‹ Œuvres comple?tes du venerable Jean Eudes (volume 3)Chapitre 66 sur 286 · PATATE · texte numérisé non relu

PATATE

même Vierge, laquelle est sur une petite porte de l'église, par laquelle on entre dans la nef ; mais il ne toucha point à l’image. Il frappa un prêtre qu'on emporta demimort, et dont on trouva la chemise en feu, quoiqu'il n'en parût point au dehors. L'usage de la raison qu’il avait perdu, lui étant revenu, il se confessa et recut tous les sacrements, et mourut chrétiennement. Ce tonnerre ne“ tua que ce prêtre ; mais il blessa plusieurs autres per— sonnes, et entre autres un tabellion ou notaire, qui ayant un genou sur un petit coffre bas, en priant Dieu l'autre en l'air, le tonnerre le jeta par terre, pour lui apprendre le respect avec lequel on doit parler à sa di vine Majesté, et il le blessa aux deux genoux, pour le punir par les choses par lesquelles il manquait.

La seconde chose qui arriva en cette mission, fut ce que je vais dire. Le deuxième jour de juillet, ayant fait une prédication sur la très sainte Vierge, comme jecommençais à parler, à la fin, contre le vice qui est incompa= tible avec la dévotion à la Reine des Vierges, voilà qu tout le monde commence à entendre, sur la voûte de l'église, comme un tonnerre effroyable, et quoique le temps füt fort serein et sans aucun nuage. On crut néanmoins d’abord que c'était un tonnerre ; mais comme l’on. fit réflexion qu'il durait longtemps, c'est-à-dire pendant l’espace d’un Miserere ou environ, et qu'il était sur la voûte de l'église, on crut qu’elle s'ouvrait et qu'elle allait crouler, et que tout le monde allait être écrasé. Et alors’ vous eussiez vu une désolation la plus grande du monde: toute l’église retentissait de cris, de pleurs, de gémissements et de lamentations pitoyables ; les uns criaient miséricorde, les autres appelaient la saïnte Vierge et les Saints à leur aide, les autres se prosternaient par terre; les autres se jetaient aux pieds des prêtres proche desquels ils se rencontraient, les suppliant de leur donner l’absolution de leurs péchés. Enfin ce bruit ayant cessé, chacun se retira plus mort que vif. Pour moi, je me mis

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à genoux dans la chaire, pour adorer la divine Justice et faire ce que je devais pour mes auditeurs el pour moi.

On n’a point su au vrai quelle fut la cause de cet accident. Car, sitôt qu'il futcessé, on alla promptement sur la voûte ; mais on n'y trouva rien du tout. Tout le monde pourtant à jugé que c'était un effet de la rage du démon contre la mission ; mais la confusion lui en demeura, car Dieu se servit de ces deux sortes de tonnerres, pour amollir les cœurs endurcis et pour les disposer à recevoir la grâce de la mission, dont les fruits furent très grands.

Benedicite fulgura: Domino : ignis et spiritus procellarum, quæ faciunt verbum ejus.

97. En cette même année 1673, Son Altesse royale, - M: de Guise, nous donna douze mille francs pour le bâti- . ment de l’église du très aimable Cœur de Jésus et Marie en notre maïson de Caen, en la manière et aux conditions portées par le contrat fait à Paris, par devant les notaires du Châtelet, Després et Gallois, en 1673, le 3° de juin. …. Tibi laus, tibi honor, tibi gloria in ælernum, 0 Cor « amantissimum Jesu et Mariæ.

98. Sur la fin de cette année 1673, et sur le commence- … ment de la suivante, 1674, la divine Providence m'a favorisé de plusieurs grandes tribulations, et plus grandes en quelque façon que toutes les précédentes. Car, premièrement, afin de perdre entièrement notre Congrégation, on me mit mal dans l'esprit du Roi, en lui persuadant que j'avais fait des choses notables contre les intérêts de sa Majesté, auxquelles je n'avais jamais pensé ; et - ceci m avait été prédit un an ou environ auparavant. Se- “condement, afin d'empêcher que nous n'obtinssions du “ Saint-Siège la confirmation de notre Congrégation, on “envoya un écrit, de Paris à Rome, tout plein de calomnies - et de faussetés contre nous.

99. Dans les années 1675 et 1676, notre très aimable” Crucifié m'a honoré de plusieurs grandes croix, ayant. ‘permis qu'on ait publié contre moi, presque par toute!la | France, deslibelles diffamatoires, pleins d'injures atroces ” et de calomnies, m'accusant d’un grand nombre d’hérésies, dont grâces à Dieu je suis très éloigné ; mais tout cela s’en est allé en fumée. - |

Deo gratias et Mariæ, super inenarrabilibus donis ipeo el rum. Pater, dimitte illis.

100. En l'année 1674, notre très cher frère Jacques dela. Haye, dit de Bonnefond, étant allé à Rome, nous a apporté plusieurs Bulles de Notre Saint-Père le Pape Clément X : une Bulle qui nous donna pouvoir de faire des missions: par toute la France, avec indulgence plénière ; une Bulle confirmative, des Statuts de notre Congrégation ; et six autres Bulles pour nos maisons de Caen, de Rouen, de Coutances, de Lisieux, d'Évreux, et de Rennes, qui nous

- donnent pouvoir d'établir des Confréries du très saint Cœur de Jésus et de Marie dans nos églises et chapelles, avec de grandes Indulgences, lesquelles églises et chapelles sont” nommées dans les dites Bulles, de la sainte bouche de Notre Saint-Père, et par conséquent de la bouche adorable de Notre-Seigneur, les églises et chapelles du divin Cœur de Jésus et Marie : ce qui me donna une consolation. extraordinaire, parmi toutes les tribulations susdites.

Gratias injinitas, immensas, æternas, amantissimo Cordi Jesu et Mari.

Ps UNNe té Li nu ds can mél él te à Sd D dE

101. Dans les années 1674, 1675 et 1676, nous avons. fait plusieurs missions dans les diocèses de Bayeux, deu Coutances, de Lisieux, d’Évreux et de Rennes, que Dieu a bénites des plus grandes bénédictions; DS celle que nous avons faite à Saint-Lô en 1676, pour la. troisième fois, en laquelle la divine Bonté a converti un bon nombre de Huguenots.

Deo gratias et Mariæ.

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