‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 150 sur 803 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

AURELLY, SAINT-ALBAN, MÉLAC père, MELAC fils.

SAINT-ALBAN

Pardonnez à mon empressement, messieurs, l’incivilité de me montrer en habit de voyage.

MÉLAC FILS, à part, avec humeur.

Son empressement! il n’en dit pas l’objet.

MÉLAC PÈRE, à Saint- Alban.

Vous voyez que j’y suis moi-même.

SAINT-ALBAN

Partez-vous?

MÉLAC PÈRE

Avec bien du regret, monsieur, puisque vous arrivez.

AURELLY.

Cette course est brusque.

MÉLAC PÈRE

Elle est nécessaire.

AURELLY.

Si c’est, comme le dit ton fils, des affaires de compagnie...

MÉLAC PÈRE, embarrassé.

De compagnie. . . relatives à la compagnie. . . Puisje voir, sans déplaisir, passer ma survivance à quelque étranger?

AURELLY, riant.

Ah, ah, ah, ah.

SAINT-ALBAN

Il m’est bien agréable d’arriver à temps pour vous arrêter.

AURELLY.

Est-ce que je l’aurais laissé partir? (A Mèlacpère.) Tu peux renvoyer les chevaux de poste.

MÉLAC PÈRE

Pour quelle raison?

SAINT-ALBAN

C’est que la place que vous allez solliciter est accordée à monsieur votre fils.

MÉLAC fils, avec surprise .

L’emploi de mon père?

aurelly le contrefait plaisamment .

Eh oui! l’emploi de mon père.

MÉLAC FILS, Cl part.

Ah! Pauline!

SAINT-ALBAN remet un papier ù Mélac père.

En voici l’assurance. Quelque désir que j’aie eu de vous servir en cette affaire, je ne puis vous cacher que vous en devez toute la faveur aux sollicitations de monsieur Aurelly.

Monsieur, son généreux caractère ne se dément point. Mais un autre avait, dit-on, obtenu cette grâce.

AURELLY, gaiement.

C’était moi.

MÉLAC PÈRE

Ce solliciteur dont le crédit...

AURELLY.

C’était moi.

MÉLAC FILS

Cet homme qui avait pris les devants...

AURELLY.

C’était moi. Je m’en occupais depuis longtemps : ne m’a-t-il pas élevé une nièce charmante?

MÉLAC FILS, vivement.

Oui, charmante.

SAINT-ALBAN

Ah! charmante, en effet.

{Mélac fils rougit de son transport, Saint-Alban le fixe avec curiosité.)

AURELLY, prenant les mains de Mélac père.

Ne m’a-t-il pas promis d’étendre ses soins jusqu’à mon fils, lorsqu’il sera en âge d’en profiter? Il faut bien que j’établisse le sien, ah, ah, ah, ah...

MÉLAC PÈRE, à part.

A quel ami je rends service!

MÉLAC FILS, vivement , à Aurelly.

C’était donc cela qu’hier au soir. . . vous feigniez. . . Quelle surprise! ah! monsieur !... (A part.) Je ne me sens pas de joie; courons annoncer cette nouvelle à Pauline.

{Il sort en courant.)

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