertus du P. Eudes, ch. XI, p. 155.
? Nous verrons plus tard les belles pages qu'il a écrites sur le Saint Nom de Marie. et les offices si pieux qu'il a composés en son honneur. Enfance admirable, et Œuvres liturgiques.
3 « Et.in capite ejus corona stellarum duodecim. » Apoc. XEE, d.
rat. a RU 280 EXERCICE DE PIÉTÉ « engagées dans le péché et difficiles à convertir, «il rh salutaire de les exciter à dire de bon cœur « cette oraison, ou tout au moins de consentir qu'on « la dise pour euxt. »
À partir de ce moment, le pieux apôtre ne cessa de travailler à répandre cette prière. 11 prescrivit à ses divers Instituts de la réciter chaque jour; il la recommandait aux prêtres et aux fidèles dans les missions, les engageant non seulement à la réciter eux-mêmes, mais à en inspirer le goût autour d'eux ; il la fit adopter dans un grand nombre de Communautés, et les Bénédictines du Saint-Sacrement la comptent encore aujourd'hui parmi leurs prières habituelles. Il la préconisa, dans le livre du Bon Confesseur?, pour toucher et ramener les âmes endurcies. « C’est elle surtout qu'il conseillait aux plus grands pécheurs, nous disent les historiens du pieux Missionnaire. Après avoir employé les autres moyens, il recourait en dernier lieu à celui-là. Il ne s’est guère fait de missions où l’on n'ait expérimenté la puissance de cette prière pour amollir les cœurs M obstinés. Il en prescrivit la récitation quotidienne M aux régents du collège de Lisieux pour leurs pensionnaires, et aux religieuses de Notre-Dame de Charité pour leurs pénitentes*. » Il voulait aussi
4 Voir ci-après, $ IX. n° vu, la note.
? Voir à la dernière page du Bon Confesseur, roME 1v des OŒuvres complètes.
3 Martine, Vie du P. Eudes, 11, p. #10; — Hérambourg, Vertus du P. Eudes, p. 165.
Voici un trait cueilli dans les Annales de N.-D. de Charité, qui nous prouve l'efficacité de cette salutation « En 1661 il y avait, au Monastère de Caen, une personne de condition, entrée à la maison quatorze mois auparavant. Elle avait eu depuis lors des troubles et des peines de conscience si continuels, qu'elle ne trouvait aucun repos auprès de ses confesseurs, ni dans aucun autre des secours qu'on pouvait lui donner.
:« C’était alors une dévotion très ordinaire parmi les pénitentes
qu'on la dit au chevet des malades, et il en à donné l’ordre à ses religieuses dans leur Coutumier ou Cérémonial. Enfin à la mort du saint homme, on trouva une copie de cette salutation qu'il avait écrite luimême de son sang, durant sa maladie".
2. Peude temps après l’époque où il composa cette première Salutation, le Vénérable P. Eudes, au dire de ses historiens, trouva dans les enseignements de sainte Gertrude, de sainte Mecthilde et de sainte Brigitte, une nouvelle orientation à sa piété si ardente et si tendre, ce fut la dévotion aux Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, que Dieu lui
de réciter à certains jours mille Ave Maria, pour obtenir, par l’entremise de la Reine des Vierges, la grâce de bien mourir. Cette personne les ayant dits parut en être récompensée. Car étant tombée malade peu après, elle recut tous les Sacrements et sembla si tranquille, contre son orüinaire, que tout le monde enétait surpris et fort consolé. Le confesseur lui-même témoigna de sa bonne disposition et dit que l’on ne devait avoir aucune inquiétude à son sujet.
« La Maitresse de classe étant allée la voirce jour-là sur le soir, lui fit faire plusieurs actes de préparation à la mort et lui demanda si elle ne voulait pas s'unir à la salutation Ave Maria, Filia Dei Patris, qu'elle allait dire pour supplier la sainte Vierge de l’assister et protéger jusqu à sa fin.
« La malade ayant répondu affirmativement, elle récita cette prière près de son lit et se retira ensuite pour prendre un peu de repos. À peine était-elle endormie, qu'on vint l'avertir que cette pauvre fille la demandait avec de vives instances. Elle la trouva sur son Séant, dans un effroi indicible. — Ah! ma mère, s’écria-t-elle tout éperdue, j'étais damnée sans la sainte Vierge ; qu'on aille promptement chercher un confesseur.
« Ce fut avec peine que l'on put faire venir le sien, tant il était persuadé du bon état où il l'avait laissée. IL passa néanmoins plus de deux heures avec elle, et en sortant, il ne put s’empècher de dire que la sainte Vierge avait opéré un grand miracle en faveur de cette pauvre moribonde, et que pour rien au monde il n'aurait voulu être privé de la voir en ce dernier besoin.
« Elle mourut quelque temps après, dans des dispositions si saintes, qu'on eut tout lieu d'espérer que Dieu lui avait fait misércorde. » Annales de Notre-Dame de Charité, année 1661.
1 Martine et Hérambourg, l. c.
révélait par ce moyen. Il en fit dès lors le sujet de ses méditations et il y découvrit tout un monde de merveilles.
Adorant” dans le Cœur de Jésus, l'amour infini de ce divin Sauveur, symbolisé et exprimé en quelque sorte par l'organe le plus noble de son corps déifié, il comprit que ce Cœur sacré c'est toute la raison d'être de Jésus, si l’on peut s'exprimer ainsi;
et tout ce qu'il avait dit jusque-là des grandeurs et des charmes de ce divin Maître, il le dit désormais
de son Cœur infiniment aimable : « C'est le principe de toute la gloire de Dieu, c'est l'objet de toutes les complaisances du Père céleste, c'est le centre de Ia religion du ciel et de la terre, c'est le soleil des cieux dont tous les astres empruntent leur lumière, c'estle grand fleuve qui réjouit la cité de Dieu. C'est par lui que les Anges louent le Créateur, que les Dominations l'adorent, les Puissances le vénèrent, les Chérubins étincellent de mille feux, les Séraphins brûlent des flammes du plus pur amour, et tous les Saints bénissent et glorilient la très auguste
Trinité. C'est aussi le principe de toute vieet detoute
sainteté pour l’Église militante : l'homme, qui est un cœur créé pour aimer Dieu et formé sur l'image de celui de Jésus, ne peut vivre surnaturellement et atteindre sa fin que par son union à ce Cœur sacré, source de toute grâce et de toute vertu. C'est le riche trésor dans lequel doivent puiser les pécheurs pour payer leurs dettes, les justes pour fortifier leur foi, vivilier leur espérance, embraser leur amour, et s'enrichir d’une infinité de grâces qui les élèveront à la plus haute perfection. Communier au Cœur de Jésus par la contemplation, par l'amour, par l’umion à ses intentions et à ses dispositions, le faire vivre et régner dans notre cœur et nous transformer en lui, c'est le festin mystique dans lequel les âmes pieuses
éprouvent la sainte ivresse dont parle le Cantique des cantiques. » Tels étaient les sentiments de notre Vénérable Apôtre à l'égard de ce divin Cœur.
Mais habitué qu'il était à ne jamais séparer la très sainte Vierge de son divin Fils, le P. Eudes ne pouvait honorer le Cœur de l'Homme-Dieu sans songer à celui de sa Mère qui lui est si intimement uni. Ce Cœur virginal en effet ne bat-:l pas constamment à Punisson du Cœur de Jésus ? n'en est-il pas l'image très ressemblante ? Et puis ces deux Cœurs n'ont-ils pas toujours été étroitement unis par un amour réciproque incomparable? Ils vivaient l’un avec l'autre, Fun pour l'autre, l'un dans l’autre. « Jésus était tellement vivantet régnant en Marie, qu'ilétait véritablement l'esprit de son esprit, l'âme de son àme et le Cœur de son Cœur.? » Enfin n’est-ce pas par le Cœur de sa Mère que le Cœur de Jésus s'est donné à nous ? n'est-ce pas par ce canal béni qu'il nous communique toutes ses faveurs ? C'est donc par le Cœur de Marie que nous devons aller au Cœur de Jésus, et c'est à ces deux Cœurs si parfaitement unis que nous devons unir les nôtres pour mieux nous unir au Cœur de Dieu. Voilà tout le plan divin, et toute l'économie de notre sainte religion.
Pour peindre cette union si intime des deux Cœurs du Fils et de la Mère, Le Vénérable Apôtre trouva un mot heureux: Cor Jesu et Mariæ, « le Cœur de Jésus et de Marie* . »
Il fallait aussi trouver une formule de prière courte et précise pour résumer et exprimer les sentiments qui doivent nous animer à l'égard de ces divins Cœurs. Ce digne serviteur de Dieu avait lu,
" Cf. Martine citant le Vén. p. Eudes, dans sa Vie, Il, p. 405.
? Cf. ci-après, $, X.
3 Sur la légitimité de cette appellation, voir le R. P. Le Lioré, Les Sacrés Cœurs, t.rt, p. 291.
dans les ouvrages de sainte Mecthilde, que Notre- Seigneur révéla lui-même à cette pieuse vierge le moyen de saluer le Cœur de sa très sainte Mère d’une manière qui lui fût agréable. S'inspirant de cette révélation, il composa la magnifique Salutation Ave Cor Sanctissimum, qu'il adresse non seulement au Cœur de la Mère de Dieu, comme le faisait la vierge d'Helfta', mais aux deux Cœurs unis de Jésus et de Marie. Rien de plus court, et pourtant
rien de plus complet, de plus méthodique et de
plus beau que cette prière, qui nous fait contempler les perfections et les vertus de ces divins Cœurs,
et leur rendre tous les devoirs du culte catholique.
C'est un vérilable traité en raccourci de la dévotion aux Sacrés Cœurs?.
Pour récompenser la piété de son fidèle serviteur et l'encourager à répandre une si belle dévotion, la
très sainte Vierge voulut lui faire à cette occasion une seconde promesse bien consolante, celle « de donner à tous céux qui réciteraient cette prière avec piété, des désirs de se purifier de plus en plus de toutes sortes de péchés, afin d'être plus capables de recevoir les dons, grâces et bénédictions divines”. »
De son côté, Notre-Seigneur, de concert avec sa très sainte Mère, lui confia une triple mission, non
‘ Sur les treize salutations du V. P. Eudes, dix seulement avaient été indiquées à sainte Mecthilde ; et le pieux apôtre y a ajouté la seconde partie qui exprime, d'après la Liturgie et les Saintes Écritures, les principaux actes du culte chrétien.
* Voir le commentaire qu'en fait le R. P. Le Doré dans son grand ouvrage des Sacrés Cœurs, TOME 11, p. 340: et l'explication qu’en donne le P. DauPpaix dans son livre des Cœurs sacrés de Jésus et de Marie, règle el vie de nos cœurs.
# Voir ci-après, au $ X, le préambule de cette Salutation. Il ne nous appartient point d'apprécier ce qu'il peut y avoir d’extraordinaire dans ces promesses ou dans les missions que reçut le P. Eudes ; nous racontons en historiens, et nous répétons ici la déclaration que nous avons faite en tête du volume.
JE ë INTRODUCTION | 285
ins opportune que sublime, au moment où le isénisme naissant commençait à nier l'amour in; triple mission dont l'unité apparait clairemt dans ses manifestations diverses : l’établissent du culte des Sacrés Cœurs ; la fondation de Congrégation de Jésus et Marie ; l'institution de rdre de Notre-Dame de Charité; — Ja dévotion aux rés Cœurs, qui est la dévotion de la confiance de l'amour ; la Congrégation de Jésus et Marie bprèchera partout l'amour et la miséricorde des ins Cœurs ; l'Ordre de Notre-Dame de Charité sera la mise en exercice et en pratique de cet our et de cette miséricorde!.
ous n'avons point à narrer ici le zèle que le Véable P. Eudes déploya tout le reste de sa vie im s'acquitter de cette triple mission. Disons lement que, dès leur établissement, il consacra deux Instituts aux divins Cœurs de Jésus et de nie, et leur prescrivit de réciter deux fois chaque ra Salutation Ave cor sanctissimum?, avec ordre ne terminer aucun de leurs exercices sans les ür en répétant la prière Benedictum sit Cor amanimrum, etc., que nous rencontrerons aussi dans le rs de cet opuscule. C’est la pratique quotidienne “laquelle les enfants du Vénérable P. Eudes hoent extérieurement ces Cœurs sacrés, dont ils rchent à reproduire Les vertus sublimes, dont empruntent les saintes intentions et les dispoons parfaites dans toutes leurs actions, et aux-
Gf: R. P. Le Doré, Les Sacrés Cœurs. I, p. 62. sq.
D'après une lettre du P. Eudes à M. Mannoury, l'un de ses pagnons, lettre datée du 26 octobre 1643, cette salutation se ait dès lors chaque jour dans la Congrégation. Plusieurs Conations l'adoptèrent également, entre autres les Bénédictines saint-Sacrement, qui la comptent, depuis leur fondation parmi prières quotidiennes. Le Doré, Les Sacrés Cœurs,1, pp. 14 et 18
quels ils s'efforcent de demeurer constamment x pour ne faire avec eux, et entre eux tous, qu'un prit, qu'un cœur et qu'une âme.
3. Désireux de propager au dehors les deux be Salutations dont nous venons de parler, le M Eudes composa pour chacune d'elles une ne explicative, et dans le but de les faire imprime obtint l'approbation nécessaire des Docteurs, F la première le 12 février 1642, et pour la sect le 7 août 1645. Les donna-t-il dès lors au pub Nous serions portés à le croire, mais nous ne} vous l’affirmer, n’äyant découvert jusqu'ici at document qui le prouve. Ce qu'il y a de certain, qu'au début de l’année 1648, alors qu'il prèel une grande mission à Autun, ayant obtenu des vêque, Mer Claude de Ragny, l'autorisation d'y # célébrer une fête en l'honneur du très saint C8 de Marie, il fit imprimer dans cette ville, @ Claude Simonnot, deux offices qu'il avait compo depuis déjà plusieurs années, l’un intitulé 0f/ia solemnitatis Sanctissimi Cordis Beatæ Mariæ Wt nis, le second Officium solemnitatis Sacratss Nominis Beatæ Mariæ Virginis. Puis, en append il y ajouta les deux Salutations Ave Maria, À Dei Patris et Ave Cor sanctissimum, avec leurs: tices explicatives ; et au tout il donna ce titre g ral : La Dévotion au très saint Cœur et au très si Nom de la bienheureuse Vierge Marie, conte deux Offices approuvés et dressés en l'honneur Cœur divin, dont on célèbre la solennité le 8°4 de Février, et de ce saint Nom, duquel on fait É le 25° Septembre; avec deux Salutations à ce mi Cœur très aimable, et à ce Nom très pénerales Mère de Dieu. ‘ 1
A l'occasion de cette fête du saint Cœur de Ma
wvoulut montrer, par un fait qui semble tenir prodige, combien cette nouvelle dévotion et la tation Ave Cor lui étaient agréables. Le voici tel le Vénérable le raconte [lui-même dans une re écrite à la Mère Catherine de Bar, fondatrice Bénédictines du Saint- Sacrement :
Une religieuse bénédictine de l’abbaye de Sainteïe de Saint-Jean-le-Grand, d’Autun, nommée nçoise du Rey et âgée de dix-huit ans, était alors ade. Une rougeole maligne lui avait fait perdre iplètement la vue et lui avait occasionné sur les x une violente fluxion qui lui causait des douïs continuelles et très aiguës. Ayant entendu ler de la nouvelle fête qu'on célébrait ce jour-là, e sainte fille se sentit inspirée de demander à Dieu juérison par l'intercession de la très sainte Vierge ar les mérites de son saint Cœur. Dans cette inüon, elle appela la religieuse qui lui servait d’inlière, la priant de se mettre à genoux près de son et de lui faire réciter la Salutation au très saint ur de la Mère de Dieu : Ave Cor sanctissimum. Ce ayant fait, elle demanda le petit livre où se trouve rimée cette prière, et elle l'appliqua sur ses yeux iron l'espace d’un Waiserere, suppliant avec fer- » la très sainte Vierge de lui rendre la vue et anté par les mérites de son très saint Cœur. Elle at pas plus tôt fini sa prière qu'elle rendit le e. Ne sentant plus alors aucune douleur aux x, elle les ouvrit sans difficulté, et commença oir aussi clairement et aussi parfaitement que ais. » Le V. P. Eudes ajoute : « J’ai une atteson authentique de ce fait, outre que j'en ai été loin oculaire. »
in 1650, et plus tard en 1663, le pieux Apôtre fit üprimer à Caen cet opuscule, toujours avec les X Salutations, mais avec quelques légères va-
LU D" TEE