CHAPITRE XVII
C'est aussi ce que saint Grégoire nous enseigne en ces paroles : Sic damnanda est iniquitas potentium, ut non | exasperentur et bonum quod adhuc supererat abjiciant. Sæpe in occulto sunt mali, et bonum quod exterius profe- | runt cedit in utililalem multorum\!.
… Ne prêter pas facilement l'oreille aux laïques quand ils bparlent contre les ecclésiastiques, ni aux peuples quand ils se plaignent des magistrats, des juges et des seigneurs de paroisse, et ne se presser pas d’en parler en chaire ; mais prendre du temps pour examiner et considérer mû- -rement les plaintes qu'ils en font, avant d'en venir à la “répréhension, soit publique, soit particulière.
| Quand on donne quelque instruction ou avertissement en particulier, il le faut faire avec toute sorte de douceur. let jamais avec aigreur.
Quand c'est en public, dans la prédication, il faut tontner contre le péché et foudroyer les vices, mais avoir “compassion des pécheurs, comme le médecin qui compatit au malade pendant qu'il combat la maladie, et se garder bien de désigner personne, ni de rien dire qui donne sujet à aucun de penser qu on a parlé pour lui.
— Comme le sage médecin dore les pilules, afin que l’es- Homac débile les recoive volontiers; aussi quand il faut nvectiver publiquement contre les vices, on le doit faire lävec un esprit de charité vers les pécheurs, et non pas avec un esprit de colère, d'indignation et de fureur. Et quoiqu on parle fortement, cependant on ne doit jamais. user de termes injurieux ni de paroles aigres; mais le discours et l’action doivent être composés de telle sorte. qu'on fasse voir à l'œil, que ce que l’on dit procède d'un cœur de père qui brûle d'amour pour ses enfants, et dont les entrailles sont pleines de compassion de leur
misérable état, et de zèle pour leur bien et pour leur salut.
| ='Lib. 6 in I Reg. cap. 2.
Ce qui n'empêche pas qu'on ne se serve de passages terribles, Lant de l’Écriture sainte que des saints Pères, qu'on n’allègue de puissantes raisons, et que l'on n’use de paroles tonnantes, mais qui sont prononcées d’un ton ef d’un accent qui fait connaître qu'elles partent d’un cœur embrasé de charité, et non pas enflammé de bile et de colère. |
Il est bon encore, pour rendre les auditeurs plus capables de ces invectives contre le péché, de témoigner qu'en parlant aux autres, on parle premièrement à soi= même.
Quand on doit prêcher quelque temps en un endroit, il faut s'informer des vices et des mauvaises coutumes qui règnent dans le lieu, afin de les combattre non seulement en général, mais aussi en particulier. |
Quand on veut déraciner un vice ou une mauvaise cou tume, 1l ne faut pas se contenter de prêcher une fois ou deux contre lui, mais il en faut souvent parler.
Il ya de certains vices qui pour l'ordinaire sont com: muns partout, contre lesquels il faut crier presque sans cesse dans toutes les prédications : comme sont les jure: ments, les blasphèmes, les imprécations etmalédictions & la profanation des jours et des lieux saints ; le mauvais usage des Sacrements, spécialement de la Pénitence e de l’Eucharistie ; les haines, les envies, les inimitiés les divisions et les médisances ; comme serait encor de ravir ou relenir injustement le bien d'autrui, © lui faire tort en quelque facon que ce soit; l’'impudi cité, les paroles et les chansons lascives, les livres el les tableaux déshonnèêtes, et tout ce qui est contraim à la pureté.
En prêchant de ce vice détestable, il ne faut pas des cendre dans les particularités qu'avec grande circon pection et retenue, de peur d'apprendre le mal à ceu qui ne le savent pas; ni user de termes qui ne soien! honnêtes, s’éloignant tant qu'il est possible de tout €
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